17 juin 1908 : La France n’est pas douée pour le football

 finale-de-la-coupe-de-la-ligue-en-angleterre-en-1905.1213650857.jpg

Finale de coupe en Angleterre dans les années 1900

En voilà un beau sport : le football. Des règles assez complexes qui conduisent le joueur à une bonne maîtrise de soi, un espace clos qui permet de concentrer le spectacle sur un endroit donné, de la rapidité, de l’adresse et de l’endurance.

En Angleterre, le football a été, jusque dans les années 1870, le sport des élites, des public schools du Sud. Il fallait que les jeunes gens de la bonne société apprennent à maîtriser leurs pulsions, à contrôler leur énergie et à travailler des gestes techniques sur un terrain relativement étroit appartenant à leur lycée.

La virilité était magnifiée mais à condition de respecter les codes de ce sport. Les élèves pouvaient se dépenser physiquement mais en restant des gentlemen. L’objectif n’était pas forcément de gagner mais plutôt de réaliser de « beaux gestes » et de perpétuer une communauté sportive soudée autour de valeurs communes.

A partir des années 1880 et au delà, le football s’est diffusé sur toute l’Angleterre et les licenciés ont commencé à appartenir au peuple.

La volonté des dirigeants anglais a dès lors été de canaliser la violence populaire potentielle, de privilégier l’adresse par rapport à la force qui devait demeurer contenue. Les ouvriers des usines, les dockers, les employés des entrepôts ont commencé dès lors à se passionner pour le ballon rond en cuir.

Les grandes entreprises, les paroisses, ont fait émerger des équipes dont la célébrité est devenue nationale : depuis les années 1890, 1900, les Anglais connaissent tous les « onze » d’Aston Villa, d’Everton ou de Birmingham.

Le monde de l’argent a rejoint celui du football à ce moment là. A partir de 1880, certains joueurs se sont faits rémunérer par des patrons qui appréciaient l’image du sportif. En 1890, les paris sur le résultat des matchs se sont généralisés. Le football est devenu donc un sport qui admet le professionnalisme (plutôt dans le nord du pays) et qui peut générer des gains importants pour les parieurs et surtout pour ceux qui organisent les paris. Les tenants du sport amateur élitiste du sud de l’Angleterre, déplorent cette situation mais ne parviennent guère à se faire entendre.

Depuis 1880, les joueurs professionnels, au nombre de 1500, sont regroupés dans la Football League et les Britanniques applaudissent des joueurs qui se comportent comme des vedettes. Le football peut servir à l’ascension sociale et ceux qui réussissent servent de modèles aux couches populaires. Leur talent sur l’herbe verte fait rêver des milliers d’ouvriers anonymes, astreints à des travaux pénibles et répétitifs.

Bref, le football est un sport pour l’élite comme pour le peuple. Il donne de l’énergie à des régions entières et exalte le goût de l’effort.

Pas de chance, ce sport peine à franchir la Manche.

Il fait quelques débuts remarqués, depuis une trentaine d’années, dans des ports comme le Havre mais reste, sur le reste de notre territoire national, l’apanage de quelques grands bourgeois. Le footballeur en France demeure un lycéen, un protestant, un négociant juif ou un fonctionnaire. Nos rares équipes sont donc incapables de rivaliser sérieusement avec celles de la Football League. Everton peut écraser n’importe quelle formation gauloise par plusieurs dizaines de buts d’écart.

La France ne se rappelle plus que le football est pourtant né en bonne partie chez elle. On l’appelait la soule ; c’était violent et volontier spectaculaire. Nous autres Français avons oublié que nous savions fort bien jouer à ce jeu sous l’Ancien Régime.

Aujourd’hui, quand nous jouons contre une équipe anglo-saxonne, nous sommes condamnés à aller fréquemment chercher le ballon… au fond de nos filets et nous perdons sur des scores sans appels. La France n’est pas douée pour le football !

8 avril 1908 : Faut-il assister aux Jeux Olympiques ?

jeux-olympiques-1908.1207602038.jpg

Affiche des futurs Jeux Olympiques de Londres qui auront lieu cet été 1908

 » Il faudrait même aller aux Jeux Olympiques !  » s’exclame Clemenceau.

Petite explication : les Jeux Olympiques auront lieu dans quelques mois à Londres, en même temps et à proximité de l’exposition commerciale célébrant l’Entente cordiale qui nous unit à l’Angleterre.

Pour mon Patron, rien n’est trop beau pour se rapprocher de notre puissant allié et ami d’Outre Manche. Pour être clair sur nos intentions, il convient de pousser les Anglais à renforcer les  100 000 hommes de la British Expeditionary Force (BEF). Cette petite armée de métier serait fort utile, débarquée et concentrée dans le nord de la France, en cas de conflit avec l’Allemagne.

