1er novembre 1910 : La Croix Rouge en deuil

Elle est de toutes les guerres mais personne ne lui tire dessus. Elle côtoie la souffrance mais n’en est jamais à l’origine. La Croix Rouge existe depuis 1863 et n’a cessé de s’étendre. Tous les grands pays ont signé aujourd’hui la fameuse convention de Genève de 1864. En principe, les armes se taisent quand passent les médecins ou les infirmiers et les blessés doivent quitter le champ de bataille sans être considérés comme des ennemis. Seul le soulagement de leurs souffrances compte.

La guerre que l’on ne peut malheureusement faire disparaître s’arrête maintenant à une frontière, celle posée par les textes internationaux et matérialisée par l’action dévouée de la Croix Rouge ( en France, la Société de Secours aux Blessés Militaires, SSBM).

A l’origine de tout cela, un homme: Henry Dunant.

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Le fondateur de la Croix Rouge Henry Dunant

Une imagination débordante, une énergie à revendre à ses débuts, un talent d’écriture aidant à convaincre (« Un Souvenir de Solferino » le rend définitivement célèbre et emporte l’adhésion des foules à la cause des blessés de guerre) puis l’usure dans les rivalités, les enjeux de pouvoir et l’oubli de tous. Dunant connaît la misère et l’isolement pendant un long moment.

Heureusement, le prix Nobel de la Paix ainsi qu’une pension de l’Impératrice de Russie sont venus réparer une partie des injustices à partir de 1901.

Au fin fond de la Suisse allemande, à 82 ans, Henry Dunant vient de mourir.

Les blessés de la guerre doivent beaucoup… à ce blessé de la vie.

30 octobre 1910 : Briand sauve sa tête

Briand a sauvé sa tête. Avec maestria. Nous avons répété ensemble hier soir et une partie de la nuit. Tout a été travaillé et rien n’a été laissé au hasard. Je lui ai proposé de se défendre face aux députés outrés par sa bévue de la veille, en utilisant trois méthodes : l’explication, la dramatisation… et l’humour.

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Jean Cruppi a été l’un des parlementaires scandalisés par les propos d’Aristide Briand hier.

Explication : Aujourd’hui, devant la Chambre, Briand est donc revenu sur l’incident de la veille où il avait donné l’impression qu’il pouvait choisir de rentrer dans l’illégalité si les circonstances l’exigeaient. Il a insisté sur le fait qu’il avait été interrompu dans son argumentation et que ses propos étaient plus nuancés qu’ils n’y paraissaient. Il a aussi évoqué sa profonde fatigue consécutive au dur conflit avec les cheminots. Fatigue qui explique une moindre vigilance dans son discours. Sa sincérité et son humilité ont fait merveille quand il est revenu sur ce moment douloureux.

Dramatisation : Le Président du Conseil a laissé entendre habilement que son gouvernement qui venait de ramener le calme dans des circonstances difficiles, restait un rempart contre les désordres. Les députés gagnaient donc à ne pas faire tomber le Ministère maintenant. Sauf à faire, en quelque sorte, un saut dans l’inconnu. Plus, il fallait même éviter une « demi-confiance » qui laisserait le gouvernement faible et sans autorité.

Briand a aussi tendu ses mains en direction des parlementaires et après un silence un peu théâtral, il leur a dit, pour rappeler que le calme était revenu dans les trains sans charge de la troupe et sans tir des soldats : « Voyez, je n’ai pas de sang sur les mains »

Humour : Il était prévu que Briand fasse basculer les rieurs de son côté. Quelques petites phrases bien tournées ont conquis l’assistance. Nous retiendrons surtout ces deux là : « Dictateur ? Eh bien je suis un dictateur fragile et si c’est là la dictature, je peux vous dire que la séance d’hier ne m’y encourage guère ! »

« Je viens remettre mon sort entre vos mains et si vous voulez le briser, je vous demande une chose : de le faire en plein jour et non dans un cave ! ».

Résultat de cette défense bien menée, un vote de confiance de 329 voix contre 183.

Briand a regagné son banc. Avant de s’asseoir, il a pris le temps de me faire un signe de tête avec un sourire et un regard exprimant la gratitude.

Le Patron est sauvé.

Je rentre chez moi, épuisé par le labeur et l’émotion et je vais dormir… enfin.

29 octobre 1910 : L’énorme bourde du Président du Conseil

Tout avait pourtant bien commencé. Aristide Briand était monté tranquillement à la tribune de la Chambre et, dans un discours parfaitement maîtrisé, il avait égrainé un à un les différents arguments que nous avions préparés ensemble. Le gouvernement avait su prendre les dispositions nécessaires pour mettre fin à la dangereuse grève des cheminots.

  • La troupe était intervenue massivement mais sans violence ;
  • l’ordre avait été rétabli vite, réduisant donc le danger pour la sécurité du pays ;
  • les sabotages effectués par certains démontraient l’urgence de l’intervention ferme de l’État
  • contrairement aux racontars, il n’y avait pas de crise gouvernementale et il n’existait aucune preuve formelle de dissensions avec le ministre du travail Viviani etc…

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Le Président du Conseil Aristide Briand devant la Chambre

Tout cela tournait rond. Les trains roulaient à nouveau, le pays avait repris son activité normale et il suffisait de convaincre les députés de la qualité du travail de l’exécutif.

Jaurès se montrait, comme d’habitude, en pleine forme mais restait peu suivi. L’extrême gauche poussait ici et là des hurlements mais rien que de très habituel.

Bref, la partie était presque gagnée. Le vote de confiance se profilait, massif, incontestable. Un succès politique pour mon patron Aristide Briand. La sanction positive de la mobilisation de toute sa garde rapprochée.

Soudain, patatras !

Briand prononce la phrase de trop : « Et je vais vous dire une chose qui va vous faire bondir : si le gouvernement n’avait pas trouvé dans la loi de quoi rester maître de ses frontières et de ses chemins de fer, c’est à dire de l’instrument nécessaire à la défense nationale, eh bien ! Dût-il recourir à l’illégalité, il y serait allé ! »

Propos énormes dans une France où la Loi fait l’objet d’un « culte », au sein d’une Chambre pétrie de principes républicains, se méfiant de tout retour à l’autoritarisme monarchique ou impérial.

La clameur, immense, commence à gauche puis se répand dans tout l’hémicycle. Cris, claquements de pupitres, descente des marches et encerclement de la tribune par plus de 150 parlementaires déchaînés : « dictateur, démission, c’est une honte ! »

Mais pourquoi Briand a-t-il dit cela ? Je suis atterré. Tout notre patient travail pour remettre en marche le pays s’effondre, d’un coup. Si rien n’est fait, Briand va tomber. Ce soir, demain ?

Après un bref instant de découragement (l’envie de tout plaquer), je serre les dents, oublie la fatigue accumulée, laisse ma colère de côté. Je vais travailler toute la journée et s’il le faut toute la nuit, avec mon Patron, pour le sauver de ce mauvais pas.

A suivre…

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Comment interpréter cette bévue de Briand ? rejoignez le groupe des amis d’Il y a un siècle…

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