22 mai 1908 : Pagaille dans les transports

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Paris, Porte Saint-Denis 1908

Haussmann avait a priori tout pensé. Les avenues parisiennes sont larges, agréables, bordées d’arbres. Il est difficile d’imaginer que les très importants aménagements voulus par le baron, cinquante ans après, ne suffisent plus pour faire face aux difficultés de circulation dans Paris.

Un rapport confidentiel de la préfecture de police arrivé ce jour sur mon bureau montre que l’indécision des pouvoirs publics et de la municipalité sont à l’origine de nos malheurs.

Notre capitale a pris du retard dans la modernisation des véhicules utilisés par les Parisiens. Même en 1908, le cheval est encore largement à l’honneur. Pour tirer les omnibus, les tramways et encore plus de 9000 fiacres. Or, les transports hippomobiles restent particulièrement lents, notamment dans les montées, plus fréquentes que l’on ne croit à Paris.

Ensuite, une simple promenade dans nos rues permet de confirmer l’une des conclusions principales du rapport. Les modes de transports se développent de façon anarchique. Cohabitent dans des voies identiques des moyens de déplacement qui auraient besoin d’être séparés. Les taxis automobiles se faufilent entre tramways et omnibus, les transports en commun ne sont guère prioritaires par rapport au développement des véhicules individuels.

Chacun se gare où il veut, où il peut. On crie, on rouspète derrière une charrette de livraison qui se plante en face du commerçant à approvisionner sans se soucier du passage qui se bloque et de la longue file qui se forme derrière.

L’Etat et la Ville devraient agir. On sait par exemple que l’entretien de deux chevaux de fiacre coûte beaucoup plus cher que celui d’une automobile. Pourquoi ne pas  mettre un terme rapide à un mode de transport désuet (et malodorant) ?

L’arrivée du métropolitain se révèle une vraie solution pour décongestionner le transport de surface. Pourquoi avoir attendu 1900 (l’année de l’Exposition universelle) pour ouvrir la première ligne ? Pourquoi en est-on seulement à quatre lignes ouvertes huit ans après ?

Tout cela est très agaçant. Que de temps perdu par chaque Parisien pendant que les édiles de la capitale discutent à l’infini, sans se mettre d’accord, sur un plan de développement ordonné de la circulation !

20 mai 1908 ; Enseignants : le gouvernement campe sur ses positions

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Ecole en 1908, le meilleur moment de la récréation ?

  » Des instituteurs dans la rue ? Des maîtres d’école en grève ? Vous n’y pensez pas ! Vous êtes prié de me détecter les fauteurs de troubles et vous les révoquez !  » G.Clemenceau est ferme avec son ministre de l’Instruction publique, Gaston Doumergue.

 » Gastounet  » comme l’appelent affectueusement bon nombre de Français, ne répond tout d’abord pas. Puis, avec sa voix pleine de soleil du midi, il expose avec bonhommie son plan au Président du conseil.

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Oui, il sera ferme avec ceux qui tentent de transformer les Amicales d’instituteurs en syndicats. Oui, il refusera -ou tentera de refuser – tout rattachement d’associations d’instituteurs aux Bourses de travail.

Il veillera aussi à contenir le budget de son ministère qui dépasse déjà les cent trente millions de francs.  » Gastounet  » qui se fait progressivement une réputation de ministre économe, considère qu’il n’est pas nécessaire de dépenser « plus » pour que les petits français sachent mieux lire et écrire.

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Ecole, 1900

Pour autant, les instituteurs ont bien des raisons de se plaindre. Leur rémunération -certes revalorisée par la République – n’est guère plus élevée que celle d’un ouvrier et les range donc dans la catégorie des « prolétaires ».

Les enseignants continuent en outre à regretter d’être soumis à l’arbitraire administratif. Leurs affectations ou promotions ne s’effectuent pas dans la transparence. Ils restent aussi à la merci d’interventions de notables locaux auxquels ils peuvent déplaire, ce qui entraîne souvent une affectation d’éloignement.

G. Clemenceau et Gaston Doumergue devraient se rassurer avec le rapport que je viens de leur fournir. Les indicateurs de la police nous font remonter que les syndicats ouvriers ne voient pas d’un très bon oeil l’arrivée éventuelle, dans leurs rangs, d’enseignants. Ces derniers sont considérés comme des privilégiés avec leurs vacances, leur retraite et leur garantie contre le chômage.

