5 mai 1910 : Rumeurs sur un déplacement à Rome

Je pars en déplacement secret à Rome. Je n’ai le droit de ne rien dire à mes collègues. Pour autant, il est amusant de faire le point sur toutes les rumeurs qui courent sur ce voyage. Certaines sont vraisemblables, d’autres un peu farfelues.

Rumeur numéro 1

Je vais rencontrer des dirigeants italiens pour éprouver la solidité de la triplice. En effet, nos voisins transalpins continuent à partager une même union militaire avec l’Allemagne et l’Autriche Hongrie. Or, nous pensons qu’ils ne sont guère attachés à cet état des choses et qu’une pression diplomatique bien organisée peut les faire changer d’avis.

loubet.1273035870.jpg

Rencontre des flottes italienne et française en présence du Président Loubet en 1901 à Toulon

Rumeur numéro 2

Il est prévu que je fasse le point avec des représentants du Pape Pie X au sujet de la position du Vatican concernant la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. L’intransigeance du pape compromet la mise en place des associations cultuelles nécessaires au bon transfert juridique des biens au profit de l’État.

pie-x.1273035269.jpg

Le pape Pie X

Rumeur numéro 3

Le développement spectaculaire des pèlerinages à Lourdes à la suite des apparitions mariales et de la courte et miraculeuse vie de Bernadette Soubirous, décédée il y a un peu plus de trente ans, oblige l’État français à prendre des dispositions pour canaliser les foules venues de toute l’Europe. Une concertation avec l’Église, au plus haut niveau, paraît nécessaire, surtout si le Vatican envisage de canoniser la jeune bigourdane.

soubirous.1273036051.png

Bernadette Soubirous

Rumeur numéro 4

Il s’agirait de faire le point sur le bon emploi des fonds débloqués par la France à la suite de la catastrophe de Messine du 28 décembre 1908. De méchantes langues prétendent qu’une partie des sommes collectées ne serait jamais parvenue au sinistrés et citent de possibles actions répréhensibles de la mafia.

messine-tremblement-de-terre.1230529889.jpg

Le tremblement de terre de Messine

Rumeur numéro 5

En fait, ce déplacement serait strictement privé. Son caractère secret viendrait juste du fait que ma femme et moi-même, nous souhaitons avoir un vrai moment à nous, sans enfant, sans sollicitation du cabinet de Briand, sans document – que je devrais évidemment valider en urgence – porté par un représentant de l’ambassade de France à Rome.

Un moment secret, à deux, en amoureux…

__________________________________________

Mon autre site : Il y a trois siècles

4 mai 1910 : La lutte contre l’absentéisme scolaire

L’appel se termine. 47, 48, 49… Ils sont bien là, à leurs places. Certains parlent le provençal mais ils attendent l’enseignement de la République. Nous sommes mardi. La toilette du dimanche n’est pas loin et l’odeur de la classe ne nécessite pas l’ouverture fréquente des fenêtres.

Ernest Vigoureux est maître d’école depuis trente ans. De 1880 à 1910, il a occupé six postes d’enseignants. Souvent des classes uniques, comme il les aime. Il a d’abord vu des Bretons, puis des Flamands et a enfin rejoint sa région, son « coin », au peu au nord de Manosque.

classe2.1272948134.jpg

Pour que ses classes soient complètes, qu’aucune tête ne manque, il a fallu parfois batailler. Dans les années 80, c’était souvent les travaux des champs qui concurrençaient son enseignement. Il s’efforçait alors d’aller voir chaque paysan récalcitrant pour le convaincre que l’avenir de son fils (les filles, elles, venaient) passait par l’école. Parfois il fallait se fâcher et menacer de faire intervenir les gendarmes. La souplesse s’imposait aussi : les jours où manifestement tout le village était mobilisé avec les machines agricoles, eh bien, on fermait la classe discrètement après le déjeuner et Ernest allait lui-même donner un coup de main.

Il embrasse d’un regard les 49 petits Provençaux. Plus personne ne conteste son enseignement. Pas comme dans le Nord en 1890 où certains menaçaient au départ d’envoyer leurs enfants chez les sœurs s’il se montrait trop « laïque ». Là aussi, il avait fallu faire preuve de pédagogie, autant avec les familles qu’avec les jeunes têtes blondes. Il avait donc participé à l’organisation des fêtes locales, il tenait aussi les registres de la mairie et faisait son marché en serrant les mains tout en souriant à tous. Accueilli à son arrivée avec un peu de méfiance, Ernest Vigoureux avait quitté le Nord, cinq ans plus tard, sous les applaudissements de toute une population conquise par ses idées nouvelles, ses méthodes de lecture et de calcul efficaces et surtout ses résultats au certif’ (tous les présentés réussissaient).

