30 juin 1926 : La Chine bouillonnante enfin expliquée

La Chambre a voté la confiance à Briand et Caillaux hier soir, mais l’atmosphère parisienne reste étouffante. Entre la chute du franc et les calomnies des journaux, j’étouffe sous les boiseries de l’Élysée. Pour échapper à la folie financière, j’ai donné rendez-vous à un type discret mais que j’aime bien : Alexis Leger. Le chef de cabinet de Briand m’attend au fond d’un bistrot désert, loin des députés braillards. Devant sa tasse, l’homme a l’élégance froide d’un marbre, mais ses yeux brûlent encore des lueurs de l’Orient où il a longtemps été en fonction.
Je m’assois en soupirant :
— Alexis, Gastounet s’inquiète. Nos comptoirs de Shanghaï et nos douanes en Indochine sont sur des braises. Expliquez-moi ce chaos chinois. Je ne vois qu’un nid de vipères où personne ne comprend rien.
Leger sourit, un sourire lointain, presque taoïste. Il sort un stylo et commence à dessiner des cercles sur la nappe en papier.
— Mon cher Olivier, me dit-il d’une voix feutrée, la Chine n’est pas un chaos. C’est un immense corps qui change de peau dans la violence. Pour comprendre ce qui s’y passe en ce moment précis de l’année 1926, oublions nos manuels de droit public. Il y a trois forces qui se disputent l’Empire du Milieu.

I. Les Seigneurs de la Guerre : Les maîtres du Nord

Leger pointe le haut de la nappe.
— Au Nord, à Pékin, le gouvernement officiel n’est qu’un fantôme. Le vrai pouvoir appartient aux seigneurs de la guerre. Des généraux en chef comme Wu Peifu ou Sun Chuanfang. Ils s’achètent des armées de mercenaires, pillent les provinces, lèvent des impôts trente ans à l’avance et pactisent avec les puissances occidentales pour protéger leurs trafics. C’est la Chine du passé, corrompue et féodale. Remarque : le Quai d’Orsay s’en accommodait très bien !

II. Le Kuomintang et Tchang Kaï-chek : La foudre du Sud

Son stylo descend brusquement vers le bas de la nappe, là où se trouve Canton.
— Mais au Sud, une force nouvelle a surgi. Le Kuomintang, le parti nationaliste fondé par Sun Yat-sen. Et depuis sa mort, un homme a pris les rênes : le général Tchang Kaï-chek. C’est un fauve, Olivier. Un jeune militaire de trente-huit ans, sec, autoritaire, formé à la dure. Il a purgé ses rivaux à Canton en mars dernier et il s’est proclamé généralissime. Sa doctrine ? Unifier la Chine par les armes, chasser les seigneurs de la guerre et, à terme, nous jeter, nous les Blancs, à la mer.
Je l’interromps, intrigué :
— On dit à l’Élysée qu’il est soutenu par Moscou. C’est un bolchevique ?
Leger lâche un petit rire ironique en secouant la tête.
— C’est là que le drame devient fascinant. Tchang Kaï-chek n’a pas une once de marxisme en lui. C’est un nationaliste pur. Mais pour battre les généraux du Nord, il avait besoin d’armes et de discipline. L’URSS lui a fourni les deux : des instructeurs militaires russes et des millions de roubles. En échange, Tchang a accepté d’intégrer les communistes chinois au sein de son armée. C’est le Premier Front Uni. Une alliance contre nature entre la faucille et le sabre.

III. La mèche est allumée : L’Expédition du Nord

Leger trace une grande flèche droite qui remonte du sud vers le centre du pays, transperçant ses cercles.

« Les rapports secrets de nos consulats sont formels, Olivier. L’ordre de marche est signé. Dans quelques jours, en ce mois de juillet, Tchang Kaï-chek va lancer son armée de 100 000 hommes vers le Nord. C’est l’Expédition du Nord. »

Il se penche vers moi, le regard intense :
— Et cette armée avance avec deux moteurs. Les généraux de Tchang gagnent les batailles militaires, tandis que les militants communistes, infiltrés à l’arrière, soulèvent les ouvriers et les paysans. Ils déclenchent des grèves monstres, paralysent les usines des seigneurs de la guerre et ouvrent les portes des villes aux troupes nationalistes. C’est une vague de fond qui va balayer le centre de la Chine et arriver sous peu aux portes de Shanghaï.