En outre, pour les ouvriers comme pour les instituteurs, la grève d’enseignants reste impensable. La grève générale ne peut partir de l’école publique, lieu qui doit préserver les enfants des dures réalités des luttes sociales, lieu de transmission des valeurs de la République. Certains enseignants qui restent attirés, malgré tout, par la grève, indiquent que dans ce cas, ils continueraient à accueillir les enfants, « afin de ne pas les abandonner aux dangers des mouvements de rue ».

En lisant cette phrase de ma note administrative, M. Doumergue s’exclame :  » Encore heureux que les instituteurs, même en grève, accueillent dans la classe nos chères têtes blondes. Dans le cas contraire, que ferait-on ? Ce ne sont tout de même pas les mairies qui doivent prendre le relais ! »

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Cahier pour leçons de morale, 1908

18 mai 1908 :  » Y’ a jamais personne qui répond du téléphone ! »


 

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Téléphone, 1908

Le téléphone : belle invention. Personne n’y croyait dans les années 1860. Tout le monde restait persuadé que les développements du télégraphe rendraient inutile le passage de la voix dans un fil. D’aucuns considéraient cette technique comme physiquement impossible. Aujourd’hui, grâce à Graham Bell puis Thomas Edison, la technique de transformation du signal acoustique en signal électrique (et inversement) est bien maîtrisée.

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Bell et son premier téléphone, en 1876

Sur une quinzaine de kilomètres – au-delà, le signal est trop faible, la voix devient inaudible – au sein d’une même ville, quelques professionnels ou riches particuliers peuvent correspondre. Ils passent par un central et de charmantes “demoiselles du téléphone” les mettent en relation avec le correspondant demandé.

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Les demoiselles du téléphone

A Paris, tout avait bien commencé. En 1879, l’administration des postes avait concédé le réseau aux compagnies privées qui se sont rapidement regroupées en une Société Générale du Téléphone (SGT). Pour plus de commodités, les fils ont été installés dans les égouts passant sous tous les immeubles parisiens. Au même rythme que dans les autres capitales, les citadins ont commencé à s’équiper.

En 1889, l’Etat, après avoir pris la décision de ne pas renouveler la concession de service public, décide de nationaliser le réseau.

Il faut bien constater aujourd’hui que cette décision de laisser seules les Postes-Télégraphes-Téléphones (PTT) sur ce nouveau moyen de communication se révèle désastreuse.

Les investissements dans le réseau, déjà arrêtés par la SGT dès qu’elle avait appris que la concession ne serait pas renouvelée, n’ont pas été non plus lancés à temps et dans des proportions suffisantes par l’administration publique. Le résultat, après plus de quinze ans de négligence, est – pardon pour le mauvais jeu de mot – sans appel. Paris compte trois ou quatre fois moins de téléphones que Londres ou Berlin (sans parler des grandes villes américaines).

Je reçois dans mon bureau des représentants de banques d’affaire et des agents de change qui se plaignent amèrement des défaillances de leurs appareils.

” – Monsieur le conseiller, cela devient insupportable. Les communications peuvent être interrompues à tout moment, sans préavis. Pour ma part, cela m’est arrivé pas plus tard qu’hier alors que je communiquais la liste des nouveaux cours de la Bourse aux représentants des banques parisiennes. Des centaines d’investissements ont été retardés ou annulés.

– Je comprends que votre métier d’agent de change n’en est pas facilité…

– Quand nous trouvons -enfin – quelqu’un pour nous plaindre aux PTT, au Central Gutenberg, on nous indique que ce sont des problèmes de courts circuits dans les égouts, où passent les fils, “à cause de l’humidité ambiante”.

Un autre agent de change renchérit :

” Vous vous rendez compte que les PTT n’ont même pas de carte du réseau à jour et que la recherche de l’origine des pannes doit souvent se faire en aveugle ! “

Pour calmer mes interlocuteurs, je leur propose alors un rendez-vous directement avec le ministre des PTT, Louis Barthou. Ils insistent alors pour que la prise de rendez-vous ait lieu sous leurs yeux. “Nous en avons assez d’être promenés ! ” s’exclament-ils, même s’ils sont flattés de pouvoir enfin rencontrer un ministre.

Je saisis donc … mon téléphone et m’apprête à passer par le central interministériel pour fixer, avec mon homologue au cabinet de M. Barthou, la date et l’heure de la rencontre.

A mon grand désespoir, mon appareil téléphonique reste obstinément muet. Aucun son, aucune sonnerie. La panne, la vraie …devant mes interlocuteurs narquois.

Hilare, l’un d’entre eux s’écrie avec un fort accent de titi parisien :

” M’sieur le conseiller, vous voyez, en France, le téléphone, avec les courts circuits et le fil qui fond, y’a jamais personne qui en répond ! “

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Louis Barthou, ministre des travaux publics et des PTT

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