20 avril 1909 : « Appelez-moi Coco! »

« Mais enfin, offrez-lui un chapeau un peu original! Jetez un oeil sur celui-ci! » Le couvre-chef que l’on me tend descend sur le front, n’est pas imposant et a oublié les plumes d’autruche qu’aimait ma mère. Pourtant, sa forme assez peu commune se remarque vite. Il cache les cheveux mais magnifie le visage. Sombre à l’arrière, il est garni de motifs blancs et bleus avec de petites perles au-dessus d’une courte visière.

coco-chanel4.1240173645.jpg

Une jeune et jolie modiste me propose d’offrir un chapeau original à ma femme…

 » Votre femme peut faire du cheval avec… » me suggère la patronne du magasin.

– Mais mon épouse n’est plus jamais monté à cheval depuis sa tendre jeunesse.

– Peu importe, l’essentiel, c’est le style sportif, l’allure sobre et éloignée de ce qui se fait trop souvent dans le grand monde. Ce chapeau se porte avec une robe simple, sans tournure. La taille de votre femme se soulignera d’elle-même sans artifice inutile. Son visage – que j’imagine délicat – sera mis en valeur par ce chapeau qui convient à celles qui savent avoir un port de tête de reine.

La jeune modiste tire délicatement sur une cigarette de marque anglaise tout en me parlant. Jolie brune, un peu enjôleuse, elle plonge son regard noisette dans le mien et semble ne vouloir le retirer que lorsque j’aurai pris la décision d’acheter l’un de ses articles. Elle reprend :

– Tous les accessoires de mode dans ce magasin sont mes créations. Ils sont le reflet de ce j’aime porter quand je vis à Paris ou à Compiègne.

– Mais ce n’est pas trop élégant pour une promenade en forêt et… un peu désinvolte pour une sortie en ville ?

– Justement, le charme d’une femme moderne se distingue de cette façon !

Je finis par me décider pour le chapeau noir de la « cavalière ». Après qu’il ait été placé dans une volumineuse boîte en carton, avec un gros ruban noir et blanc, difficile à cacher quand je rentrerai au bureau, je sors mon chéquier :

– Je le rédige à l’ordre de « Gabrielle Chanel » ?

– Bien sûr. Mais, si vous revenez me voir seul, cher Monsieur, vous pourrez m’appeler par le petit surnom que me donnent certains amis gentlemen : « Coco ».

 coco-chanel2.1240173757.jpg

Quand vous reviendrez, cher Monsieur, appelez-moi Coco…

26 août 1908 : 19 médailles olympiques pour les Français

ouverture-des-jeux-olympiques-de-londres-en-1908.1219719978.jpg

Une cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres qui a provoqué quelques polémiques

Que penser de ces Jeux Olympiques de Londres ?

Victoire du sport ou du chauvinisme national ?

Il y a eu de beaux moments comme la performance d’Oscar Swahn qui, à soixante ans, a remporté une médaille d’or en « tir sur cerf courant ». Le Suédois a provoqué l’admiration de la foule du White City Stadium par son calme et son exceptionnelle habileté. Je pense que nous ne reverrons pas de sitôt un sportif de haut niveau de cet âge.

Autre instant d’émotion quand le marathonien italien Dorando Pietri a achevé la course longue de 42 kilomètres, en première place, à bout de forces. A quelques mètres de l’arrivée, il s’est effondré plusieurs fois, s’est relevé courageusement et a fini soutenu par un public enthousiaste. Nous sommes quelques-uns à regretter sa disqualification finale : les arbitres lui reprochent d’avoir été aidé et porté par des supporters pour finir l’épreuve.

dorando-pietri.1219720148.jpg

La terrible arrivée du marathonien italien Dorando Pietri

On pourrait aussi parler des sympathiques William et Charlotte Dod, le frère et la soeur, tous les deux médaillés en tir à l’arc.

On n’oubliera pas les finalistes en lutte gréco-romaine, Martensson et Andersson. Le second a accepté de repousser d’un jour la finale pour permettre au premier, Martensson, de se remettre d’une blessure. Beau geste. D’autant plus que c’est finalement Martensson qui a eu la médaille d’or !

Les Jeux sont aussi une occasion unique pour les vingt-deux nations représentées, de montrer leur force et leur détermination.

Cela a commencé au moment du défilé d’ouverture.

Pas moins de trois querelles autour des drapeaux !

