16 novembre 1907: « Teddy » Roosevelt, un Président nature

 120°-Panorama, Half Dome, Yosemite National Park

Nouveau déjeuner avec le collègue qui a passé cinq ans à l’ambassade de France à Washington.

Il me raconte que le Président Theodore Roosevelt est un défenseur acharné des parcs naturels et de la faune.

A la suite des interventions de Gifford Pinchot, chef de la division des forêts au ministère de l’intérieur, ce ne sont pas moins de 159 étendues boisées qui ont été placées cette année sous la gestion du National Forest. Certains américains s’en amusent et caricaturent cette frénésie de protection des arbres par l’Etat Fédéral. Des dessins circulent dans la presse satirique montrant d’immenses forêts où chaque séquoia est protégé par un agent fédéral armé.

« Si nous n’avions pas créé un système de réserve, chaque acre de bois de l’Ouest serait aux mains d’un trust » s’est écrié, persuadé de son bon droit, le Président.

Plusieurs parcs naturels viennent aussi d’être transformés en parcs fédéraux. C’est le cas du magnifique Yosemite en Californie. Une ligne de chemin de fer vient d’y donner accès. Je rêve d’y aller un jour!

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Roosevelt avec le créateur de Yosemite National Park, John Muir

Le Président a même donné son surnom « Teddy » aux…ours en peluche .Tout cela à la suite d’une sympathique anecdote, rapportée par toute la presse américaine, sur le fait que le chef d’Etat, passionné de chasse, aurait refusé de tuer un vieil ours blessé qui ne pouvait se défendre. Depuis, les marchands de jouets font fortune en commercialisant des ours avec le nom de Teddy: Teddy’s Bear puis Teddy Bear.

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15 novembre 1907: Le procès Edalji, une affaire Dreyfus anglaise

 Conan Doyle démontre l’innocence de G. Edalji

Conan Doyle est un monsieur fascinant: Ecrivain à succès, homme politique et auteur d’exploits sportifs. Passionné de cricket, arbitre de combats de boxe, pilote d’automobiles lancées à grande vitesse, il donne une image flatteuse des gentlemen anglais.

Je ne savais pas, jusqu’à ce que je tombe sur des articles du Daily Telegraph parus cette année, que le père de Sherlok Holmes s’investissait aussi dans la réparation des erreurs judiciaires de son pays.

George Edalji, jeune avoué indien a été condamné il y a quatre ans à trois années de travaux forcés pour une mutilation de chevaux…qu’il n’a pas pu commettre.

Les articles de Conan Doyle font éclater une réalité peu reluisante. La police locale de Sa Majesté s’est acharnée sur un innocent, sans preuve véritable et avec visiblement des préjugés racistes.

Mué en talentueux détective, assisté du major Wood son fidèle secrétaire, l’écrivain, ancien médecin, a recherché des indices de l’innocence d’Edalji dans toute la campagne autour de Birmingham. Avec les mêmes rigoureuses méthodes d’investigation que Sherlock Holmes, Conan Doyle démontre, point par point, que les soi-disantes preuves réunies par la police, ne résistent pas à l’analyse.

Comme pour l’affaire Dreyfus, les corps de fonctionnaires et les magistrats peinent à reconnaître leur erreur initiale et préfèrent maintenir la condamnation d’un innocent plutôt que de remettre en cause leur administration et le fonctionnement de leurs tribunaux.

Pour autant, sous la pression de l’opinion publique et après l’intervention du gouvernement, Edalji va être réhabilité et pourra reprendre ses activités d’avocat.

Les Anglais sortent de cette affaire plus rapidement et avec plus d’à propos que nous, Français, pour l’affaire Dreyfus. En effet, le Royaume vient de créer une Cour d’Appel Pénale, destinée à rejuger les affaires criminelles où des doutes subsistent sur la culpabilité des condamnés.

Avec la France, la Grande Bretagne devient le deuxième grand pays à considèrer que les droits fondamentaux et la liberté d’un homme l’emportent sur la préservation de la réputation d’une administration. L’individu est ainsi protégé contre l’arbitraire et un Etat qui ne peut être tout puissant.

Le Royaume anglais et la République française viennent de faire un grand pas en avant, dans leur fonctionnement et leur mentalité. Ils se rapprochent ainsi l’un de l’autre.

 George Edalji

14 novembre 1907: L’amour fou chez Redon

Odilon Redon - Sita.jpg 

Petite pause autour d’une très belle oeuvre datant d’une quinzaine d’années. Regardons la bien, elle repartira bientôt chez un riche collectionneur américain.

Odilon Redon a réalisé ce pastel en hommage à l’héroïne d’un conte indien, Sita. Enlevée par le démoniaque Lanka, elle laisse des traces de son lieu d’enlèvement à son époux Rama. Prisonnière dans le ciel, elle se dépouille de ses vêtements et bijoux pour laisser des indices du lieu où elle est retenue prisonnière.

On retrouve dans cette toile des thèmes que le public affectionne de plus en plus: Le rêve, la beauté mystérieuse, l’allusion à une mythologie exotique.

Le bleu lumineux et chatoyant enveloppe et met en valeur, comme un écrin, la belle Sita. La pluie d’or qui se verse vers le sol guidera son amoureux qu’elle ne peut encore apercevoir.

Son regard est voilé d’une tristesse indéfinissable ou marque une douleur muette. Son visage, très régulier mais finalement assez ferme, lui donne un caractère androgyne.

Aussi, cette tête n’est-elle pas aussi celle de son époux? Les deux visages seraient ainsi symboliquement et inextricablement mêlés, signe d’un amour fou que l’ignoble Lanka ne peut défaire.

Par le rêve, les deux époux se rejoignent, se fondent l’un dans l’autre et laissent le « mal » disparaître dans les montagnes, au loin, gagnées par la brume humide, silencieuse et froide.

Odilon Redon, l’un des peintres fétiches des marchands de tableaux Vollard et Durand Ruel, a réalisé une oeuvre dont la cote n’a pas fini de grimper.

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