Je termine mon café, le dos glacé malgré la chaleur de juin.
— Et l’alliance entre Tchang et les communistes tiendra jusqu’au bout ?
Alexis Leger range son stylo, remet son chapeau et me fixe avec ce détachement froid qui le caractérise :
— Jamais. Tchang Kaï-chek utilise les Rouges pour faire le sale boulot et soulever les masses. Mais les grands banquiers de Shanghaï et les triades locales lui offrent déjà des fortunes pour préserver l’ordre capitaliste. Dès que Tchang aura les clés de la ville, il écrasera les communistes comme des insectes. Ce ne sera pas une transition politique, Olivier. Ce sera un bain de sang. Et la France devra décider si elle protège ses coffres-forts ou ses grands principes. »


Il se lève, me salue d’un geste courtois et s’efface dans la lumière de la rue. Je reste seul devant la nappe en papier barbouillée de flèches. La Chine de 1926 est un volcan, et les projections de lave menacent d’atteindre nos colonies d’Asie bien plus vite que ne le croient les aveugles du Palais-Bourbon.

1926 : L’Année des Grandes Ruptures – Crises, Paix et Modernité

Alexis Leger en 1926
(c’est aussi – presque en secret – l’écrivain Saint-John Perse)
Le général Tchang Kaï-chek en 1926

June 30, 1926: Seething China Finally Explained

Last night, the Chamber voted its confidence in Briand and Caillaux, yet the Parisian atmosphere remains suffocating. Between the collapse of the franc and the slander of the press, I feel stifled beneath the wood paneling of the Élysée. To escape this financial madness, I arranged a meeting with a discreet fellow whom I quite like: Alexis Leger. Briand’s chief of staff is waiting for me at the back of a deserted bistro, far from the brawling deputies. Seated before his cup, the man possesses the cold elegance of marble, though his eyes still burn with flashes of the Orient, where he served for many years. I sit down with a sigh: “Alexis, Gastounet is worried. Our trading posts in Shanghai and our customs offices in Indochina are sitting on live coals. Explain this Chinese chaos to me. All I see is a nest of vipers where nobody understands a thing.” Leger smiles—a distant, almost Taoist smile. He pulls out a pen and begins drawing circles on the paper tablecloth. “My dear Olivier,” he says in a hushed voice, “China is not in chaos. It is an immense body shedding its skin through violence. To understand what is happening at this precise moment in the year 1926, let us forget our textbooks on public law. There are three forces vying for the Middle Kingdom.”

I. The Warlords: The Masters of the North

Leger points to the top of the tablecloth.
“In the North, in Peking, the official government is nothing but a ghost. True power belongs to the warlords—commanders-in-chief like Wu Peifu or Sun Chuanfang. They buy up mercenary armies, plunder provinces, levy taxes thirty years in advance, and strike deals with Western powers to protect their illicit trades. This is the China of the past: corrupt and feudal. Mind you, the Quai d’Orsay accommodated it perfectly fine!”

II. The Kuomintang and Chiang Kai-shek: Lightning from the South

His pen abruptly drops toward the bottom of the tablecloth, right where Canton lies.
“But in the South, a new force has arisen: the Kuomintang, the nationalist party founded by Sun Yat-sen. And since his passing, one man has taken the reins: General Chiang Kai-shek. He is a predator, Olivier. A lean, authoritarian thirty-eight-year-old soldier, hardened by ruthless training. He purged his rivals in Canton last March and proclaimed himself Generalissimo. His doctrine? To unify China by force of arms, drive out the warlords, and ultimately drive us—the white men—into the sea.”
I interrupt him, intrigued:
“They say at the Élysée that he is backed by Moscow. Is he a Bolshevik?”
Leger lets out a brief, ironic chuckle, shaking his head.
“That is where the drama becomes truly fascinating. Chiang Kai-shek does not have an ounce of Marxism in him. He is a pure nationalist. But to defeat the Northern generals, he needed weapons and discipline. The USSR provided him with both: Russian military instructors and millions of rubles. In exchange, Chiang agreed to integrate the Chinese Communists into his army. This is the First United Front—an unnatural alliance between the sickle and the sword.”

III. The Fuse is Lit: The Northern Expedition

Leger draws a large, straight arrow pointing upward from the south toward the center of the country, cutting through his circles.
“The secret reports from our consulates are unequivocal, Olivier. The marching orders have been signed. In a few days, in this month of July, Chiang Kai-shek will launch his army of 100,000 men toward the North. This is the Northern Expedition.”
He leans toward me, his gaze intense:
“And this army advances with a twin engine. Chiang’s generals win the military battles, while Communist militants, infiltrated behind the lines, rouse the workers and peasants. They spark massive strikes, paralyze the warlords’ factories, and open city gates to the nationalist troops. It is a groundswell that will sweep through central China and arrive shortly at the gates of Shanghai.”
I finish my coffee, a chill running down my spine despite the June heat.
“And will the alliance between Chiang and the Communists hold until the very end?”
Alexis Leger pockets his pen, puts his hat back on, and fixes me with that cold detachment so characteristic of him:
“Never. Chiang Kai-shek is using the Reds to do the dirty work and stir up the masses. But the wealthy bankers of Shanghai and the local triads are already offering him fortunes to preserve the capitalist order. As soon as Chiang holds the keys to the city, he will crush the Communists like insects. It will not be a political transition, Olivier. It will be a bloodbath. And France will have to decide whether she protects her vaults or her grand principles.”
He stands up, greets me with a courteous gesture, and fades into the street light. I am left alone before the paper tablecloth scrawled with arrows. The China of 1926 is a volcano, and its lava flows threaten to reach our Asian colonies far quicker than the blind men of the Palais-Bourbon believe.

