15 septembre 1910 : Clemenceau pique une colère en Argentine

Une lettre de Clemenceau. Moment de bonheur : mon ancien patron pense à moi ! J’ouvre lentement la missive postée en Argentine où le grand homme fait une série de conférences. Le Tigre m’écrit longuement, je suis flatté, je reste bien l’un de ses confidents.

Je reconnais au fil des cinq longues pages son sens inné de la narration pour me décrire aussi bien la démocratie de cette république sud-américaine, son rêve de faire une ballade à cheval dans la pampa (contre l’avis de son médecin inquiet pour sa prostate), son amour de la nature à perte de vue ou l’importance des femmes dans les foyers …

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Buenos Aires en 1910

Sa description fine et humaniste des asiles d’aliénés argentins « où on laisse, pour une fois, les fous en paix dans un régime de semi- liberté » ne laisse pas indifférent.

Je constate avec amusement que mon ex-patron n’a pas pu s’empêcher de piquer, sur place, une de ses colères qui ont contribué à sa célébrité. Il n’a en effet pas supporté de découvrir que les théâtres sud-américains ne respectaient pas le droit d’auteur. Les pièces françaises ou anglaises y sont jouées sans la moindre autorisation. Clemenceau s’est donc fendu de déclarations tonitruantes dans la presse locale dénonçant ce scandale et a envoyé une mise en demeure aussi sèche que bien argumentée au gouvernement argentin.

Il faut croire qu’en Argentine, on craint autant le Tigre qu’en France puisque que les parlementaires de Buenos Aires se sont réunis d’urgence pour voter un texte mettant leur pays en conformité avec les textes européens.

Pour se plonger dans l’ambiance argentine de 1910, rejoignez le groupe des amis du site « Il y a un siècle »…

14 septembre 1910 : Ces trains qui déraillent

La grande misère du réseau ferré de l’État !

Deux catastrophes majeures en un mois. L’une le 14 août fait plus de 50 morts, à Saujon, près de Royan ; l’autre, il y a trois jours, tue à nouveau dix autres voyageurs, à Bernay.

Rien ne va dans la compagnie nationalisée : voies défectueuses, wagons inadaptés et trop légers pour des motrices devenues rapides et puissantes, erreurs humaines fréquentes, organisation générale défaillante. La puissance publique a racheté un réseau mal entretenu et dirige un personnel excédé de travailler dans de mauvaises conditions.

Des usagers qui craignent pour leur vie, des cheminots qui grognent : je sens que les chemins de fer vont bientôt nous claquer à la figure.

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Pour en savoir plus sur les catastrophes de 1910 : Rejoignez le groupe des amis du site   » Il y a un siècle « …

13 septembre 1910 : Olivier le Tigre revient

« Les gens heureux n’ont pas d’histoire… » Mon journal a failli s’arrêter. Une bonne place au cabinet d’Aristide Briand, marié à une femme aimée, trois beaux enfants, des amis fidèles… Mais que raconter jour après jour ? Le bonheur d’un fonctionnaire sans histoire ne fait pas rêver, le rythme tranquille du Président du Conseil qui prend en cela le contrepied de son prédécesseur Clemenceau, non plus.

Alors la plume se relâche, je me réfugie dans un cocon privé, douillet et discret. Écouter des disques, assister à des séances de cinématographe, dormir le matin à cinq heures, plutôt qu’écrire.

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Les lectures des chefs d’œuvre de Flaubert et de Tolstoï (La Guerre et la Paix) m’éloignent du Paris de 1910 pour me replonger dans les guerres napoléoniennes ou dans la France de Louis-Philippe. Les automobiles disparaissent de mon horizon et je cesse d’être acteur de mon époque pour me caler dans la place confortable du spectateur des années passées. Face aux auteurs géniaux, je me contente d’être un lecteur admiratif, critiquant mon propre style pas assez fluide, mes phrases qui sentent trop le travail appliqué.

Et puis, des voix naissent. « Mes » anciens lecteurs aussi anonymes que sympathiques, moins exigeants que moi sur ce que doit être un journal, m’envoient des mots, font publier des lettres, forment un petit groupe pressant. Leurs voix me guident en douceur vers le retour. Je découvre que j’ai une petite place dans leur vie de tous les jours. Ils l’aimaient bien la chronique quotidienne publiée par le journal « Le Temps », ils avaient appris à l’apprécier ce drôle d’« Olivier le Tigre ». Je leur changeais les idées et ils m’indiquent qu’un public plus nombreux encore se formerait sans doute dans 100 ans et que ce qui me paraît anodin aujourd’hui, fera le bonheur des Français des années 2000 et au-delà.

Alors, un moment de calme et je reprends le collier, je pousse à nouveau cette charrue qui creuse des sillons dans un monde pas aussi tranquille que cela, une époque pleine de promesses mais qui pourrait mal tourner si nous n’y prenons garde.

Votre journal revient. Il change un peu. Des chroniques plus courtes mais plus fréquentes. Un fil d’Ariane fait d’actualités, d’impressions et de faits bruts, des mots jetés sans calcul sur la feuille qui n’attendent que vos commentaires en retour, chers lecteurs. Pendant ces deux longs mois de silence, vous m’avez beaucoup manqué, vous aussi !

Pour comprendre pourquoi votre journal s’est arrêté pendant plus de deux mois, pour rêver de Belle Epoque, rejoignez le groupe des amis lecteurs…

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