3 avril 1908 : Vlaminck, tout Chatou

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 » La Seine à Chatou  » de Maurice de Vlaminck 1906

Une toile que j’aime beaucoup dans la galerie d’Ambroise Vollard.

Cette « Seine à Chatou » est le reflet du peintre attachant Maurice Vlaminck.

Autodidacte, fuyant les musées qui pourraient l’influencer, Vlaminck se fait tout seul. Il veut rester « pur ».

La couleur se forme aussi directement sur sa toile : il y projette le contenu des tubes sans mélange préalable.

Il aime les teintes vives et n’est pas surnommé « Fauve », par les critiques d’art, pour rien.

Pour ceux qui connaissent cette petite ville qu’est Chatou, le résultat ne manque pas d’intérêt. Nous retrouvons bien cette langueur, ce temps arrêté  d’un lieu suffisamment loin de Paris pour être au calme.

Le bateau vapeur du second plan fait escale. Son équipage est peut-être parti trinquer dans le même café qui accueille les propriétaires du petit voilier du premier plan.

Entre la rive la plus proche de Paris, urbanisée et industrielle d’une part et d’autre part Chatou, plus champêtre, coule une Seine paisible où les nuages cotonneux se reflètent fidèlement.

Paradoxalement, c’est  » Chatou la tranquille  » qui se pare des couleurs les plus vives et les plus crues. La rive d’en face se contente de teintes bleues nuit, vertes foncées.

Vlaminck le magicien éteint ainsi la grande cité bruyante, l’endore dans des blocs géométriques et sages. Le vapeur immobilisé se balance doucement et l’on oublie sa sirène et le bruit de ses chaudières.

Le peintre garde son énergie encore juvénile pour Chatou, traditionnellement calme, qu’il enflamme d’un rouge orange véhément. Le vent ne souffle que sur cette rive en tordant les arbres vers l’eau.

Le pont de l’arrière plan, vide, renforce la coupure et le contraste entre ces deux mondes et leurs ambiances opposées.

Cette petite ville  de Chatou qui abrite l’atelier de Vlaminck (et de son ami André Derain) déclenche chez lui une émotion marquée. Il y est heureux, son talent s’y épanouit.

Comme en remerciement de son bonheur, il fait don à ses habitants – comme à nous – de cette oeuvre sensible et généreuse.

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