20 et 21 février 1911 : La peste menace la France

«  La France a peur ! » Plus de 50 000 morts en Mandchourie, des cas signalés en Inde, au Japon, en Indochine, en Australie et en Égypte. Demain l’Europe ? La rumeur enfle : la peste, le terrible fléau du Moyen-Age, revient. Les photographies prises en Extrême Orient révèlent des scènes terribles. Malades emportés en trois jours dans des souffrances atroces, médecins contaminés, fosses communes qui se remplissent à grande vitesse auxquelles les villageois mettent le feu de façon désespérée, sans avoir pu respecter le moindre rite funéraire.

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Un transport de cadavres en Mandchourie, lors de la terrible peste de l’année 1911.

A la fin du Transsibérien, le long de la ligne elle-même, des villages entiers disparaissent sous le regard effaré des rares témoins occidentaux (journalistes et professeurs de médecine). Le froid – il fait moins quarante – ne facilite guère l’acheminement des secours. Les Mandchous qui ne meurent pas de la peste risquent maintenant la famine.

Mais le sujet du jour demeure le débat à la Chambre que je prépare avec Aristide Briand. Il faut rassurer les députés et démontrer que notre pays est protégé contre la terrible épidémie.

Briand : Il ne faut pas minimiser l’angoisse des uns et des autres. La presse a chauffé à blanc l’opinion, les images diffusées sont épouvantables et la peste pulmonaire fait objectivement froid dans le dos… si je peux m’exprimer ainsi (sourire contraint).

Moi : Vous devez d’abord montrer que vous êtes entouré d’hommes de science incontestables et prestigieux. Le Conseil supérieur d’hygiène, les professeurs Roux et Chantemesse. Vous écoutez leurs conseils, vous avancez sur leurs recommandations, vous n’avez que la santé des Français en tête.

Briand : Quel est l’argument le plus percutant pour rassurer tout le monde ?

Moi : La peste pulmonaire a un délai d’incubation court et on en meurt très vite. La distance qui nous sépare de la Mandchourie nous protège. Aucun malade ne peut survivre à un voyage en bateau aussi long et le bacille pouvant se loger sur les marchandises ne résiste pas non plus à de tel délai de transport.

Briand : Et les émigrants d’Asie qui débarquent tout de même sur le sol français ?

Moi : Nous avons fait le point ce matin avec le réseau ferré Ouest-État. Les trains contourneront Paris et aucune entrée ne sera tolérée directement dans la capitale.

Briand : Et la peste bubonique, les rats ?

Moi : Tous les navires arrivant sur nos côtes sont dératisés et retenus aussi longtemps que le permettent les conventions internationales. Nous sommes tellement prudents que nous commençons à avoir des plaintes des pays voisins !

Briand : J’aurai aussi sans doute une question spécifique sur Marseille, le port le plus exposé.

Moi : Chaque émigrant d’Asie est soumis à un contrôle particulier comprenant une visite médicale.

Vous pouvez annoncer la création d’une « commission spéciale sur les migrants » chargée de proposer toute mesure supplémentaire de protection et de prévention. Et puis, la France va organiser une conférence internationale sur la peste pour faire le point sur l’état de la science et les recommandations pouvant protéger les populations.

Briand : Pour la commission sur les migrants, vous pouvez me proposer un texte que je signerai dès demain matin et qui sera publié immédiatement au Journal officiel ?

Moi (songeant à la nuit qui va être courte pour préparer tout cela ) : Bien sûr, monsieur le Président.

Briand : Et vous m’accompagnez demain à la Chambre.

Moi : Comme d’habitude, Monsieur Briand. Avec votre dossier complet.

Briand : N’oubliez pas : la France a peur et la peur est mauvaise conseillère si nous ne savons pas apporter les bonnes réponses !

De retour seul dans mon bureau, je travaille à nouveau le dossier.

Le délai d’incubation ? Il est, en fait, inconnu. On l’estime à bien plus de sept jours et les porteurs du bacille restent au départ indétectables, se mêlent au reste de la population et la contaminent.

