22 octobre 1909 : T comme Triple Entente

 La France a mis fin à son isolement, solidement, durablement. Elle avait été mise à genoux pour la puissante Prusse lors de la guerre en 1871 et était sortie de ce conflit diminuée d’un point de vue territorial et coupée du reste de l’Europe (la toute jeune et fragile République face aux vieilles et orgueilleuses monarchies européennes).

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La Triple Entente entre la Russie, la France et l’Angleterre…vue par les Russes. Cet article est la suite de l’abécédaire sur notre époque commandé par la direction du journal Le Temps.

Triple Entente. Mot magique qui protège la France contre tout mauvais sort ? Succès diplomatique indéniable. Le 17 août 1892, notre pays signe un premier accord militaire secret avec la Russie du tsar qui aboutit à une alliance plus complète en fin d’année suivante. Le 8 avril 1904, notre ennemi héréditaire anglais devient notre ami et nous l’embrassons pendant les longues fêtes liées à l’Entente cordiale.

Parallèlement, la Russie et le Royaume-Uni signent un traité le 31 août 1907 aboutissant à délimiter leur influence respective en Perse et en Afghanistan.

Par ce dernier document naît donc une Triple Entente qui ne demande qu’à se renforcer.

Deux pays avec une armée puissante et une démographie dynamique épaulent dorénavant notre République et nous aident à faire face à la puissante Allemagne, elle-même engagée dans une triple Alliance avec l’Autriche et l’Italie.

Blocs contre blocs.

Avantage : les petites humiliations presque quotidiennes que devaient subir la France de la part de l’Allemagne de Bismarck dans les années 1880, ont disparu. Notre pays, nos frontières et nos marges de manœuvre diplomatiques sont maintenant respectées par un Kaiser qui se méfie, de surcroît, d’une Entente qui l’oblige à séparer ses forces entre l’est russe et l’ouest français.

Inconvénient : la course aux armements prend de l’ampleur. Les dépenses en faveur de la marine et de l’équipement des troupes terrestres n’ont jamais été aussi importantes dans les grands pays d’Europe. On astique canons et fusils, on augmente le nombre de régiments mobilisables en préparant des plans d’invasion ou de défense.

Qui veut la paix prépare la guerre ? Espérons que tous les Européens continueront encore longtemps à préférer la paix à la guerre et à faire mentir Léon Daudet qui considère que sur la longue durée, « les seules ententes internationales possibles, sont des ententes gastronomiques ».

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20 octobre 1909 : S comme Socialisme

Notre socialisme collectionne les occasions manquées.

Son unité ? Elle est imparfaite. Le congrès de 1905 qui a eu lieu à la salle du Globe à Paris à la demande de l’Internationale ouvrière a bien conduit à la création d’un grand parti Sfio fusion des Guesdistes, Blanquistes ou autres Jauressiens mais plusieurs leaders sont restés en dehors de cette unification : Millerand, Briand ou Viviani.

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Cet article est la suite de l’abécédaire sur notre époque commandé par la direction du journal Le Temps.

Sa ligne politique ? Elle ne cesse de se chercher. Le marxisme aurait dû prendre le pas sur toutes les autres aspirations à l’issue du congrès du Globe mais Jaurès veille à maintenir un équilibre avec d’autres idées éloignées de celles professées par le grand philosophe allemand.

On ne peut non plus parler de social-démocratie puisque tout rapprochement avec le monde syndical reste impossible depuis le Charte d’Amiens de 1906 qui érige en principe intangible le caractère non politique du combat syndical.

Son influence ? Le groupe parlementaire socialiste n’atteint pas les cent députés. Les élections depuis 1880 sont souvent décevantes. Coincé à l’extrême gauche par un parti radical qui sait encore capter, par un grand mélange de pragmatisme et de démagogie, l’électorat populaire et/ou rural, il n’a pas une audience grandissante et ne peut donc envisager dans un jour proche de gouverner seul.

Que reste-t-il alors aux socialistes ?

Un vrai meneur et une capacité à rêver.