L’incident franco-anglais de Fachoda est loin. L’humiliation infligée à notre pays remonte à dix ans et chaque chancellerie s’efforce de ne plus y faire allusion.

Donc, outre la future rencontre officielle entre le Président Fallières et Edouard VII, il est envisagé, tout à fait sérieusement, que tout ou partie du gouvernement français assiste aux cérémonies liées aux Jeux Olympiques. Tout cela dans le but de flatter nos hôtes britanniques.

Nous sommes plusieurs, au Cabinet, à rire sous cape en imaginant nos ministres, en hauts de forme et habits queue de pie, suivre, avec gravité, les coureurs du 400 mètres, les lanceurs de javelot ou autres marathoniens.

On s’amuse à l’avance de ce mélange improbable, dans un même stade, entre ces fringants sportifs transpirants à la suite d’efforts violents et ces hommes politiques bedonnants et suants après des repas diplomatiques copieux et bien arrosés.

Après plusieurs discussion avec leurs conseillers respectifs, les principaux ministres concernés (Clemenceau, Pichon, Picquart …) renoncent finalement à se montrer dans les gradins et préfèrent s’en tenir aux rencontres normales prévues pour renforcer l’Entente cordiale.

Pour préparer cet été diplomatique, je suis chargé d’organiser, d’ici la fin du mois d’avril, une rencontre entre Clemenceau et Sir Edward Grey, chef du Foreign Office qui pourrait se prolonger, quelques jours plus tard, par un tour d’horizon avec le Premier ministre,  Sir Henry Campbell-Bannerman.

Clemenceau me prend à part ce jour et me confie :  » En fait, je soutiens vigoureusement Lord Haldane, ministre de la Guerre britannique. Lui aussi plaide pour le renforcement de l’armée anglaise et doit faire face à l’opposition de nombreux de ses collègues ministres ou députés de la Chambre des Communes. D’accord avec vous pour ne pas fréquenter le stade olympique qui n’est sans doute pas la place d’un Président du Conseil. Pour autant, débrouillez-vous, mon cher, pour que je sorte vainqueur de cette négociation avec le gouvernement britannique.  »

Devant mon regard perplexe, qu’il interprète comme un manque de détermination, il me jette un tonitruant  » Mon cher, allez, allez, en avant ! Plus haut, plus vite, plus fort ! « 

19 février 1908 : Garnier, le bonheur est dans le béton armé

2008_0216_130611aa.1203160376.JPG 

Tony Garnier, dessin pour une cité-jardin

Dans le cadre de mes fonctions, j’ai des rendez-vous avec beaucoup de gens avec pour mission de leur donner l’impression qu’ils ont été reçus par « quelqu’un de très important qui va confier au Président du Conseil, sur-le-champ, ce qu’il a entendu » . Mes interlocuteurs doivent croire que Clemenceau tenaient à les recevoir personnellement ; mais … voilà … un contretemps de dernière minute ….

Cela donne des entretiens amusants, passionnants ou pathétiques.

Aujourd’hui, nous étions dans le registre de l’amusant.

Tony Garnier. Son nom ne me disait rien et je savais juste qu’il venait d’être embauché comme architecte par la Ville de Lyon.

Il souhaitait être reçu  » au plus haut niveau  » . Un peu déçu au début que le plus haut niveau s’arrête à ma modeste personne, il a rapidement oublié qu’il n’avait pas un ministre face à lui, emporté qu’il était par sa passion pour l’architecture et ses projets de cités futuristes.

Et bien, notre Tony Garnier, il va nous changer notre société ! Fini les commissariats, les églises, les prisons ou les casernes … Dans les villes du demain qu’il imagine, l’Homme sera naturellement bon et pourra aller jusqu’au bout de sa personnalité, sans contraintes.

Les lieux de travail resteront soigneusement séparés des habitations. Celles-ci seront bordées d’arbres, d’espaces verdoyants et de vastes stades pour des sports pratiqués par tous.

Les véhicules circuleront sur des voies les séparant soigneusement des piétons, le cas échéant dans des souterrains. Des aéroplanes vont envahir les airs et permettront à chaque homme de rejoindre les autres dans des délais records.

Chaque citoyen pourra retrouver ses semblables au centre municipal où se prendront les décisions collectives comme dans une agora.

Le tout utilisera le béton armé qui permet des lignes pures et audacieuses pour chaque bâtiment.

Le calendrier sera rythmé par des fêtes et des cérémonies populaires dont les défilés franchiront les entrées monumentales de stades  où des spectateurs joyeux célébreront une société réconciliée avec le bonheur.

Ah, ce Tony Garnier ! Je l’ai écouté jusqu’au bout. Sa fraîcheur m’a fait du bien. Cela change des attaques mesquines entre administrations ou des interpellations de parlementaires jaloux et ennemis du Patron.

Paix, sérénité et béton armé. Merci Monsieur Garnier !

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