25 juin 1926 : L’ombre de Matisse rue de la Boétie


Pablo Picasso n’a pas gobé une seule seconde mon histoire de dîner avec Matisse – celle qui a si bien pétrifié Gertrude Stein l’autre soir. En me voyant pousser la porte de son atelier cet après-midi, son grand rire a fusé au milieu des effluves de térébenthine : « Alors, mon vieux Olivier ! Ti as bien dîné avec le grand Henri ? Quelle blague, coño ! L’Américaine en a perdu son latin ! »
Je m’installe sur une chaise boiteuse, unique îlot de propreté dans ce capharnaüm. L’atelier de Pablo est un champ de bataille ; celui de Matisse, m’a-t-on dit, ressemble à un laboratoire de chirurgien. Tout est dit.
Je le lance sur son rival de toujours. En ce début d’été, le triomphe des odalisques niçoises de Matisse agace prodigieusement le Catalan.
« Matisse… » grogne Pablo en écrasant un tube de couleur. « C’est un professeur de dessin, voilà tout ! Il fait de la décoration pour les rentiers qui ont peur d’avoir mal aux yeux. C’est mou, Olivier ! C’est du tapis ! »
« Tu es injuste », répliquais-je avec mon détachement d’ambassadeur. « Il retire tout pour ne garder que la vibration de la lumière. C’est l’harmonie pure. »
Il s’arrête net, son regard noir et magnétique braqué sur moi. C’est le regard du fauve.
« L’harmonie ? On n’a pas le temps pour ça ! Le monde est cassé, la guerre est passée, les machines vont à toute blinde. Un peintre, ça doit mordre, ça doit crever la toile ! Henri, il peint dans un bocal de poissons rouges pour plaire aux bourgeois. »
C’est le grand secret de Pablo : plus il critique Matisse, plus il est obsédé par lui. C’est une rivalité fraternelle, presque amoureuse. Je sais pertinemment qu’il cache des œuvres de son rival pour les étudier en secret, comme un général examine les cartes de l’ennemi.
Au moment où je me lève pour rejoindre le cabinet de l’Élysée, Pablo se radoucit d’un coup. Il pose son pinceau et soupire avec une lucidité désarmante :
« Au fond, ti sais, Olivier… il n’y a que Matisse. Lui et moi, on est les seuls à savoir ce que c’est que de mettre une couleur à côté d’une autre. S’il meurt, je perds ma plus belle ombre. Mais motus ! Sinon la grosse Gertrude nous fait fusiller ! »
Je descends l’escalier en souriant. Ces deux-là font mine de se haïr pour mieux se mesurer l’un à l’autre. Si la fureur de Picasso bouscule l’époque, c’est le calme de Matisse qui la console.

« Sylphide » : Œuvre d’Henri Matisse en 1926

June 25, 1926: Matisse’s Shadow on Rue de la Boétie


Pablo Picasso didn’t buy my story about dining with Matisse for a single second—the one that so beautifully petrified Gertrude Stein the other night. The moment he saw me push open his studio door this afternoon, his booming laugh erupted through the fumes of turpentine: « So, my old Olivier! You dined well with the great Henri? What a joke, coño! The American woman was utterly flabbergasted! »
I perch on a rickety chair, a lone island of cleanliness in this shambles. Pablo’s studio is a battlefield; Matisse’s, I am told, resembles a surgeon’s laboratory. That says it all.
I bait him about his lifelong rival. At the start of this summer, the triumph of Matisse’s Nice odalisques profoundly exasperates the Catalan.
« Matisse… » Pablo grunts, crushing a tube of paint. « He’s a drawing teacher, that’s all! He makes decorations for rentiers who are afraid of hurting their eyes. It’s soft, Olivier! It’s mere upholstery! »
« You are unfair, » I reply with my usual ambassadorial detachment. « He strips everything away to keep nothing but the vibration of light. It is pure harmony. »
He stops dead, his dark, magnetic gaze locked onto me. It is the look of a wild beast.
« Harmony? We don’t have time for that! The world is broken, the war is over, machines are running at breakneck speed. A painter has to bite, he has to rip open the canvas! Henri paints in a goldfish bowl to please the bourgeoisie. »
This is Pablo’s great secret: the more he criticizes Matisse, the more obsessed he is with him. It is a brotherly rivalry, almost a love affair. I know for a fact that he hides works by his rival to study them in secret, like a general examining enemy maps.
As I stand up to head back to the Élysée cabinet, Pablo suddenly softens. He puts down his brush and sighs with disarming lucidity:
« Deep down, you know, Olivier… there is only Matisse. He and I are the only ones who know what it really means to put one color next to another. If he dies, I lose my most beautiful shadow. But mum’s the word! Otherwise, fat Gertrude will have us shot! »
I walk down the stairs with a smile. Those two pretend to hate each other only to better measure themselves against one another. If Picasso’s fury jolts the era, it is Matisse’s calm that consoles it.