Jaurès s’affirme de plus en plus comme l’homme fort du parti. La santé déclinante de Jules Guesde lui laisse un espace à conquérir. Son sens de la formule, sa capacité à magnétiser les foules et des idées authentiquement généreuses font le reste.

Le socialisme se présente aussi comme le seul parti capable de faire encore rêver. A longueur de colonnes du journal L’Humanité, on se plaît à imaginer un monde nouveau où la Propriété change de mains, le pouvoir ouvrier devient réalité et où l’Egalité et la Fraternité cessent d’être de simples mots ornant le fronton au-dessus de la porte des écoles.

Le socialisme a sans doute un avenir. Il reste à savoir lequel exactement.

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Les idées généreuses de Jean Jaurès donnent un avenir au socialisme. Il reste à savoir lequel exactement. Winston Churchill a, pour sa part, tranché. Il lance avec cruauté et une volonté de provoquer : « Christophe Colomb fut le premier socialiste. Il ne savait pas où il allait, il ignorait où il se trouvait et tout cela, aux frais du contribuable. »

18 octobre 1909 : Le talentueux fils du Président de la République

  « Jamais je ne t’aurais pris à mes côtés si tu n’avais pas eu ton doctorat ! » Le regard que jette le Président Armand Fallières sur son fils André se teinte d’un peu de sévérité mais reste bienveillant. Ce dernier a fini son droit brillamment il y a une dizaine d’années et a réussi à intégrer le barreau. Son père, devenu Président du Sénat en mars 1899 l’a appelé à ses côtés comme chef adjoint de cabinet. Puis, lors de l’accession du père à l’Élysée en janvier 1906, le fils a suivi.

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Le Président de la République Armand Fallières en compagnie de son fils bien aimé, André, devenu son conseiller à l’Elysée.

Le rapport de confiance est là, le dévouement aussi, accompagné d’une compétence certaine pour « éplucher » les dossiers.

La Présidence de la République ne pèse pas bien lourd dans la pratique constitutionnelle de notre régime mais elle joue un rôle de phare, de point de repère. C’est dans ce lieu que se décide notamment qui sera le prochain Président du Conseil. Il revient aussi à M. Fallières de donner les grandes impulsions diplomatiques : la triple Entente n’aurait pu naître sans lui.

André prend la parole : «  J’aide mon père à y voir clair dans le jeu complexe de la vie politique parisienne ; je prépare ses rendez-vous, réunis les informations nécessaires en prenant contact auprès des ministères. J’écris certains de ses discours ou complète ses dossiers par des notes récapitulatives. Un travail dans l’ombre… mais que j’espère utile. »

La famille Fallières est heureuse de m’accueillir ce jour « chez elle ». Madame, toujours élégante, brode et me demande des nouvelles de Georges Clemenceau; le Président s’inquiète de savoir si j’aime le vin de Loupillon -son coin d’origine- qui sera servi à midi. Je réponds à Madame sans trop m’étendre et dit »oh, oui!» concernant le vin (une réponse négative aurait été très maladroite).

André me fait part de son souhait de faire, un jour, lui-même de la politique. « Je me sens un peu jeune et mon père ne cesse de me dire que je manque de bouteille. »

Le Président ajoute : « Quand je serai parti, tu pourras te lancer, mon fils. »

En passant à table, André me prend à part : « Des fois, j’aimerais bien que l’on parle un peu plus de moi dans la presse. Vous avez une idée de la façon dont je pourrais m’y prendre ? »

Je réfléchis un instant pour lui glisser :

«  Votre père fait déjà l’objet de caricatures sévères où on le ridiculise avec son embonpoint, sa face parfois un peu rougeaude et son accent. Vous savez que votre mère en souffre. Méfiez-vous donc des journaux. D’être fils de Président, cela rapproche de la lumière mais peut conduire, si on veut aller trop vite et trop prêt, à se brûler. Les Français ne détestent pas forcément les fils de gens célèbres à condition qu’ils aient la délicatesse de rester discrets.»

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