Les mesures prises par les autorités chinoises et russes ? Assez inefficaces pour l’instant et le mal continue à se propager grâce aux transports ferroviaires et par voie maritime. Les Chinois n’agissent pas avec transparence et cachent l’ampleur comme la localisation réelle de l’épidémie.

Les remèdes ? Il existe bien un vaccin diffusé par le docteur Haffkine, plutôt adapté. Mais il ne peut être fabriqué à grande échelle et couvrir des populations entières.

Bref, rien de rassurant dans tout cela.

Mais demain, il faut convaincre la Chambre que nous avons l’affaire bien en main et que nous maîtrisons la situation. Coûte que coûte. Les députés et l’opinion ne veulent pas entendre autre chose. Sinon, ce sera la panique et Briand tombera.

25 mars 1910 : Achetez votre poste de fonctionnaire !

Que préférez-vous ? Un poste de général avec un bel uniforme rouge et bleu ou une fonction plus discrète au ministère des transports ? Un riche Chinois n’hésite pas longtemps. Il laisse la fonction militaire où les détournements de fonds restent plus difficiles voire interdits et se jette sur le métier de directeur coordonnant la construction des nouvelles lignes de chemins de fer ou la réfection de milliers de kilomètres de route.

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Des fonctionnaires de police chinois dans le Pékin des années 1910

Étonnant ? Préférer l’ennui de la vie de bureau plutôt que le prestige d’encadrer une armée toute neuve, formée à l’occidentale, avec un mélange de méthodes prussiennes, anglaises et françaises ! L’explication de ce choix n’est pas à chercher loin. Dans l’Empire chinois, une bonne part des postes de l’administration civile est rémunérée par des « prélèvements directs », plus ou moins occultes, sur l’activité placée sous contrôle de l’État. Tel poste de directeur se vend 50 000 taels (200 000 francs) et ses titulaires savent qu’ils peuvent récupérer cette somme sur cinq ans et ensuite s’enrichir, tranquillement.

Tranquillement ? Pas tout à fait. La puissante presse chinoise veille. Vieille de six siècles, très lue, hargneuse, bien informée, commentée à haute voix par les bonzes pour les villageois illettrés, elle étale la vie privée des serviteurs de l’État à longueur de pages. Malheur à celui qui se prétendait pauvre alors qu’il organise une réception fastueuse pour le mariage de sa fille ! Il fera l’objet d’articles au vitriol jusqu’à ce qu’il démissionne ou qu’il rende les fonds prélevés indûment.

Vénalité des charges, détournements des fonds publics, lutte contre la corruption : la Chine hésite entre ces modes de fonctionnement.

Nous recevons ce jour trois commissions de Célestes (j’aime ce nom que nous donnons à nos amis chinois). L’une a pour but d’observer nos règles d’hygiène publique, l’autre vient assister à des manœuvres de nos régiments dans l’est de la France et la troisième passera de longs moments à la Chambre pour bien comprendre les subtilités de notre vie parlementaire.

Ne doutons pas qu’avec une observation aussi fine du fonctionnement de notre belle République, les Chinois transformeront leur État en modèle du genre.

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Toutes les grandes puissances veulent avoir leur part du « gâteau chinois ». Le Japon a déjà pris place alors que la Russie et la France attendent leur tour avec impatience…

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Dans toutes les (bonnes) librairies :“Il y a 100 ans. 1910″

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22 juin 1909 : Mao se fâche avec son père

La porte claque violemment. Les deux hommes hurlent, fous de rage. Les invités ne savent plus quelle contenance adopter. Mao Zedong quitte une fois de plus le domicile familial situé dans la province chinoise du Hunan. Sa mère court après lui et le supplie de faire demi-tour :

– Ton père ne pense pas ce qu’il vient de dire ! Oui, tu dois poursuivre tes études et il les paiera ! Mais montre-toi plus tendre avec Luo que nous t’avons choisie pour femme. L’avenir de la ferme passe par le ménage que tu fonderas avec elle. Reviens, Mao…

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Mao Zedong est un adolescent têtu du Hunan âgé de 15 ans

L’adolescent de 15 ans met les poings dans les poches de sa blouse bleue de coton matelassé. Le vent chaud qui balaie la terre sèche et jaune rend heureusement peu audible, pour sa mère tant aimée, sa réponse passionnée:

– Avec ce père qui ne comprend rien, j’ai appris la haine. Quand notre nation est envahie par des étrangers, quand il faut travailler à développer mon pays arriéré, ce paysan nanti ne pense qu’à l’avenir de sa petite propriété de Shaoshan. Mon horizon n’est pas celle du fleuve Yangzi. Il faut sauver la Chine et non s’occuper de mon mariage arrangé et mort-né !