21 juin 1926 : Gertrude Stein m’agace prodigieusement !

La mécène américaine , multimillionnaire et reine de salon, Gertrude Stein m’agace. Picasso voulait absolument que je la rencontre à son domicile du 27 rue de Fleurus. Mais Grand Dieu, pour qui se prend-elle ? Son gros rire, ses robes de laine – même en juin – qui ne ressemblent à rien, son mépris pour un peintre que j’adore (Matisse), son mauvais français doublé d’un anglais américain incompréhensible et triomphant. Elle massacre les deux langues d’un coup. Suprêmement intelligente : elle connaît l’art, elle a étudié la psychologie et la médecine, le monde des affaires n’a pas de secret pour elle. Son sens de la répartie se révèle redoutable pour ses interlocuteurs et c’est elle qui verrouille le marché international de l’art pour mon ami Picasso.

Mais quel supplice de l’écouter parler à l’infini entre deux bouffées de cigarette, dans son salon parisien surchauffé. Elle juge très, trop vite tout le monde et porte une appréciation ironique voire cruelle sur beaucoup de gens qui n’ont rien demandé. Rien à voir avec l’empathie d’Olga, la femme de Picasso : celle qui décroche des Renoir de ses murs pour y placer des œuvres de mon père, cet illustre inconnu dont elle aime les toiles.

L’accès à son salon est verrouillé par son amie intime Alice Toklas qui vous ouvre la porte et fait le cerbère devant le salon en n’admettant que les puissants et les introduits. Gare à ceux qui ne montrent pas leur admiration sans borne pour la mécène Stein, si sûre d’elle-même qu’elle parle parfois d’elle à la troisième personne. C’est la Cour du Roi Soleil, sans Versailles.

Picasso s’en sort pourtant plutôt bien à ses côtés. Ses aspects « mauvais garçon boudeur » , son propre accent espagnol doublé d’une syntaxe approximative et son attirance pour l’argot comme les expressions imagées de la rue, son débit verbal très rapide, le protègent des forces centripètes de Stein. Elle est séduite par cet homme génial et lui pardonne tout. Elle l’écoute même alors qu’elle reste aussi sourde qu’inaccessible pour la plupart des visiteurs.

Au bout d’une heure de présence à écouter pérorer Gertrude, je peux enfin m’échapper. Elle m’a à peine jeté un regard – un fonctionnaire de l’Elysée ne la passionne guère – et s’est concentrée sur son seul protégé Pablo en ne cessant de commenter bruyamment ses œuvres «si modernes», « so revolutionary and so daring» !

« Mais où partez-vous, sweetie ? » me jette-t-elle, comme une marchande des halles tentant de retenir un client volage, au moment où elle me voit tourner les talons. Je glisse, avec un détachement très calculé : « Matisse est de passage à Paris et il dîne à la maison ce soir. Je dois y aller »

C’était un mensonge éhonté – Henri est sans doute à Nice à l’heure qu’il est – mais quel délice de voir le regard de Gertrude se figer et sa bouche s’arrondir, pour une fois silencieuse, de stupéfaction.

Fier de mon petit effet, je rejoins la rue. En pensant aux maîtres-mots de Matisse, “Luxe, calme et volupté”, je me surprends à esquisser sur le trottoir un pas de danse que la décence de ma fonction à l’Élysée devrait m’interdire.

Picasso et sa femme Olga

Gertrude Stein, hilare… et son amie intime Alice Toklas

La suite, Il y a 50 ans :

21 juin 1976 : Le snobisme change de siècle (mais pas de méthode)


June 21, 1926: Stein irritates me prodigiously!