Il finira sa carrière en Provence. Il connaît la langue. Il pense pourtant que cela ne servira plus à grand-chose dans dix, quinze ans. Elle ne sera bientôt guère parlée que par les vieux.

On se presse à l’école de la République. Tout le monde est là, tous les matins. Rien que des paires d’yeux attentives. Sur les bancs, on y compte bien, on y lit avec application et on y parle un bon français. Ernest Vigoureux est un heureux homme.

__________________________________________________

Bonne nouvelle ! Ce site vient d’avoir un “petit frère” ! Un autre Olivier va connaître de drôles d’aventures… il y a trois siècles, à la cour du roi Louis XIV.

Un héros né dans des conditions mystérieuses, des intrigues et des complots dans l’entourage d’un monarque tout puissant mais vieillissant, des luttes de pouvoir impitoyables mais aussi une époque pleine de promesses malgré le poids des guerres, les famines encore fréquentes, les terribles hivers.

Une histoire qui prendra un peu plus la forme d’un “roman” que le site “Il y a un siècle” mais toujours le désir de vous divertir.

http://ilyatroissiecles.canalblog.com/

3 mai 1910 : La Grèce sauvée par le régime crétois ?

« Nous sommes prêts à des réformes mais il faudra nous aider ! » Venizelos se cale tranquillement dans le fauteuil qui fait face à mon bureau. Il est fier d’être le seul homme politique grec que la France a choisi de soutenir. Il se sent en position de force.

venizelos.1272829602.jpg

Eleftherios Venizelos dirige déjà la Crète. Demain, il pourrait bien prendre le pouvoir à Athènes, si on veut bien l’aider un peu…

Nous n’avons pas le choix. La situation du jeune état balkanique apparaît presque désespérée : budgets déséquilibrés, corruption d’une partie de l’administration gangrénée par le clientélisme, agriculture arriérée qui peine à subvenir aux besoins de la population, armée et marine mal équipées et organisées. La Grèce peut devenir demain la proie d’une Allemagne belliqueuse comme d’un Empire Ottoman instable essayant de remonter la pente de l’Histoire.

La mise en place d’une Commission internationale des finances publiques n’a pas servi à grand-chose sauf à blesser l’amour propre des habitants. L’instabilité ministérielle demeure tandis que la question macédonienne et le sort de la Crète – liés à des revendications territoriales grecques et des rêves de grandeur comme l’enosis – pourrissent le climat de toute la région des Balkans et enveniment les relations internationales.

balkans.1272830124.jpg

Les Balkans avant 1912

La Grèce s’industrialise trop peu, trop lentement et n’attire pas suffisamment les capitaux des investisseurs qui lui préfèrent la Russie, les colonies, les gisements de pétrole d’Orient ou les Amériques.

Pourquoi parier sur Eleftherios Venizelos, le puissant chef crétois ? Il apparaît plus honnête que les autres, plus fin, plus stratège avec une dimension incontestable d’homme d’Etat qui manque au bouillant colonel Zorbas, le seul à émerger actuellement sur la scène grecque.

venizelos-maison.1272830295.jpg

La maison de Venizelos en Crète est déjà discrètement protégée par les hommes du deuxième bureau français

Nous savons que Venizelos va nous demander de l’argent, beaucoup d’argent, s’il accède au pouvoir. Le bas de laine des Français, des Allemands ou des Anglais dont les économies semblent inépuisables, sera le bienvenu. Une autorisation d’emprunt sur les places de Paris, Londres ou Berlin, la garantie des banques nationales, des articles bienveillants de journalistes financiers peu regardants… nous connaissons la musique.

Quand le berceau de la civilisation européenne prend feu, il faut bien que toute l’Europe se transforme en pompier.

________________________________________________

Bonne nouvelle ! Ce site vient d’avoir un « petit frère » ! Un autre Olivier va connaître de drôle d’aventures… il y a trois siècles, à la cour du roi Louis XIV.

Un héros né dans des conditions mystérieuses, des intrigues et des complots dans l’entourage d’un monarque tout puissant mais vieillissant, des luttes de pouvoir impitoyables mais aussi une époque pleine de promesses malgré le poids des guerres, les famines encore fréquentes, les terribles hivers.

Une histoire qui prendra un peu plus la forme d’un « roman » que le site « Il y a un siècle » mais toujours le désir de vous divertir.

http://ilyatroissiecles.canalblog.com/

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