D’un pas décidé, il remonte le chemin qui contourne la rizière paternelle. Il croise deux employés de l’exploitation qui le saluent respectueusement. Il leur jette :

– Vous aussi, vous devriez penser à autre chose qu’au riz de mon père. Les enfants de votre village sont maigres à faire peur, vos femmes n’ont parfois que des galettes de boue à cuire pour le repas du soir alors que les sacs de riz partent par bateau pour des villes lointaines ! 

Mao repense à toutes les maximes de Confucius apprises par coeur lors de sa scolarité à l’école du village. Laquelle d’entre elles pourrait le mieux convaincre ces paysans illettrés ? Les deux ouvriers agricoles le regardent hébétés. Obéir au père de Mao ? Suivre le fils fougueux et opposant ? Ils baissent la tête, incapables de se décider, espérant se faire oublier.

D’un geste impérieux, Mao leur demande soudain de faire un trou à trois pas devant lui. Se sentant d’un coup utiles, les deux paysans s’exécutent servilement et avec leurs outils abîmés aménagent rapidement une petite fosse. Pendant qu’il continue de disserter, Mao s’accroupit au-dessus de celle-ci et se concentre pour déféquer. Sitôt ce dernier soulagé, les deux employés se dépêchent de recouvrir la « production » de leur jeune patron avant que les mouches, qui pullulent en cette saison, n’arrivent sur les lieux.

Mao, fièrement redressé, indifférent à son pantalon souillé, continue sa démonstration :

– Le Japon nous montre la voie à suivre. Il indique qu’une armée asiatique peut vaincre les régiments des puissances occidentales. Ce pays à l’industrie puissante doté d’une administration bien pensée a retrouvé sa dignité et se révèle capable de dominer les étrangers sans foi ni principe.  Mes amis, je vous laisse maintenant mais quand je serai fonctionnaire de l’Empereur, je reviendrai vous sauver !

Enfin seul, Mao retrouve la maxime qu’il cherchait depuis tout à l’heure. Cette phrase destinée à convaincre sa mère et qui fait toute la différence entre le destin de son père et son avenir à lui :

 » Quand vous plantez une graine une fois, vous obtenez une seule et unique récolte. Quand vous instruisez les gens, vous en obtenez cent …  »

mao.1245568915.jpg Mao Zedong dans les années 1909, 1910

16 avril 1909 : Attention aux mariages lointains !

 « Il ne faut pas se marier avec un Chinois ». La presse se fait l’écho de mésaventures survenues à quelques Françaises séduites par des diplomates ou des hommes d’affaires de l’Empire du Milieu en séjour prolongé à Paris.

A chaque affaire, le même enchaînement : au début, une jolie histoire d’amour entre un homme cultivé, souvent élégant, au physique « exotique » et une parisienne en mal d’affection, puis une demande en mariage en bonne et due forme réalisée par un Chinois connaissant nos usages et manières. Une noce et une lune de miel sont vécues comme un joli conte de fée entre deux êtres dissemblables, éloignés culturellement mais se comprenant apparemment si bien.

 Enfin, le départ pour la Chine imposé par le mari soucieux de revoir ses proches et soumis à des obligations professionnelles impérieuses.

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La Chine, pays mythique et méconnu mis en scène lors de l’Exposition Universelle à Paris

Le cauchemar pour la Française arrivée à Pékin commencerait à ce moment : « Elle découvre que son mariage en France n’est pas reconnu par les textes chinois et que ces derniers imposent, en fait, à son époux une autre femme, chinoise, choisie depuis très longtemps par sa belle famille. Cette femme chinoise prend alors sa place dans le foyer et son mari se soumet de bonne grâce à cette tradition multiséculaire. La Française devient alors la servante de la maisonnée et ses enfants, si elle en a, lui sont enlevés et deviennent ceux du couple chinois, considéré comme seul légitime. »

J’ignore le degré de véracité de ces histoires abondamment commentées par des journaux en mal de sensationnel et des journalistes qui n’ont jamais mis les pieds en Chine, mais je confirme que le Quai d’Orsay et le Foreign Office font pression sur les autorités chinoises pour que le droit local soit modifié et déconseillent en attendant à leurs ressortissants les mariages mixtes.

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9 janvier 1909 : Un dirigeant chinois menacé de mort

Télégramme inquiet de notre ministre en Chine : Yuan Shikai est tombé en disgrâce. L’homme fort du régime, celui qui avait la confiance de l’Empereur et de l’Impératrice avant leur décès à tous les deux, se voit écarté du pouvoir.

On nous indique même que son assassinat n’est nullement à exclure.