The American patron, multimillionaire, and queen of the salon, Gertrude Stein, annoys me. Picasso absolutely insisted that I meet her at her home at 27 rue de Fleurus. But good God, who does she think she is? Her booming laugh, her shapeless woollen dresses—even in June—her contempt for a painter I adore (Matisse), and her poor French coupled with an incomprehensible, triumphant American English. She massacres both languages at once. Supremely intelligent, no doubt: she knows art, she studied psychology and medicine, and the business world holds no secrets for her. Her wit proves formidable for anyone she speaks to, and it is she who locks down the international art market for my friend Picasso.
But what a torment to listen to her hold forth endlessly between puffs of her cigarette in her overheated Parisian salon. She judges everyone far too quickly and offers ironic, if not cruel, appraisals of many people who asked for nothing. It is a far cry from the empathy of Olga, Picasso’s wife: she who takes Renoirs down from her walls to hang the works of my father, that illustrious unknown whose canvases she loves.
Access to her salon is closely guarded by her intimate friend, Alice Toklas, who opens the door and plays Cerberus at the threshold, admitting only the powerful and the well-connected. Woe to those who do not show boundless admiration for the patron Stein, a woman so self-assured that she sometimes speaks of herself in the third person. It is the Court of the Sun King, without Versailles.
Picasso, however, fares rather well by her side. His « sulky bad boy » demeanor, his own Spanish accent coupled with a haphazard syntax, his fondness for slang and the colorful expressions of the streets, and his rapid-fire speech protect him from Stein’s centripetal forces. She is captivated by this man of genius and forgives him everything. She even listens to him, whereas she remains as deaf and inaccessible to most other visitors.
After an hour of listening to Gertrude pontificate, I can finally escape. She barely spared me a glance—an Élysée official is of little interest to her—and concentrated solely on her protégé Pablo, loudly and continuously commenting on his works as « si modernes », “so revolutionary and so daring”!
“But where are you going, sweetie?” she tosses at me, with the persistence of a market woman trying to retain a fickle customer, just as she sees me turn on my heel.
I remark, with a deeply calculated detachment: “Matisse is passing through Paris, and he is dining at my home tonight. I must be off.”
It was a blatant lie—Henri is undoubtedly in Nice at this very hour—but what a delight to see Gertrude’s gaze freeze and her mouth drop open in silent stupefaction. For once.
Proud of my little performance, I return to the street. Thinking of Matisse’s guiding words, “Luxe, calme et volupté”, I find myself executing a brief little dance step on the pavement—one that the decorum of my office at the Élysée should rightfully forbid.

8 octobre 1909 : Picasso réveillé par un singe

La guenon s’impatiente, le tire par le bras, le pousse et attrape sa mèche de cheveux. Picasso la repousse violemment en s’écriant : «  Monina, il n’est que dix heures, laisse-moi rêver ! ».

Le maître a besoin de ces moments volés, de ces grasses matinées à la catalane qui lui permettent de laisser venir des idées neuves ou d’affiner des jugements.

Son portrait déjà commencé d’Ambroise Vollard ? Choisir des couleurs pour mieux faire ressortir l’aspect massif du personnage. Garder ces cubes et ces autres petites formes géométriques facilitant une vision immédiate de l’intéressé sous plusieurs angles à la fois.

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Ambroise Vollard, peint par Pablo Picasso en 1909

Le prix de ses dessins ? 50 francs. Il a en a partout, affichés, en pile sur la table, en vrac par terre. 50 francs l’unité et il sera riche. Picasso aime l’argent et il se sait génial. 50 francs n’est donc pas trop cher pour un dessin de lui.

Doit-il faire confiance à Kahnweiler ? Le marchand sait l’écouter, respecte l’intimité de son atelier, ne le presse pas, lui avance les sommes dont il besoin. Mais va-t-il continuer à le suivre dans son audace picturale ? D’autres ont renoncé, ont été effrayés lors de son passage à une peinture moins figurative, éloignée du bon goût bourgeois. « Cela ne se vendra pas… » ont-ils dit. Kahnweiler semble aimer les risques à prendre avec lui. Il ira le voir encore ce soir après ses heures de labeur et de création, pour papoter ou refaire le monde.

