6 avril 1908 : Sur le Maroc ? Silence dans les rangs !

2008_0216_150052aa.1203166566.JPG 

Débat houleux à la Chambre sur l’incident de Mdakra au Maroc 

Rappel de l’épisode précédent : Le journal “Le Matin” a annoncé dans son édition du 15 mars qu’un camp de marocains désarmés a été massacré par les troupes du général d’Amade. On dénombrerait 1500 tués.

 » Tenir bon, ne pas tomber sur une affaire pareille !  » . C’est la consigne de Clemenceau, c’est la ligne choisie par le gouvernement, avec le ministre de la Guerre, le général Picquart, en première ligne.

Clemenceau :  » Ce qui s’est passé au Maroc me navre. Une fois de plus, l’Armée n’en fait qu’à sa tête quand elle est loin du pouvoir civil. Pour autant, après l’Affaire Dreyfus, nous, Radicaux, ne pouvons guère creuser un peu plus le fossé qui nous sépare du haut Etat Major. Nous avons besoin d’une armée silencieuse, disciplinée et prête à servir sans état d’âme, surtout quand nous devons affronter des grèves ou des crises avec le régime du Kaiser. Donc, je ne peux officiellement désavouer les officiers responsables de cet incident au Maroc. La Chambre ne me suivrait pas.  »

1500 morts. Tous marocains. Selon l’enquête interne de l’Administration qui vient de nous parvenir, ils étaient bien désarmés, sans défense. Civils pour la plupart, ils n’auraient été tués qu’à la suite d’une erreur grossière de commandement et d’une envie de vengeance de certains hommes de troupe, lassés de poursuivre un ennemi invisible et harcelant nos colonnes. 

Que retiendra-t-on de la réaction de notre République à ce massacre ?

Le 28 mars 1908, la Chambre (tous les députés sauf les socialistes) a voté un ordre du jour de confiance au gouvernement.

Le compte rendu de la séance a ajouté :  » … la Chambre des députés adresse ses félicitations aux officiers et combattants en Afrique …  » .

Les membres du Cabinet ont reçu l’ordre, ce 6 avril 1908, de détruire tous les documents relatifs à l’enquête de commandement effectuée sur l’incident dénoncé par le Matin.

Ecoeuré par toute cette affaire, le directeur de cabinet Winter s’est exclamé, d’une voix étranglée mais avec une ironie intacte, pendant que brûlait le dossier dans la cheminée de son bureau :  » Silence dans les rangs ! « .

3 avril 1908 : Vlaminck, tout Chatou

 2008_0113_194830aa.1200246403.JPG

 » La Seine à Chatou  » de Maurice de Vlaminck 1906

Une toile que j’aime beaucoup dans la galerie d’Ambroise Vollard.

Cette « Seine à Chatou » est le reflet du peintre attachant Maurice Vlaminck.

Autodidacte, fuyant les musées qui pourraient l’influencer, Vlaminck se fait tout seul. Il veut rester « pur ».

La couleur se forme aussi directement sur sa toile : il y projette le contenu des tubes sans mélange préalable.

Il aime les teintes vives et n’est pas surnommé « Fauve », par les critiques d’art, pour rien.

Pour ceux qui connaissent cette petite ville qu’est Chatou, le résultat ne manque pas d’intérêt. Nous retrouvons bien cette langueur, ce temps arrêté  d’un lieu suffisamment loin de Paris pour être au calme.

Le bateau vapeur du second plan fait escale. Son équipage est peut-être parti trinquer dans le même café qui accueille les propriétaires du petit voilier du premier plan.

Entre la rive la plus proche de Paris, urbanisée et industrielle d’une part et d’autre part Chatou, plus champêtre, coule une Seine paisible où les nuages cotonneux se reflètent fidèlement.

Paradoxalement, c’est  » Chatou la tranquille  » qui se pare des couleurs les plus vives et les plus crues. La rive d’en face se contente de teintes bleues nuit, vertes foncées.

Vlaminck le magicien éteint ainsi la grande cité bruyante, l’endore dans des blocs géométriques et sages. Le vapeur immobilisé se balance doucement et l’on oublie sa sirène et le bruit de ses chaudières.

Le peintre garde son énergie encore juvénile pour Chatou, traditionnellement calme, qu’il enflamme d’un rouge orange véhément. Le vent ne souffle que sur cette rive en tordant les arbres vers l’eau.

Le pont de l’arrière plan, vide, renforce la coupure et le contraste entre ces deux mondes et leurs ambiances opposées.

Cette petite ville  de Chatou qui abrite l’atelier de Vlaminck (et de son ami André Derain) déclenche chez lui une émotion marquée. Il y est heureux, son talent s’y épanouit.

Comme en remerciement de son bonheur, il fait don à ses habitants – comme à nous – de cette oeuvre sensible et généreuse.

1er avril 1908 : Le Maroc devient un cauchemar

amade.1206783483.jpg

Le général Albert d’Amade

Le Maroc devient un dossier explosif.

En février, j’avais eu l’occasion de procéder aux arbitrages entre les demandes du ministère de la Guerre et l’opposition des bureaux des finances. J’avais, après une dure négociation interne à l’Etat, préparé le vote à la Chambre d’un crédit de 2,5 millions d’euros pour un renfort de 4 000 hommes.

Je croyais être « débarrassé » du dossier pour un moment.

Il revient, en cette fin de mois, avec des nouvelles atroces.

Le journal « Le Matin » annonce qu’un camp de marocains désarmés a été massacré par les troupes du général d’Amade. On dénombrerait 1 500 tués.

Jaurès, on le comprend, est furieux et se lance dans une vive controverse avec Clemenceau. Mon Patron prend la défense de l’ensemble du gouvernement -notamment son ministre de la Guerre Picquard – mais je le sais atterré, lui, qui n’est pas un chaud partisan de l’aventure coloniale.

La ligne de défense des ministres, que j’ai dû préparer en urgence, est (très) fragile.

Nous contestons, au moins en partie, les faits. 

Clemenceau m’a chargé d’organiser une enquête interne à l’Administration pour en savoir plus.

A suivre …

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