10 novembre 1908 : Les énormes bourdes de Guillaume II

Sincérité dans les sentiments, franchise dans l’expression, affection pour les Anglais… que redire à cela ? Rien, si ces qualités étaient celles d’un sujet ordinaire de l’Empire allemand. Seulement voilà, nous avons affaire à Guillaume II, l’homme des gaffes, l’Empereur de la bourde.

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L’Empereur Guillaume II : il aime les uniformes, fréquenter les officiers prussiens mais ignore tout de la diplomatie

Dernière affaire en date : l’affaire du Daily Telegraph. Dans un entretien au quotidien londonien, fin octobre, Guillaume II a lâché que la France et la Russie l’avaient invité à se joindre à elles pour « humilier l’Angleterre jusqu’à lui faire mordre la poussière  » (sic) mais qu’il avait refusé et conservé par-devers lui les textes exacts venant des deux gouvernements.

Il a aussi déclaré qu’il était à l’origine des plans ayant permis aux Anglais de battre les Boers en Afrique de Sud. Pour conclure, il a indiqué que la flotte allemande est conçue pour faire la guerre aux Japonais et non aux sujets de sa Gracieuse Majesté britannique. Bref, il aime les Anglais et veut se rapprocher d’eux.

L’affaire fait grand bruit. Les journaux des pays européens font des éditoriaux vengeurs et moqueurs. Certains ne croient pas un mot des propos de l’Empereur mais considèrent que l’Allemagne est dirigée par un homme incontrôlable qui peut nuire à la paix. D’autres estiment qu’il n’y a pas de fumée sans feu et y voient un signe de fragilité de la Triple Entente entre la France, l’Angleterre et la Russie.

Les opinions s’agitent, les chancelleries s’inquiètent, les télégraphes gouvernementaux crépitent de messages contradictoires.

Pour essayer de clarifier tout cela, je rencontre ce matin l’ambassadeur de Berlin à Paris.

A suivre…

9 novembre 1908 : L’immensité du plaisir féminin

 » Il faut laisser le plaisir féminin s’épanouir pleinement. » Ce qu’il y a de bien avec le médecin avec lequel je discute ce soir, c’est sa clarté et sa franchise de scientifique !

Jusque dans les années 1860, sous le Premier et le Second Empire, le plaisir féminin, pendant l’acte sexuel, était tout simplement nié. La femme restait cantonnée à sa fonction reproductive. L’homme lui-même était prié d’être « efficace » dans ce même domaine… mais sans en rajouter.

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Auguste Renoir, La Baigneuse Endormie

Il était de bon ton dans les milieux bourgeois de faire cesser toute vie très intime après 50 ans. Pour la femme, comme pour l’homme, l’abstinence, disait-on, augmentait les chances de vivre vieux.

Une chape de plomb très prude s’était abattue sur notre société.

Les romans populaires, les journaux, les plaisanteries de « corps de garde » , se faisaient vaguement l’écho d’une vie sexuelle plus « débridée et spontanée » dans les milieux ouvriers: debout derrière le mur de l’usine, la position debout étant réputée avoir des vertus contraceptives.

Quant aux paysans, couverts de vêtements faciles à enlever, ils faisaient l’amour, dit-on, loin de la chambre commune où dormaient aussi les enfants, donc dans les granges, les greniers ou derrières les haies.

Mais la norme, le bon goût, le savoir-vivre, trouvaient leur source dans les pratiques bourgeoises. Et dans les beaux quartiers, c’était, pour tous, à la nuit tombée, l’acte réalisé obligatoirement dans la « position du missionnaire ». Ce mouvement à peine charnel, devait aboutir si possible à une future naissance. Il y avait un crucifix au-dessus du lit, pour rappeler la grandeur et l’importance de ce bref moment vécu par le couple, uni devant l’Eternel.

Point de vrai plaisir dans tout cela ; aucun pour la femme et juste ce qu’il faut pour aller jusqu’au bout, le plus vite possible, pour l’homme. Si ce dernier en voulait « davantage », les maisons de tolérance du préfet de police Mangin des années 1830, les cocottes et les « belles horizontales » des années suivantes, étaient là pour le satisfaire.

Depuis une grosse quarantaine d’années, les choses évoluent doucement.

Le corps médical n’y est visiblement pas pour rien. Celui-ci se méfie grandement de la sexualité des maisons closes,  sources de maladies vénériennes qui y prolifèrent de façon incontrôlable.

Et comment éviter la fréquentation des lieux de prostitution si on ne revalorise pas l’acte sexuel à la maison ?

Progressivement, les caresses, les baisers longs et fougueux, sont remis à l’honneur. Partout : dans les wagons de chemin de fer, dans les fiacres ou les antichambres.

Ce mouvement est renforcé par une diffusion large des valeurs romantiques et d’un retour au goût du jour de l’érotisme. La femme n’est plus une vierge effarouchée, tout de blanc vêtue.

