19 octobre 1907: L’enseignement pour les filles, 25 ans après, ce que nous devons à Camille Sée

  carte fantaisiesbergeret.free.fr

 En réunion au ministère de l’Instruction publique, j’ai eu la chance de croiser Camille Sée. Ce dernier, à l’origine de la loi du 21 décembre 1880 sur les lycées et collèges de jeunes fille, continue, comme membre du Conseil d’Etat (il a abandonné la vie politique) à arpenter les couloirs de l’administration.

Je l’ai reconnu tout de suite et j’ai pu échanger quelques mots avec lui, en lui faisant sentir l’admiration que j’ai pour son oeuvre.

En effet, à un moment où l’école laïque est vivement attaquée dans « L’Echo de Paris » ou « Le Gaulois », notamment par M. Barrès, il est réconfortant de constater que les pionniers de notre enseignement, qui a formé en 25 ans toute une génération de français, sont toujours bien en vie.

Ainsi, ma fille Pauline pourra bénéficier, quand elle sera plus grande, d’un enseignement de qualité et peut-être accéder à des fonctions de professeur.

Camille Sée m’a dit qu’il regrettait que le contenu des enseignements était toujours différent, en 1907, entre filles et garçons. Il a raison, nous devrions évoluer sur cette question. Les filles ne sont pas forcément « condamnées » à rester, lorsqu’elles se marient, à la maison. Il convient dès lors de leur enseigner autre chose que les savoirs faire ménagers. J’ai conscience que je suis un peu seul à penser cela…et je ne montre pas l’exemple puisque mon épouse reste aussi à la maison.

M. Sée m’a aussi confié qu’il avait mal vécu les attaques féroces d’une certaine presse et de l’opposition (voire d’une partie de la majorité) lorsqu’il s’était battu pour la créatrion des internats féminins, seuls à même, selon lui, de garantir un accès réel des jeunes filles des milieux peu fortunés, aux lycées.

Je lui ai indiqué que je veillerai à souffler son nom pour qu’il participe à toute commission de réforme de l’enseignement qui pourrait se créer.

En guise de remerciement, il a pris mon nom et mon adresse, pour me faire parvenir le journal dont il est le dirigeant: « La Revue de l’Enseignement Secondaire des Jeunes Filles ». Je n’en demandais pas tant et je ne suis pas sûr de lire cette feuille avec l’attention qu’elle mérite!

18 octobre 1907: Pas un sou pour les colonies?

 Colonies françaises en 1891 (Le Monde Illustré). 1. Panorama de Lac-Kaï, poste français de Chine.   2. Le Yun-nan, au quai d'Hanoï  3. Rue de Hanoï inondée   4. Embarcadère de Hanoï

« Pas un sou pour les colonies »: Celles-ci doivent « autofinancer » leur développement grâce à des impôts indirects portants sur les produits locaux. Cette doctrine officielle et soi-disant vertueuse me laisse un goût un peu amer.

Les colonies qui devraient accueillir notre oeuvre civilisatrice sont en fait dirigées par des hommes d’affaire…qui souhaitent faire de l’argent avant tout.

Et ces hommes d’affaire sont parties liées avec le pouvoir politique dont certains représentants investissent là-bas.

Léon Mougeot – le « seigneur Mougeot » l’appelle-t’on en Tunisie – grand propriétaire colonial et ancien ministre de l’agriculture, cohabite avec Albert Sarrault, sous secrétaire d’état et Justin Perchot, à la tête d’une entreprise de travaux publics…

Il n’y a rien de malhonnête là-dedans à ma connaissance…mais nous sommes loin du service public désintéressé.

Tout cela se fait dans « une bienveillante indifférence » (Gaston Doumergue) des parlementaires et de l’opinion publique.

Les populations de ces lointaines contrées qui attendent tant de notre pays y trouveront-elles leur compte?

J’en doute.

17 octobre 1907: Les révoltes du Languedoc: un mauvais souvenir?

 po20071014_0019.1192657410.JPG

Ayant commencé ce journal en octobre, je n’ai pu raconter avec quel talent et détermination  mon Ministre a réussi à mettre fin à la révolte des vignerons dans le Languedoc, d’avril à juin dernier.

La crise de mévente du vin méridional avaient conduit, dès 1903,  de nombreux vignerons dans une situation délicate. Au même moment, dans cette région, des négociants s’étaient rendu coupables de fraudes scandaleuses…avec la tolérance ou la passivité d’une partie de l’administration.

Des meneurs ont émergés, pendant que les manifestations de désespoir des vignerons grossissaient, en 1906 puis en début d’année 1907. Les différentes professions ont commencés à rejoindre le mouvement en juin et quatre départements ont vu poindre un début de grève fiscale doublée d’une démission en masse des conseils municipaux.

C’est là que tout le talent de Georges Clémenceau intervient.

Dans un premier temps, il m’a demandé de rédiger à sa signature l’ordre de réquisition de la troupe et les départements du Languedoc ont été rapidement quadrillés par l’armée. Cela a permis de ramener, très progressivement, le calme…Il a fallu cependant déplorer plusieurs morts et blessés après des charges des cuirassiers.

Dans un second temps, les rapports de nos informateurs nous ont permis d’identifier les intentions du meneur, le cabaretier Marcelin Albert.

Ce dernier, fort en gueule, avait décidé de monter à Paris pour faire une entrée remarquée à l’Assemblée nationale.

Ne parvenant pas à ses fins (j’avais fait prévenir les gendarmes gardant le Parlement), il a accepté une invitation de mon Ministre.

Mielleux, charmeur, flatteur…je ne sais comment il s’y est pris, mais mon Ministre a réussi à convaincre Marcelin Albert d’arrêter le mouvement et lui a donné 100 francs pour son voyage de retour.

Celui-ci a accepté.

Erreur fatale…quelques heures plus tard, j’avais la consigne de prévenir les différents journaux que le Ministre avait une nouvelle d’importance à leur donner. Et les journaux se sont mis peu après à titrer sur Marcellin Albert « acceptant de renoncer à son mouvement pour 100 francs » ou « pleurant dans le bureau de Clemenceau ».

Après un tel discrédit, ce meneur traditionnellement si sûr de lui mais finalement bien naïf, s’est constitué prisonnier. Le mouvement a pris fin ensuite assez vite.

La récolte vinicole de cette année sera sans doute médiocre. La surproduction devrait donc diminuer.

 En liaison avec les services de M. Ruau, ministre de l’agriculture, nous mettons la dernière main à des mesures d’apaisement pour les vignerons (réglementation sur le mouillage ou la circulation des vins).

La révolte du Languedoc n’est donc, nous l’espérons, plus qu’un mauvais souvenir.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