14 avril 1908 : Les riches sont plus au courant que les pauvres !

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La Tour Eiffel et la fée électricité en 1900

Il a fallu attendre une crise pour s’y mettre : l’incendie de l’Opéra Comique le 25 mai 1887, provoqué par une rampe à gaz, est à l’origine de la décision de la municipalité d’équiper Paris d’un éclairage électrique.

Une usine municipale d’électricité installée dans le sous-sol des Halles a été inaugurée, il y a bientôt vingt ans, le 1er décembre 1889.

Jusque-là, nous Parisiens, avions tous cru que les choses avanceraient vite. Nous étions persuadés que chaque rue et progressivement chaque habitation de notre ville basculerait du gaz à l’électricité.

En 1908, la désillusion est forte. La Ville a renoncé ces deux dernières décennies à faire les investissements nécessaires. Le réseau et l’exploitation ont été confiés, en concession, à six compagnies pendant dix-huit ans.

Pour quels résultats ?

Le XVIème arrondissement, les Champs-Elysées et les grands boulevards sont effectivement équipés d’un éclairage urbain moderne et fiable. Mais le XXème attend toujours le creusement des premières canalisations.

La Ville a fini par s’émouvoir des investissements très sélectifs des compagnies concessionnaires privées qui conduisent, en fait, à éclairer en priorité les quartiers huppés et à délaisser les faubourgs. En outre, les tarifs pour les particuliers sont beaucoup trop élevés et seuls quelques immeubles grands bourgeois profitent de la fée électricité.

Les discussions avec les industriels s’éternisent depuis la fin des concessions en 1905. Nous sommes depuis trois ans en « régime transitoire » pour la production et la distribution du courant. La Capitale reste découpée en six secteurs respectant des normes électriques différentes. L’unification et les investissements à effectuer restent gigantesques. Sous la pression de l’Etat, des efforts sont cependant entrepris. Notre Capitale ne peut se permettre d’être à la traîne par rapport aux autres grandes villes européennes.

En attendant, la plupart des Parisiens profitent de la bonne vieille lumière fournie par la Société du gaz de Paris.

Le combat « électricité contre gaz » pourrait bien tourner à l’avantage du second si les pouvoirs publics ne prennent pas les choses en main rapidement.

12 avril 1908 : Souvenirs de Port-Arthur

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Navire russe coulé à Port-Arthur

 » C’était terrible. Aussi bien par ce que nous observions que par le symbole qui en découlait. Les plus beaux navires de la flotte russe disparaissaient un à un dans les flots ou, en flamme, penchaient sur le flanc comme de grands animaux malades !  »

Paul Cowles, chef du bureau de San Francisco de l’Associated Press, agence américaine qui ne cesse d’étendre son influence en Europe depuis sa création en 1846, s’exprime dans un français presque parfait. Il me montre, lors de ce dîner à l’ambassade des Etats Unis, les photographies prises par ses services lors de la bataille de Port-Arthur, il y a bientôt quatre ans, mettant aux prises les forces russes et japonaises.

Sous mes yeux, il peut ainsi faire revivre le drame.

 » Les troupes russes, très éloignées de leurs bases dans ce port d’Extrême-Orient, proche de la Corée, étaient épuisées. Souffrant d’un ravitaillement déficient, elles se battaient avec bravoure mais manquaient de tout : nourriture, eau potable, munitions, artillerie au sol, chevaux permettant le transport de matériel …

En août 1904, le port était investi par les forces du général Nogi, mais la ville continuait une résistance acharnée. Sur ordre de Tokyo, les Japonais ont dès lors pris la décision de conquérir les collines surplombant la baie.