La Commune  et ses valeurs révolutionnaires en matière sociale, sont aussi passées par là.

La femme veut plaire, séduire. Ses parfums sentent le musc, ses décolletés sont plus provocants, elle laisse tomber ses longs cheveux.

Le monde des salons découvre le « flirt », à mi-chemin entre la liaison platonique et une sexualité libertine assumée façon XVIIIème siècle.

Mon ami médecin, toujours cru, ajoute :  » les capotes réalisées naturellement en intestin d’animal sont avantageusement remplacées par des condoms en caoutchouc fabriqués en Angleterre. On peut faire l’amour à l’infini sans risquer une grossesse !  »

La République apprécie aussi le nouveau couple : un homme épanoui fait plaisir et honore longuement et régulièrement sa compagne aimante et contribue ainsi à l’accroissement d’une famille où naissent plein de beaux bébés peuplant une France qui doit pouvoir se mesurer à l’Allemagne.

Et le plaisir dans tout cela ?

« Il est revenu » conclut le médecin. « Mes patientes m’en parlent, en rougissant… mais l’estiment normal. Je n’imaginais pas tout ce qu’elles peuvent éprouver. Quelle variété, quelle intensité parfois ! »

 » Elles ne rêvent pas forcément de leur mari mais parfois d’un jeune acteur vu au théâtre ou d’un cavalier croisé un dimanche ou encore d’un valseur doué fréquenté dans une soirée mondaine ».

Je questionne, taquin :  » et elles ne fantasment jamais sur leur médecin ?  »

C’est au tour de mon ami de rougir… en restant, pour une fois, silencieux.

7 novembre 1908 : Foules sentimentales

Il existe des livres que l’on préférerait ne pas avoir ouverts, des théories qui glacent et que l’on voudrait oublier.  » La Psychologie des Foules » de Gustave Le Bon, ouvrage paru il y a une dizaine d’années et réédité régulièrement depuis, fait parti de ces « pavés dans la mare  » à fort retentissement qui bouleversent notre vision du monde et nous inquiètent sur des points auxquels nous n’avions pas vraiment réfléchi.

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Gustave Le Bon

 La thèse ? Elle est assez simple.

L’individu, pris individuellement, est un être vivant supérieur doté d’une vive intelligence, d’une raison lui permettant d’avoir des comportements rationnels. Il est capable d’échapper aux contraintes et aux préjugés et peut faire progresser l’humanité.

La foule, au contraire, reste irrationnelle, incohérente, impulsive. Elle a le niveau intellectuel d’un être inférieur comme l’animal. Elle forme un « tout » imperméable à toute argumentation logique et construite. L’individu, même intelligent, placé dans une foule, perd son autonomie et adopte les comportements simplistes de l’ensemble.

Cet ensemble a besoin d’être dominé. La foule, tremblante, écorchée vive, attend un guide ; le troupeau a besoin d’un maître. Ce dernier, s’il est habile, peut le faire évoluer à sa volonté.

Les foules sont partout : ce sont les grandes réunions de partis politiques mais aussi les assemblées parlementaires ou même… les jurys d’assises.

Par leur comportement régressif, elles menacent la bonne marche de la Civilisation et peuvent même la conduire à sa perte.

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Gustave Le Bon qui est un homme de salons, popularise sa thèse dans le Tout Paris et ses conceptions sont connues bien au delà d’un petit cercle d’universitaires spécialisés.

Ses « Déjeuners du Mercredi » sont fréquentés par tout ce que la France compte d’éditeurs de revue, de chercheurs connus et de présidents de sociétés savantes. On y croise le mathématicien Henri Poincaré, Roland Bonaparte, le riche président de la société géographique, le philosophe Henri Bergson ou Ernest Flammarion. Les parlementaires, les professeurs de médecine ou les journalistes aiment être vus en ce lieu prestigieux.

Que faire des thèses de Gustave Le Bon ?

Le meilleur si l’on essaie de ne pas créer de situation de constitution de foules. Le Bon est très attiré par les sociétés anglo-saxonnes qui favorisent, selon lui, l’épanouissement de l’individu pour le plus grand profit de l’humanité.

Le pire si, au contraire, des personnes mal intentionnées comprennent, un jour, la force destructrice des groupes immenses et leur capacité à se soumettre à une volonté forte et unique d’un individu dominant.

Le Bon tire la sonnette d’alarme. Le XXème siècle qui commence marque peut-être le début d’une époque inquiétante où la volonté des sages souverains, légitimement élus, compte bien peu face aux comportements des foules dirigés par des démagogues habiles.

Une autre coqueluche des salons, l’académicien Abel Hermant, s’exclamait récemment :  » Nos foules ont, en politique, le nez du chien qui n’aime que les mauvaises odeurs. Elles ne choisissent que les moins bons et leur flair est presque infaillible. « 

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