13 octobre 1907: Rencontre avec Ambroise Vollard

Portrait d'Ambroise Vollard, Paul Cézanne, 1899.

Lors de ses promenades, mon épouse a repéré, rue Laffite, la galerie d’Ambroise Vollard, marchand d’art.

Nous y sommes retournés ensemble. Le mélange des artistes exposés est habile. Des artistes en vogue comme Maurin ou Bernard côtoient des inconnus comme Picasso, Matisse ou Vlaminck.

Mis à part les Cézanne que j’ai encore un peu de mal à apprécier (je progresse cependant), je découvre avec joie ces nouveaux talents.

En fait, au delà de la galerie proprement dit, c’est tout un univers qui s’ouvre à nous: Les artistes les plus anciens conseillent Ambroise Vollard qui a un vrai flair pour repérer des peintres de talent.

M. Vollard a des relations commerciales avec les galeries et marchands des autres grands pays européens: Angleterre (international Gallery de Knightbridge de Londres) mais aussi Allemagne (Munich, Berlin) et Autriche.

J’espère que nous serons bientôt invités lors des dîners qu’organise M. Vollard, dans une cave -et oui! – rue Laffite. S’y côtoient ceux qui percent dans l’art de notre époque…et la cuisine -coloniale – y est bonne. Si nous avons de la chance, nous pourrons y croiser Renoir!

12 octobre 1907: Le cinématographe

 Affiche de publicité pour le Cinématographe Lumière

Pendant mes heures de travail, mon épouse rencontre nos amis et relations. Elle le fait chez nous, un jour par semaine et le reste du temps, c’est elle qui se déplace chez nos différentes connaissances. Ces rencontres peuvent être ennuyeuses…mais tant que je travaille aussi près du ministre, nous ne pouvons nous permettre de nous couper de membres éminents de la bonne société parisienne.

Heureusement pour elle, ma femme peut aussi se détendre en découvrant cette attraction très nouvelle qu’est le cinématographe.

Dans les sous sols de cafés parisiens à la mode, elle assiste dès qu’elle le peut, à des séances impressionnantes où une « lampe magique » projette sur un drap blanc des images très réalistes de trains arrivant en gare (« on a l’impression que la locomotive fonce sur les spectateurs » m’a t’elle dit effrayée et… ravie) ou amusantes d’arroseurs se faisant eux-même arroser.

J’ai hâte de me rendre moi-aussi à ces séances avant que cette attraction, sans doute sans lendemain, disparaisse.

11 octobre 1907: Voler, enfin, grâce à Mrs. ADER et BLERIOT!

 L’Avion III de Clément Ader

Les services du ministère se renseignent actuellement sur les essais de vols de machines plus lourdes que l’air.

Le ministre a eu vent des essais de Clément Ader: L’armée a demandé à cet ingénieur génial de fabriquer des engins propulsés par des moteurs à vapeur.

Il semble que les appareils construits réussissent à décoller sur quelques mètres.

Le ministère de la Guerre qui a soutenu les premiers essais semblent maintenant se désintéresser du sujet. Ceci est regrettable, pense mon ministre. En effet, il ne faudrait pas que les allemands disposent un jour d’un appareil qui permettrait de survoler notre territoire et nos armées…sans que nous soyons en mesure de riposter.

M. Ader n’a pas l’autorisation de nous donner des informations sur ses travaux, couverts par le secret militaire. Même les interpellations répétées de mon ministre, Président du Conseil, à son collègue de la Guerre, se heurtent à des réponses vagues.L’Etat major s’enferme aussi dans le mutisme.

En attendant d’en savoir plus, nous suivons discrètement (nous avons des informateurs partout) les progrès de Louis Blériot.

Son appareil équipé d’un moteur à cylindre, actionnant une hélice à quatre pales, semble promis à un bel avenir. Lui aussi décolle sur une petite distance.

Tout cela fait rêver. Un jour, nous prendrons tous  » les plus lourds que l’air » pour nous rendre où nous voulons, comme des oiseaux.

En attendant, ces machines méritent de vrais perfectionnements… pour cesser d’être des cercueils volants.

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