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Le marchand de Pablo Picasso, Daniel-Henry Kahnweiler

Monina pousse des petits cris stridents. Elle a faim, elle veut jouer. Elle fait une galipette. La chienne Fricka ouvre un oeil, agacée par ce vacarme et jappe deux fois en montant sur une chaise. Pablo pousse lui aussi un grognement. L’appartement du 11 boulevard Clichy se transforme en ménagerie de cirque.

Le peintre se redresse et attrape l’une des deux mandolines achetées la veille. Quelques accords et une chanson en catalan suffisent à calmer les deux animaux qui attendent une caresse et un peu de viande.

Bientôt Picasso laissera ce petit monde et, après un bol de lait ou de café, ira rejoindre la pièce atelier où le « Vollard » l’attend. Avec ses pinceaux et ses tubes, il pourra faire ce qu’il veut du marchand. Il pourra le représenter à sa guise. Il montrera que son art est au-dessus des contingences matérielles. A travers l’agencement des cubes sur la toile, la disposition habile des couleurs et des reliefs, il laissera passer une impression magique montrant que son œil a tout percé de la personnalité de Vollard. «  L’art domine tout le reste ; quand je peins, je suis le maître… » marmonne Picasso en rangeant sa mandoline.

Le marchand Ambroise Vollard

29 juin 1909 : Picasso apprend le dessin à ma fille

 » Laisse ton crayon courir sur la feuille. Garde la main souple. Repense bien à ce que tu veux dessiner et représente-le vu du dessus, du dessous et d’à côté.  »

C’était il y a deux mois : ma fille Pauline était ravie d’écouter Pablo Picasso lui montrer comment faire « un beau dessin ». L’artiste, croisé plusieurs fois chez les marchands de tableaux Kahnweiler ou Vollard, est devenu un ami de la famille. Nous le rejoignons parfois jusqu’à son atelier ; plus fréquemment, il vient prendre un verre à la maison. Jamais à la même heure, toujours sans prévenir. Souvent aimable, parfois taciturne. Le peintre veut rester libre et déteste les convenances bourgeoises.

La boîte de Crayola toute neuve venue des Etats-Unis sur le rebord de la table de la cuisine est le point de départ d’une aventure picturale pour ma fille qui se poursuit aujourd’hui. La gamine interroge :

 » Il renvient quand Tonton Picasso ?  »

Je rappelle à ma petite que celui-ci est rentré pour plusieurs mois dans son Espagne natale. J’ajoute, sans trop savoir, « … pour voir son papa et sa maman lui-aussi ». Je lui montre une carte que nous avons reçue de Barcelone et une autre de Horta de San Juan :

 » Tu vois, là-bas, il va nous faire des tableaux de montagnes avec du marron, du jaune et beaucoup de soleil. Il n’y aura pas de vert ou presque, puisque les arbres sont rares dans le paysage. Picasso reviendra aussi avec des photographies de ce qu’il a vu. Tu pourras comparer avec ses toiles.  »

Ma fille prend une feuille :

 » Je veux faire comme Tonton Picasso. Des carrés, quelques ronds et beaucoup de couleurs. »

Pauline se concentre. Un instant, ses yeux noisette me font penser au regard perçant de Pablo. Son avant-bras se déplace sur la feuille avec rapidité, les Crayola de différentes teintes se succèdent pour remplir la page avec une certaine habilité. L’enfant a compris les leçons du maître. Elle ne s’embarrasse pas du désir de reproduire la réalité et préfère nous faire sentir ce qu’elle a en tête. Chaque oeuvre devient, pour elle comme pour lui, une recherche et une expérience.

Un quart d’heure après, le dessin s’achève. L’enfant y inscrit son prénom, avec application, en bleu clair, en bas à droite. En me demandant de poster son chef d’oeuvre pour notre ami en Espagne, elle me signale qu’elle se met maintenant à faire des découpages.

 » Il devrait faire comme moi, Tonton Picasso : des découpages… ça va encore plus vite que de faire un dessin et c’est rigolo. »

Je lui promets de parler, dans ma lettre d’accompagnement, des découpages « rigolos » et de conseiller le procédé à Picasso.

Avec attendrissement, je regarde ma cadette et repense à cette phrase de notre ami peintre :

 » Dans chaque enfant, il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant.  »

Ma fille et Tonton Picasso

June 29, 1909: Picasso Teaches My Daughter How to Draw

“Let your pencil run across the page. Keep your hand loose. Think carefully about what you want to draw, and show it from above, from below, and from the side.”