La « cote 203″ a fait l’objet d’une bataille sanglante. Plus de 20 000 soldats ont payé de leur vie cette volonté de l’Etat-Major japonais de pouvoir installer des pièces d’artillerie lourde sur les hauteurs pour pouvoir bombarder la ville.  »

Le regard de Paul Cowles se trouble alors. Il évoque avec une voix encore chargée d’émotion les dernières semaines avant la reddition de Port-Arthur, le 2 janvier 1905. Les navires de l’Empire tsariste étaient impuissants pour répondre au pilonnage des canons de 280 mm juchés sur la cote 203. Les obus de 250 kilos s’abattaient comme la foudre sur des troupes russes terrorisées, progressivement décimées.

Les bâtiments qui voulaient s’enfuir étaient impitoyablement détruits au large par la toute puissante flotte de l’amiral japonais Heihachirō Tōgō, le « Nelson japonais » comme le surnomme la presse anglo-saxonne.

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L’amiral Togo, le « Nelson japonais », formé dans la marine britannique

Les conclusions du journaliste sont sans appel. L’Empire russe n’a pas les moyens de ses ambitions. Son armée n’est pas assez entraînée, équipée, pour faire face à un long conflit éloigné de ses bases.

En revanche, le Japon est devenu la première grande puissance non-occidentale. Il utilise la technologie et les armements européens, tout en étant capable de les copier et de les améliorer grandement grâce à ses propres ingénieurs. Ses officiers supérieurs ont bénéficié pour une part d’entre eux d’une excellente formation en Europe (l’amiral Togo a passé sept ans à se former dans la marine anglaise). Ils ont observé longuement, en silence, toutes nos techniques, nos stratégies et tactiques.

Ils ont pris le meilleur du fonctionnement de chaque grand pays européen : Angleterre, Allemagne et France. Ils ont aussi percé les faiblesses de notre allié russe.

Ils sont maintenant plus puissants que jamais. Ils s’affirment prêts à devenir la puissance coloniale montante de l’Asie. La Mandchourie, la Corée, les Îles Sakhalines sont ou seront leurs prochaines proies, aux dépens de l’Empire des tsars qui rêvait d’un accès vers le Pacifique qui ne soit pas pris régulièrement par les glaces.

L’Occident s’efface, dans la douleur. Un géant asiatique est né.

11 avril 1908 : La belle époque des harems

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Chassériau, « Intérieur de Harem »

Exotisme, Orient lointain, lieu mystérieux invitant aux fantasmes. Le harem !

Aucun occidental n’a réellement franchi les portes d’un véritable harem. Mais que d’imagination sur cet endroit qui peut renvoyer à un désir inavoué ! La femme parée, belle et soumise au désir du mâle mais aussi la discrète sensualité entre belles, l’attirance des recluses entre elles.

La blancheur de la peau de l’esclave élue d’une nuit, le hâle des servantes la mettant en valeur dans une pénombre silencieuse où le temps s’arrête.

Le progrès, les nouvelles machines sont loin, tenues à l’écart. Seule reste la beauté des corps, prêts à s’unir sans honte, sans pudeur. Le choix d’une union sans explications, un plaisir à prendre sans mots pour le mériter.

Une respiration dans une morale bourgeoise chaque jour plus prégnante. La nostalgie d’un monde, d’une civilisation raffinée disparue pour une société de plus en plus complexe. Un refus de la technique et de l’industrie qui, dans l’usine ou la mine, cessent de servir l’humanité pour l’asservir.

Dans ce Levant imaginaire, le rapport entre les sexes reste inégal, injuste mais simple à comprendre pour des hommes qu’inquiètent la montée – légitime – des revendications actuelles des femmes.

Le tableau de Chassériau date d’une cinquantaine d’années déjà et rencontre un public toujours plus large. Le peintre avait vu juste dans la mentalité d’une époque dont le regard porte au loin sans que personne ne comprenne bien où ses pas le mènent.

Une société avide de progrès, qui en craint pourtant déjà les débordements prévisibles.

Vous aussi, venez un soir, une nuit, dans vos rêves, vous réfugier dans un passé simple, un Orient mythique au parfum capiteux où l’intelligence n’a pas encore mis fin à l’empire des sens.

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