16 octobre 1907: Lire le Guide Michelin… à défaut de s’offrir une auto.

 Poster de 1898

Acheter une automobile n’est pas encore à la portée de ma bourse de fonctionnaire (j’économise cependant pour que nous puissions nous offrir un jour cet objet convoité par beaucoup).

En attendant, je me « délecte » à la lecture du Guide Michelin publié et soigneusement mis à jour chaque année depuis 1900.

Vu le nombre de conseils donnés sur le montage et le démontage des pneumatiques, j’ai l’impression que les chauffeurs passent leur temps à crever! De ce point de vue, il vaut mieux attendre avant d’acheter un véhicule; avec le temps et le progrès technique, les pneus gagneront en robustesse.

Certaines citations du livre ne manquent pas de souffle: « Cet ouvrage paraît avec le siècle, il durera autant que lui. L’automobilisme vient de naître, il se développera chaque année et le pneu avec lui, car le pneu est l’organe essentiel sans lequel l’automobilisme ne peut rouler ». Ce lyrisme laisse rêveur.

Le livre nous conseille de jolies routes, des hôtels charmants…Les connaisseurs des différentes régions décrites débattent à perte de vue de la pertinence des jugements (souvent définitifs) du guide.

Pour ma part, j’aimerais voir la tête des aubergistes qui apparaissent un année puis disparaissent l’année suivante du guide…surtout s’ils découvrent que leur principal concurrent a pris leur place!

15 octobre 1907: Il faut que je lise BERGSON!

 Henri Bergson

Certains collègues ou chefs ne cessent de me parler de ce professeur au collège de France qu’est Henri Bergson.

Son livre le plus récent, « L’Evolution Créatrice », a fait grand bruit dans le petit monde de ceux qui s’intéressent à la philosophie.

Dans un langage clair, il donne des armes à ceux qui se plaignent d’une époque où seule la science, le progrès technique comptent. Il explique que notre esprit n’est pas que matière mais aussi et surtout « élan vital ». Nos actes, notre personnalité ne sont pas le produit d’un déterminisme qui nous échappe mais d’une conscience et d’une liberté créatrice qui nous appartient.

Les scientifiques purs se trompent aussi en jugeant que des données comme le « temps » sont mesurables et uniformes. Chacun sait pourtant que l’impression de durée varie plus ou moins longuement en fonction de la joie ou de l’ennui que nous pouvons ressentir pendant l’instant que nous cherchons à mesurer. Il y une durée psychologique qui est celle que ma conscience éprouve. Cette durée, les savants sont impuissants à la mesurer..alors que chaque être humain peut la ressentir, la vivre.

La science a donc clairement des limites.

Ceux qui ont rencontré le professeur reviennent fascinés par son intelligence lumineuse, sa façon de parler littéraire et précise. Dans une France où l’on peine à voir Dieu autrement que comme une « tradition », il évoque les saints et les héros qui inventent des valeurs nouvelles, dans un amour des autres sans limites.

Dans ce monde de souffrance (le monde ouvrier…), de progrès technique qui ne profite pas à tous; dans ce monde menacé par la guerre…tout cela est rafraîchissant.

21 octobre 1907 : Libérez-nous du Paris de M. HAUSSMANN!

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Le célèbre Préfet Haussmann a certes permis l’éclosion d’un Paris plus aéré, avec des rues et des avenues dégagées. Les vieilles maisons insalubres ont été détruites au profit d’immeubles robustes avec des appartements plus habitables.

Mais le résultat esthétique n’est pas toujours à la hauteur. Les façades se ressemblent toutes, l’ennui guette l’observateur de ces nouveaux ensembles sans âmes, faits pour la spéculation immobilière mais éloignant les architectes originaux.

Au début de ce nouveau vingtième siècle, la tendance commence heureusement à s’inverser.

La Ville de Paris, imitant en cela la capitale belge, a lancé le « concours des façades » depuis 1898. Elle incite à plus de recherche, plus d’originalité de la part des promoteurs et architectes.

Le progrès technique favorise aussi l’émergence de nouveaux bâtiments étonnants. Par exemple, l’ascenceur se généralise et les étages du haut ne sont plus réservés au plus pauvres.

En outre, un décret de 1902 libère les inventions pour les parties hautes des immeubles.

Les résultats de ces efforts convergents ne se font pas attendre et j’ai pu observer de forts belles constructions dans le 16ème arrondissement.

Je vous livre un exemple observé avenue Victor Hugo. L’architecte Charles Plumet nous propose un Art nouveau inspiré – très librement – du Gothique.

Nous allons rechercher un nouvel appartement dans un immeuble de ce style…peut-être celui-là? J’ai commencé ce jour à discuter avec le concierge pour savoir ce qui pouvait se libérer.

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