Les Suédois ont refusé de défiler parce que leur drapeau n’était pas hissé de façon permanente dans le stade. Les Finnois, membres de l’Empire russe, ont fait la tête, de façon ostensible, en marchant derrière la bannière du Tsar. Quant aux Américains et aux Anglais, ils sont à l’origine d’une invraisemblable polémique ; les premiers refusant de « tremper » leur bannière toute républicaine dans un grand vase béni… par le Roi britannique et les seconds voulant interdire, dès lors, que celle-ci soit déployée.

Tout cela est bien futile et gâche un peu la fête.

Nous, Français, avons de bonnes raisons de rentrer la tête haute de ces Jeux de Londres.

Notre pays est quatrième sur vingt-deux et nous avons décroché dix-neuf médailles dont cinq en or.

Les esprits chagrins remarquent cependant que sans les épreuves de tir et sans l’escrime ou le cyclisme, nous n’aurions pas eu beaucoup de compatriotes sur les marches des podiums. C’est vrai. Nous ne sommes manifestement pas très doués en athlétisme.

A qui la faute ?

Les jeunes Anglais et Américains, grands vainqueurs de ces quatrièmes Olympiades, passent, dans leurs écoles et universités, tous leurs après-midi à faire du sport. En France, on préfère l’austérité cérébrale des versions grecques et latines. C’est un choix… qui ne conduit pas à faire des étincelles au « 100 mètres  » ou au « lancer de javelot » !

23 juillet 1908 : La hiérarchie catholique contre le scoutisme

boyscoutimages.1216790516.jpg           boyscoutimages-3.1216790672.jpg

Le « scouting » se répand très vite en Grande Bretagne depuis le premier camp organisé dans l’île de Brownsea en 1907

bp-brownsea.1216790980.jpg

 » Mais nous avons déjà nos organisations de jeunesse ! Nos chères têtes blondes n’ont rien besoin de plus !  »

Petite discussion avec un évêque dans une réception donnée hier au ministère de l’Intérieur… chargé, aussi, des cultes.

J’ai lu le livre que viens de publier le général anglais Baden-Powel « Scouting for boys » . Une vie en plein air pour les enfants qui grandissent, de l’aventure, un idéal de solidarité, de la débrouillardise, une découverte de la Foi… l’ouvrage se révèle passionnant. L’officier britannique transpose son expérience lors de la guerre des Boers (il a sauvé la ville assiégée de Mafeking grâce à l’aide de jeunes transformés en estafettes, éclaireurs ou sentinelles) pour proposer une nouvelle organisation de jeunesse.

Il propose aux enfants de savoir se repérer, se nourrir, s’abriter en pleine nature tout en réfléchissant à un véritable idéal de vie fondé sur le sens du collectif, la fraternité, le don de soi et une spiritualité vivante.

A priori, on pourrait s’attendre à ce que l’Eglise de France accueille cet ouvrage avec bienveillance.

Il n’en est rien.

Est-ce l’origine protestante de Robert Baden-Powel qui froisse nos responsables catholiques ? Ou doit-on y voir une crainte de remise en cause des multiples camps estivaux de jeunes organisés de façon spontanée par les paroisses de notre pays ?

Quand j’écoute l’évêque parler, je sens toute la difficulté d’acclimater dans notre pays latin une idée née sur un sol anglo-saxon. Pour réussir à s’implanter de ce côté de la Manche, il faudrait que le fondateur du mouvement « boys scout » soit issu des rangs de l’armée française, qu’il ait écrit son livre dans la langue de Molière et surtout qu’il bénéficie d’un soutien officiel du Pape.

Pourtant, les jeunes français ne sont pas si différents de leurs compagnons britanniques. Eux aussi recherchent un sens à leur vie à un moment où leurs parents ne peuvent plus tout leur transmettre, à une période où ils vont basculer dans le monde adulte et devenir des citoyens. Ils ont aussi une soif d’absolu, de pureté et la volonté de se dépasser. Ils cherchent – trop souvent sans succès – des guides et quelques règles pour les accompagner dans ce passage difficile à l’âge des responsabilités. Ils ont besoin d’être convaincu que « tout cela a un sens ». « Scouting for boys » leur apporte tout cela.

Des camps « boy scout » sont prévus pour l’an prochain en Grande Bretagne et peut-être en Belgique (sur l’initiative de pasteurs et de jésuites). Si rien ne se fait en France, je proposerai à mon fils aîné Nicolas d’aller là-bas.

Lui qui fera un jour un service militaire de deux ou trois ans, je suis heureux qu’il puisse aussi méditer cette petite phrase de Baden-Powel  » Il faut transformer ce qui est un art d’apprendre à faire la guerre en un art d’apprendre aux jeunes à faire la paix « . 

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