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Yuan Shikai menacé

Yuan Shikai ? Un homme affable, redoutablement intelligent, comprenant bien les intérêts des puissances occidentales.

Lorsqu’il était gouverneur de province, il a su, par exemple, rester à l’écart de la révolte des Boxers qui était dirigée contre nous. Lors de ces émeutes sanglantes, il s’est gardé de prendre la moindre responsabilité et s’est préservé. La crise terminée, lorsqu’il a fallu renouer des liens internationaux, il est apparu comme l’homme de la situation et il est devenu vice roi de Zhili et l’un des dirigeants locaux les plus écoutés du pouvoir central.

Parvenu au poste de ministre des Finances, il pousse la Chine à se moderniser : création d’un ministère de l’Education, renforcement de la police, extension du réseau de chemins de fer, restructuration de l’armée avec achat de matériels de guerre performants. En outre, il défend l’égalité entre les Chinois d’origine Han et ceux qui viennent de Mandchourie.

Jusqu’à ces derniers jours, il était l’un des hommes les plus riches de ce grand pays et une armée dévouée se tenait prête à défendre ses intérêts.

Brutal retournement de situation : Yuan Shikai n’est plus rien. Officiellement, un problème de pied qui l’oblige à rejoindre son village natal de Huanshang dans la province du Henan pour y recevoir des soins. Le prince Chun qui assure la régence n’a plus confiance en lui et l’écarte en le relevant de tous ses postes.

Notre ministre a rencontré Yuan Shikai : on peut être inquiet pour sa vie. Les intrigues au sein d’un pouvoir central en pleine ébullition peuvent mener au pire. Un mauvais café cache parfois un bon poison et ferait disparaître cet homme qui gêne certains intérêts en place.

La Chine bascule donc dans l’incertitude : la venimeuse Cour Qing d’un côté, la montée en puissance des révolutionnaires de l’autre. Aucun dirigeant de talent pour réguler tout cela. L’immense pays devient un vaste sable mouvant.

Le télégramme retransmis par le Quai se termine par cette question : « donnez-vous votre accord pour assurer, avec l’aide de l’Angleterre et des Etats-Unis, une protection rapprochée de ce dirigeant en disgrâce ?  »

Clemenceau vient de répondre en marge du document : « accord. Et surveillez bien le café qu’il boit.  » 

20 décembre 1908 : Pu Yi, deux ans, Empereur de Chine

Il est sept heures. Comme tous les enfants du monde, le garçon de deux ans se frotte les yeux et se cache encore un instant sous sa lourde couverture de laine qu’il rabat au-dessus de son drap. Les premiers rayons du soleil réchauffent la ville où la température est tombée à – 10°C pendant la nuit.

Comme tous les enfants, le petit garçon se lève, il a faim.

A ce moment, comme chaque jour, ce qu’il vit comme un cauchemar recommence.

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Pu Yi, ce nom d’Empereur que personne, à la Cour, n’a le droit de prononcer, en signe de respect…

Sa maman n’est pas là. Il ne sait pas vraiment pourquoi. Seule sa nourrice Wen-Wang s’approche de lui. Une dizaine d’autres personnes qui n’osent le regarder se prosternent jusqu’au sol. Un bruit de tambourin rythme chacun des déplacements dans la pièce.

On lui retire ses vêtements de la nuit pour lui faire enfiler un habit plein de couleurs mais lourd pour le petit homme qu’il est encore.

Un serviteur lui présente une bouillie qu’il goûte et qu’il refuse finalement en jetant sa cuillère par terre. Immédiatement, un autre bol avec une autre mixture lui est offert pendant qu’une vieille femme nettoie prestement le sol.

Il mange alors lentement, silencieux, en rêvant que sa nourrice lui fasse un petit câlin. Celle-ci se tient toute droite, à distance, et ne s’approche que si la nourriture vient à manquer. Il regarde implorant dans sa direction. Wen-Wang comprend la demande mais n’ose enfreindre la règle imposée par l’étiquette de la Cour. Elle baisse la tête embarrassée et joint les mains.

Le petit garçon crie plusieurs fois :  » je veux maman !  » et jette son chausson à la figure de l’eunuque le plus proche. Les serviteurs, affolés, se retirent avec force génuflexions et laissent seule Wen-Wang.

La nourrice sait qu’elle a alors le droit d’approcher le garçonnet et de le tenir dans ses bras pour l’apaiser.

Elle sent bon, Wen-Wang. Elle est douce. Ce n’est pas maman mais c’est mieux que ces serviteurs bizarres qui ne cessent de se prêter à des cérémonials incompréhensibles. Le jeune enfant se blottit et se frotte contre le corps chaud de Wen Wang, cherchant un peu plus de tendresse encore.

