16 avril 1909 : Attention aux mariages lointains !

 « Il ne faut pas se marier avec un Chinois ». La presse se fait l’écho de mésaventures survenues à quelques Françaises séduites par des diplomates ou des hommes d’affaires de l’Empire du Milieu en séjour prolongé à Paris.

A chaque affaire, le même enchaînement : au début, une jolie histoire d’amour entre un homme cultivé, souvent élégant, au physique « exotique » et une parisienne en mal d’affection, puis une demande en mariage en bonne et due forme réalisée par un Chinois connaissant nos usages et manières. Une noce et une lune de miel sont vécues comme un joli conte de fée entre deux êtres dissemblables, éloignés culturellement mais se comprenant apparemment si bien.

 Enfin, le départ pour la Chine imposé par le mari soucieux de revoir ses proches et soumis à des obligations professionnelles impérieuses.

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La Chine, pays mythique et méconnu mis en scène lors de l’Exposition Universelle à Paris

Le cauchemar pour la Française arrivée à Pékin commencerait à ce moment : « Elle découvre que son mariage en France n’est pas reconnu par les textes chinois et que ces derniers imposent, en fait, à son époux une autre femme, chinoise, choisie depuis très longtemps par sa belle famille. Cette femme chinoise prend alors sa place dans le foyer et son mari se soumet de bonne grâce à cette tradition multiséculaire. La Française devient alors la servante de la maisonnée et ses enfants, si elle en a, lui sont enlevés et deviennent ceux du couple chinois, considéré comme seul légitime. »

J’ignore le degré de véracité de ces histoires abondamment commentées par des journaux en mal de sensationnel et des journalistes qui n’ont jamais mis les pieds en Chine, mais je confirme que le Quai d’Orsay et le Foreign Office font pression sur les autorités chinoises pour que le droit local soit modifié et déconseillent en attendant à leurs ressortissants les mariages mixtes.

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14 avril 1909 : Le rayonnement de Marie Curie sur ma fille

Nous avons beaucoup parlé à notre fille Pauline de Marie Curie. La première femme à enseigner à la Sorbonne, qui a découvert le polonium puis le radium et a travaillé sur les radiations.

Le prix Nobel de physique 1903 s’est fait seul, sans moyen, dans un laboratoire vétuste qui relevait plutôt du hangar à pommes de terre. Elle a manié à la main des tonnes de minerais pour mener à bien ses expériences et a souvent atteint les limites de l’épuisement. Elle a passionnément aimé son mari Pierre, savant lui aussi et décédé accidentellement. Elle continue des travaux commencés en couple  et maintenant suivis par le monde entier.

La scientifique d’origine polonaise fait l’objet d’une admiration fervente au sein de notre petite famille. J’ai plusieurs fois pris sur mon temps de travail pour assister à ses cours (auxquels je ne comprends pas grand-chose) et je collectionne les photographies de cette héroïne moderne dans un album que ma petite Pauline consulte avec délice en me posant beaucoup de questions.

Ce soir je lui raconte à nouveau l’histoire de cette Marie si forte, de ce modèle pour des générations de futures étudiantes. Pauline a quatre ans, elle n’en est pas là et pour elle, Marie Curie, ce sont de beaux cheveux frisés, une longue robe noire et des tours de magie sur des substances qui émettent une drôle de lumière. Je m’efforce de lui faire mémoriser quelques éléments importants de la vie de notre prix Nobel national :

«  Ecoute-moi bien : Marie Curie a découvert le radium et le …… ?

Ma fille, la bouche en cœur, complète avec un sourire désarmant :

– ….le Paulinium! «

Marie Curie dans son premier laboratoire

April 14, 1909: Marie Curie’s Radiance upon My Daughter

We have spoken a great deal to our daughter Pauline about Marie Curie—the first woman to teach at the Sorbonne, who discovered polonium, then radium, and dedicated her work to radiation.