That was two months ago. My daughter Pauline was delighted to listen as Pablo Picasso showed her how to make “a beautiful drawing.” The artist—whom we had met several times at the galleries of Kahnweiler and Vollard—has become a friend of the family. We sometimes walk with him to his studio; more often, he drops by for a drink at our home. Never at the same hour, always unannounced. Often pleasant, sometimes taciturn. The painter insists on his freedom and has little patience for bourgeois conventions.

A brand-new box of Crayola crayons, brought from the United States and set on the edge of the kitchen table, became the starting point of a pictorial adventure that my daughter continues to this day. The child asks:

“When is Uncle Picasso coming back?”

I remind her that he has returned for several months to his native Spain. I add, not entirely sure, “…to see his father and mother as well.” I show her a card we received from Barcelona and another from Horta de San Juan:

“You see, over there he will paint mountains in brown and yellow, full of sunlight. There will be little or no green, since trees are scarce in that landscape. Picasso will also bring back photographs of what he has seen. You’ll be able to compare them with his paintings.”

My daughter takes a sheet of paper:

“I want to do like Uncle Picasso. Squares, a few circles, and lots of color.”

Pauline concentrates. For a moment, her hazel eyes remind me of Pablo’s piercing gaze. Her forearm moves swiftly across the page; the different shades of Crayola follow one another, filling the sheet with a certain skill. The child has understood the master’s lessons. She does not trouble herself with reproducing reality, preferring instead to make us feel what is in her mind. Each work becomes, for her as for him, a search and an experiment.

A quarter of an hour later, the drawing is finished. Carefully, she writes her name in light blue in the lower right corner. Asking me to send her masterpiece to our friend in Spain, she informs me that she is now going to make cut-outs.

“Uncle Picasso should do like me—cut-outs… it’s even faster than drawing, and it’s fun.”

I promise to mention these “fun” cut-outs in my accompanying letter and to recommend the technique to Picasso.

With tenderness, I look at my youngest child and recall a remark our painter friend once made:

“In every child there is an artist. The problem is how to remain an artist once we grow up.”

11 février 1909 : Picasso, l’oeil qui cherche et trouve

« Son oeil noir englobe puis perce la réalité pour l’absorber totalement ; son esprit vif analyse, synthétise, transforme et transmet à son bras qui jette magistralement les formes et la couleur sur la toile. Picasso est une machine géniale !  » pense le marchand de tableaux Kahnweiler. Ce dernier vient visiter, comme en chaque fin de matinée, le Bateau-lavoir, résidence des peintres installés à Montmartre.

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Picasso a 28 ans en ce début d’année 1909

Picasso est l’un des rares artistes résidant dans cette guinguette, à l’aise financièrement. Kahnweiler vient de lui acheter presque toutes ses toiles de la période rose pour plus de 2000 francs.

Le Catalan exerce une fascination grandissante sur ceux qui le côtoient.

C’est lui qui explore des rivages jusque-là inconnus de la peinture avec ses incroyables « Demoiselles d’Avignon » et ses autres oeuvres qui transforment modèles et objets en cubes.

C’est encore lui qui prend sous son aile protectrice le débonnaire et (faussement?) naïf Henri Rousseau. Il vient d’organiser un grand banquet en son honneur.

Habitué à être leader, Picasso ne supporte pas la concurrence, notamment celle de Georges Braque qui fait aussi des découvertes dans le monde des objets simplifiés en volumes abstraits et en cubes. La rivalité entre les deux artistes, cachée par une amitié de façade, est féroce. Chaque oeuvre de Braque inspire immédiatement Picasso qui s’efforce de le dépasser en affichant un génie plus complet, plus audacieux encore.

Picasso parle, théorise, montre la voie à d’autres qui l’imitent maladroitement et servilement. Il est ce matin au centre d’un petit groupe attentif aux moindres de ses propos.

« Je veux faire votre portrait un jour ! » lance-t-il brusquement à Kahnweiler. Il tend son index et fixe le marchand d’art d’un regard impérieux lui interdisant de bouger.

 » Vais-je peindre ce qu’il y a sur votre visage? Ce qu’il y a dans votre visage? Ou ce qui se cache… derrière votre visage ? »

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Le Bateau-Lavoir, lieu de résidence et de rencontre des peintres de Montmartre

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