Le regard embué de larmes, il cherche à se rappeler le visage de sa mère, le son de sa voix, les bruits familiers de la maison où il était avant.

« Avant »… quand il n’était pas encore Pu Yi, le nouvel Empereur de l’immense Chine.

11 aout 1908 : C’est le moment d’investir en Chine

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La Chine, un « gâteau » à se partager entre puissances européennes

Un fonctionnaire plein d’idées, un diplomate de talent, un nom célèbre et maintenant un prénom : Philippe Berthelot.

J’ai reçu, ce jour, le jeune sous directeur d’Asie au Quai d’Orsay, fils du scientifique et homme d’Etat Marcellin Berthelot, décédé l’an dernier.

Philippe Berthelot ne tient pas en place dans mon bureau. S’asseyant ou se levant brusquement, le regard fiévreux, son débit verbal accélère au fur et à mesure qu’il expose son (beau) projet. Passionné par la Chine, il souhaite que les pouvoirs publics français s’y organisent comme le font les Anglais.

Ceux-ci entretiennent là-bas trois entités liées entre elles : une banque d’affaire, un organisme de recherche de projets industriels et un groupement d’importation de matériel britannique.

Mon interlocuteur propose donc la création d’une banque franco-chinoise implantée à Pékin ou Shangaï, montée avec les capitaux de la Banque de l’Indochine.

 » Ce serait une banque idéale !  » ne cesse-t-il de marteler, le doigt levé comme un prêcheur.

Pour son projet destiné à favoriser le rayonnement français, il a besoin du soutien du Président du Conseil. Et pour cela, je suis chargé d’étudier sa demande et de proposer une décision à G. Clemenceau.

A priori, je n’aurais pas de raisons de m’opposer à la démarche si la Banque de l’Indochine acceptait d’apporter les capitaux voulus. Or, c’est là que le bas blesse. Cet établissement de financement de l’expansion coloniale, dominé par les grandes banques parisiennes, ne souhaite pas mettre un sou dans « l’aventure franco-chinoise ».

Depuis la révolte des boxers, matée en 1900 par une coalition armée européenne, le pays reste considéré par nos financiers comme peu sûr. Ces derniers investissent donc là bas à court terme, de façon spéculative -sur des projets allemands ou anglais – mais se méfient d’implantations industrielles françaises plus durables.

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Une compagnie de Boxers à Pékin. Cette société secrète chinoise est à l’origine d’une grande révolte contre les occidentaux en 1899 et 1900.

Philippe Berthelot ne comprend pas cette frilosité.

« Rendez-vous compte ! Toute l’Europe prend sa part de gâteau dans cet Empire chinois. Il y a là-bas plein de ressources minières, des voies de chemin de fer et même quelques premières usines. Le pays commence à se rénover sous l’impulsion de sa vieille impératrice Cixi. A la suite de la guerre russo-japonaise d’il y a deux ans qui s’est déroulée – humiliation suprême – sur leur territoire, les Chinois ont pris conscience qu’ils devaient faire des réformes. La cour mandchoue a aboli les concours traditionnels de recrutement des fonctionnaires au profit d’examens modernes. Le système d’éducation est repensé en profondeur. Les finances sont rééquilibrées et le système monétaire sera refondu.

Croyez-moi, c’est le bon moment pour investir en Chine. Ne laissons-pas les Allemands ou les Anglais, voire les Américains, y aller seuls. « 

C’est malheureusement ce qui risque de se passer.

Après que le jeune sous directeur du Quai ait quitté mon bureau, non sans avoir laissé un volumineux dossier sur son projet, j’ai abordé le sujet avec le President du conseil.

Celui-ci veut bien recevoir personnellement Philippe Berthelot (« s’il est aussi doué que son père, il a de l’avenir ce garçon ! ») pour parler… d’art chinois. Mais donner la caution de l’Etat pour des investissements d’ampleur dans ce pays, il n’en est pas question.

G. Clemenceau : « La France s’épuise dans ces aventures à l’autre bout du monde. Nous n’avons pas assez d’argent, de personnels, de compétences pour arroser toute la planète. L’énergie et le sang gaulois sont trop rares, gardons les pour l’Hexagone et les défis européens que nous avons à relever ».

Ainsi, la Chine s’éveille … mais sans nous.

24 avril 1908 : La Chine déboussolée

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La Cité Interdite, Pékin

Les échos transmis par nos diplomates implantés en Chine sont préoccupants. Ce pays, continent à lui tout seul, est en plein désarroi.

A la suite de la guerre des Boxeurs (révolte xénophobe chinoise anti-occidentale matée par les troupes européennes), les pays occidentaux ont exigé de la Chine de très importantes indemnités de guerre : 450 millions de dollars d’argent. Cette somme, faible pour des grandes puissances, constitue une véritable saignée dans un pays affaibli par une économie déséquilibrée et un Etat qui peine à se réformer.

