21 février 1909 : Polémique et mépris de la femme

« Nous voulons glorifier la guerre -seule hygiène du monde- le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées pour lesquelles on meurt et le mépris de la femme. » Marinetti, auteur du manifeste du Futurisme, paru hier dans le Figaro, voulait créer la polémique. Il est servi.

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L’écrivain italien Marinetti veut choquer en publiant, dans Le Figaro », « le Manifeste du Futurisme ». La polémique enfle.

Dans l’esprit du grand public, la glorification de la modernité, de la vitesse ou du futur qui charpente, avec originalité, cette nouvelle vision de l’art s’efface devant l’apologie de la violence, de la guerre et du mépris de la femme qui surprend et finit par déplaire.

Marinetti voulait « choquer le bourgeois ». Il va plus loin et s’aliène aussi les avant-gardes, les féministes et finalement tout ceux qui veulent continuer à libéraliser notre société et s’affranchir de ses valeurs traditionnelles.

Marinetti, avec son bel accent italien, ne cesse de répéter qu’il s’agit d’un « gigantesque malentendu ». Le « mépris de la femme » signifie en fait un refus de son image romantique, alanguie et finalement décadente que véhicule la littérature actuelle. « Assez des histoires d’adultère, du bel amour latin, de l’obsession de la femme idéale… Il faut arrêter le sentimentalisme aussi rance qu’exténuant, voilà ce que j’ai voulu dire ! ».

Trop tard, le coup est parti. Les articles vengeurs, en réponse, se préparent. Les plumes s’aiguisent, se trempent dans le vitriol et l’encre rouge.

Rachilde, la célèbre féministe, prépare un article dans le Mercure de France et l’écrivain D’Annunzio note sur un carnet toutes les insultes pittoresques qui lui viennent à l’esprit quand il pense à Marinetti. Il est assez fier de celles-ci : « nullité tonnante. Crétin fluorescent avec quelques étincelles d’imbécillité « .

Dans le petit monde de l’art, en ce mois de février 1909, ça vole bas.

20 février 1909 : Quand Robin des Bois finance l’hôpital…

« Pour trouver les 66 millions de francs dont nous avons besoin chaque année, tous les moyens sont bons ! » Gustave Mesureur, directeur de l’Assistance publique de Paris, écarte les bras et les mains pour accentuer la force de ce qu’il vient de dire.

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Gustave Mesureur, 61 ans, est directeur de l’Assistance publique. Il est ancien député de la Seine, ancien ministre et membre éminent de la Grande Loge de France.

Nous avons rendez-vous pour examiner les sources de financement possible des 32000 lits des hôpitaux parisiens qui accueillent chaque année près de 270 000 malades. L’Assistance publique qui accueille les pauvres ne pouvant se soigner, a la réputation d’être riche : elle possède des terrains, des titres, des immeubles. Elle a des capitaux qui lui rapportent des intérêts, elle donne à bail des domaines, des maisons et des fermes.

Tout cela ne suffit pas : elle reçoit donc, en plus, des subventions municipales et départementales. Elle touche une part des bonis du Mont-de-Piété. La vente de terrain dans les cimetières se fait aussi en partie à son profit. « Ainsi, chaque mort finance un bébé qui naît!  » ajoute, pragmatique, notre directeur.

Pour équilibrer son budget, l’Assistance publique peut aussi compter sur une taxe originale : le « droit des pauvres ». Sur la région parisienne, tous les billets de spectacles, bals, concerts sont grevés d’une taxe qu’elle recouvre directement grâce à son service de perception. Ainsi, ceux qui s’amusent, se distraient, s’étourdissent dans les fêtes, financent et soulagent la pauvreté. 1 294 salles de concerts, théâtres ou cabarets sont régulièrement visités par les limiers de l’Assistance publique afin de vérifier que le droit des pauvres est bien acquitté.

– Monsieur le conseiller, ces agents qui s’assurent que les riches paient bien ce qu’ils doivent, sont un peu nos Robins des Bois !

– Mais d’autres sources de financement ne seraient-elles pas plus pertinentes ?

– Que voulez-vous dire ?

– Imaginez que tous les salaires soient soumis à une cotisation significative, perçue par des grands organismes de recouvrement… vos recettes seraient assurées !

– Nos dépenses sont infinies car on ne fait jamais assez pour la santé et pour soulager les pauvres. Vos idées de recettes sont les bienvenues mais elles ne seront sans doute pas suffisantes. Je suis pessimiste. Il y aura toujours un déficit… comment dire, un trou !

18 février 1909 : Le singe qui vole …

Depuis quelques jours, dans ce grand magasin de la rive droite, le manège d’un client inquiète les agents chargés de la surveillance. Celui-ci se promène dans les rayons, longuement et n’achète finalement jamais rien. Sa mise négligée laisse penser qu’il n’est guère aisé.

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Au Printemps Haussmann ou aux Galeries Lafayette, il se passe vraiment de drôles de choses avec des clients bizarres…

A la longue, les lentes et a priori inutiles déambulations de notre quidam au teint mat et aux lourds cheveux noirs, inquiètent. Il est alors prévu de le faire suivre discrètement et d’observer ses agissements.

Nous sommes mercredi, dans l’après midi, l’individu frôle les étalages d’une riche bijouterie. Un commis vient de reposer un magnifique collier de perle qu’une élégante cliente voulait examiner.

Soudain, un petit bruit bizarre fait sursauter les surveillants.

Le long bras d’un animal velu sort de la poche de l’homme mystérieux et s’empare avec une rapidité surprenante de cet objet de grande valeur.

Une dizaine de minutes plus tard, nous sommes devant l’étalage des bagues. Ce même agile bras poilu prolongé d’une main crochue se saisit de deux ou trois d’entre elles et les fait disparaître dans la grande poche de notre mystérieux inconnu.

A la suite de ce flagrant délit, les agents de surveillance prennent une décision. Ils attendent que l’homme quitte le magasin et avec l’aide d’agents de la sûreté, procèdent à son interpellation.

Quelle n’est pas leur surprise de trouver, dans la poche du manteau miteux du voleur, un magnifique ouistiti à la tête minuscule et aux yeux très éveillés !

En procédant à l’interrogatoire, ils découvrent que l’homme s’appelle Miguel Androvar, qu’il est Mexicain, saltimbanque habitant dans une roulotte à la Porte de Montreuil. Son singe est parfaitement dressé pour des missions toutes plus malhonnêtes les unes que les autres.

Androvar a été placé sous mandat de dépôt.

Son singe se demande, tout en jouant avec une pomme, au fond de sa fourrière, quand il pourra à nouveau exercer ses talents…

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