The 1903 Nobel Prize in Physics was achieved against all odds, with next to no resources, in a dilapidated laboratory that was little more than a potato shed. She handled tons of ore by hand to carry out her experiments, frequently reaching the brink of utter exhaustion. She passionately loved her husband Pierre, a fellow scientist whose life was cut short by a tragic accident. Today, she continues the work they began as a couple, which is now followed by the entire world.

The Polish-born scientist is the subject of fervent admiration within our little family. I have occasionally taken time off from work to attend her lectures (of which I understand very little), and I collect photographs of this modern heroine in an album that little Pauline flips through with delight, asking me endless questions.

Tonight, I am telling her once again the story of this remarkably strong Marie, a role model for generations of future female students. Pauline is only four, she is not quite there yet; to her, Marie Curie means beautiful curly hair, a long black dress, and magic tricks performed with substances that emit a strange glow. I do my best to make her memorize a few important milestones from the life of our national Nobel laureate:

« Listen carefully: Marie Curie discovered radium and…? »

My daughter, with a sweet little pout, completes the sentence with a disarming smile:

« …Paulonium! »

13 avril 1909 : Ma femme accouche bientôt

Neuf mois, c’est long. Tous les désagréments de la grossesse et pas beaucoup de répit. Le bébé sera sans doute gros : l’aîné de mes enfants pesait déjà neuf livres. Mon épouse m’interpelle :  » je sens qu’il est déjà descendu. Mon chéri, vous êtes prêt à aller chercher le docteur Roger, le moment venu ?  »

corset-pour-femmes-enceintes.1239563758.gifUn corset pour femme enceinte

La chambre à coucher est déjà aménagée pour le grand jour. Le médecin doit avoir tout sous la main : bassines, eau pure, draps blancs, alcool, cuillères. Un lit a été spécialement dressé pour faciliter l’opération. La bonne se tient régulièrement informée des déplacements du docteur pour pouvoir le trouver rapidement dès que nous aurons besoin de lui. Ce dernier a déjà effectué deux visites à notre domicile pour vérifier que tout se passait bien et confirmer que ma femme n’ayant pas de bassin étroit et mère de deux enfants déjà devait envisager le moment de façon « sereine ». Mon épouse s’est exclamé, en entendant ce mot et se rappelant ses longues souffrances avant l’arrivée de Nicolas et de Pauline : « on voit bien que ce n’est pas vous qui accouchez !  »

Nous guettons les signes annonciateurs du grand moment : contractions… mais aussi, dit-on, frénésie de ménage (?!).

Un peu inquiet, je consulte les statistiques du ministère : seuls 5% des femmes meurent en couche. C’est beaucoup mais quatre fois moins qu’il y a cinquante ans. A priori, les ouvrières et celles qui mettent au monde leur enfant à l’hôpital sont beaucoup plus facilement victimes d’infections mortelles que les autres et dans ce cas, les chiffres montent à 20 %.

Notre appartement parisien et la présence d’un médecin protègeront donc plus facilement la maman et notre bébé. Il y a treize ans, à la naissance de l’aîné, nous n’avions pu payer que la sage femme. Chaleureuse (c’était une religieuse), efficace mais moins rassurante -pour moi – qu’un homme très diplômé sortant de l’académie de Paris.

Quand l’accouchement commencera, il faudra que j’attende patiemment dans la cuisine en tournant en rond. L’accès à la chambre à coucher me sera interdit et la bonne viendra régulièrement pour me donner des nouvelles.

Nous hésitons encore sur le prénom. Nous sommes très sensibles à la mode : Jean, André, Pierre ou Marcel si c’est un garçon, Marie, Jeanne ou Madeleine si c’est une fille. Ou alors, quelque chose de beaucoup plus original, comme pour ses parents (en ce début de XXème siècle, on compte très peu de Nathalie et d’Olivier). Mais là, chut, c’est un secret. Ce journal pourrait tomber entre les mains de nos proches qui brûlent de savoir !

 klimt.1239562666.jpg Gustav Klimt : L’Espoir

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