La Chine, incapable de rembourser correctement, accumule les intérêts de retard et voit la charge de sa dette s’alourdir de mois en mois.

Le pays est progressivement démembré par ses multiples occupants. Le Japon s’est servi en premier et a pris Formose, les îles Pescadores, les régions de Suzhou et Hangzhou. Les Anglais leur ont emboîté le pas et sont entrés en possession des territoires de Weihai et de Shandong. Les Russes, les Français, les Allemands se partagent aussi d’autres villes économiquement intéressantes, en fonction de leurs intérêts égoïstes.

Les Occidentaux qui ont aussi la main sur les douanes et la gabelle chinoises, privent ainsi l’Etat de tout revenu indépendant.

Les masses rurales sont plongées dans une misère noire et restent à la merci du moindre aléa climatique. A tout moment, elles peuvent basculer dans la famine. Les Chinois et leurs dirigeants ont trop parié sur des cultures propres à satisfaire une clientèle étrangère. Le thé, le coton ou la soie, un temps source de prospérité, voient leur prix s’effondrer avec l’arrivée de nouveaux pays producteurs. Ces productions qui ont fait reculer les cultures vivrières laissent maintenant la place à des friches.

Le mauvais entretien des digues rend les inondations (fleuve Jaune…) fréquentes et particulièrement destructrices.

Toute l’économie chinoise passe progressivement sous le contrôle des grandes banques étrangères. La rareté des capitaux dirigés par les Occidentaux vers les usines chinoises les condamne à la disparition. Cet Empire affaibli est contraint d’importer une majeure partie des produits finis. Les maigres bénéfices des sociétés chinoises, sous contrôle étranger, sont rapatriés en Occident et ne permettent donc aucun investissement productif local.

Les lettrés chinois, les commerçants doués, quittent massivement leur pays et vont enrichir avec leurs idées neuves d’autres contrées d’Asie du Sud-Est.

L’immense Chine est en passe de devenir un nain sur l’échiquier international. Un nain bien malade.

26 mars 1908 : Le Tibet est prié de se faire oublier

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Le Potala, palais du Dalaï Lama, 1908

Le Quai d’Orsay souhaite avoir une position du Président du Conseil concernant le Tibet. Le Pays des Neiges, riche d’une Histoire où se mêlent guerres, religion et légendes, fait l’objet de multiples convoitises.

Les Anglais ont envoyé des troupes sur ses montagnes afin de barrer l’accès aux Russes. Les Chinois ont, quant à eux, entamé une opération de sinisation de la population à travers la suzeraineté qu’ils exercent de fait sur le pays.

D’après ce que je crois comprendre des notes issues du Quai, l’influence chinoise mène à un réel développement d’un pays jusque-là largement arriéré. L’électricité, le télégraphe, l’hygiène se répandent grâce à la Chine.

Pour autant, les grandes puissances négligent complètement le facteur religieux dans cette nation profondément bouddhiste. Par leur faute, le treizième Dalaï Lama, chef religieux suprême et profondément respecté du peuple, peine à jouer le rôle politique stabilisateur qui  pourrait être le sien.

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Le 13ème Dalaï-Lama,  Thubten Gyatso

Ce dernier qui souhaite nouer le plus de relations diplomatiques possibles avec les grands pays, aimerait un soutien de Paris et un appui français pour plus d’indépendance de son peuple.

Dans mon rapport à Clemenceau, je déconseille pour autant d’aller plus avant dans le soutien au Tibet.

En effet, les grands contrats commerciaux qui peuvent être signés avec une Chine qui commence à s’ouvrir largement à l’Europe, pourraient pâtir d’une position trop affirmée de notre part dans cette région montagneuse, sans grand intérêt économique. En outre, il faut éviter à tout prix de déplaire à nos alliés anglais et russes qui considèrent le Tibet comme une zone qui doit échapper aux regards des autres puissances occidentales.

La ligne officielle que je suis dans l’obligation de proposer, dictée par l’intérêt financier et industriel de la France et conforme à notre position diplomatique et militaire dans la Triple Entente, me laisse un arrière goût amer.

Je sens que les fonctionnaires du Quai d’Orsay qui nous communiquent avec beaucoup de précisions des informations sur le vaillant peuple tibétain, auraient aimé une attitude plus compréhensive à son égard, venant de la tête de l’exécutif.

Mais que pèsent quelques bonzes, quelques monastères et traditions merveilleuses face à une France radicale, volontiers anti-cléricale, qui s’efforce, à tout prix, de regagner une place de choix parmi les grandes puissances ?

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