14 mai 1910 : Sauvé par un arbre

Le paysan de Chailly-en-Bière se glisse en cachette pendant que la nuit tombe. Jean Champenois, efflanqué, le teint cireux, grelotte de fièvre et marche à grand peine. Chaque pas lui coûte mais le rapproche de son but : un grand hêtre derrière le lieu dit « Gros bois ».

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Jean vérifie que personne ne l’a suivi, c’est une condition de la réussite de l’opération. L’arbre se dresse enfin face à lui, majestueux en ce printemps bien pluvieux, couvert de feuilles vert tendre. Le père Champenois attache alors son bras avec un fil de soie au tronc et récite, très concentré et en se signant, trois pater et trois ave. Puis, laisse passer un long silence, souffle un bon coup et rentre chez lui, toujours en se gardant de croiser d’autres villageois.

Le lendemain, Jean Champenois a repris des forces. Pour la première fois depuis des semaines, sa fièvre est tombée. Il trempe une belle tartine dans un verre de vin : l’appétit revient. Le père Crechou et sa femme passent le voir avec monsieur le curé. Chacun s’étonne de voir notre Jean en pleine forme, souriant comme avant sa terrible maladie.

Pendant ce temps, derrière le gros bois, un hêtre magnifique se meurt. Ses feuilles tombent d’un coup, trois branches principales se cassent net pendant qu’une odeur de pourriture commence à sortir du tronc qui semble se creuser. Le garde champêtre passe à côté et s’étonne de cette brusque dégradation du végétal. Il s’approche et met le doigt sur le mince fil de soie qui entoure tout le tronc. Il s’exclame alors : « Crénom de sort, de mauvais sort. Il faudra le couper cet arbre ! »

Au même instant, Jean Champenois, ragaillardi, raconte des blagues salaces à monsieur le curé qui se laisse aller à rire, heureux de voir l’un de ses paroissiens sauvé… par le bon Dieu.

12 mai 1910 : Pour se soigner, il suffit de rêver !

Se soigner sans puissants médicaments, sans chirurgie périlleuse, tout simplement en dormant : Une utopie ? Non, cela devient bien une réalité.

Des médecins français et américains travaillent très sérieusement autour des rêves et essaient d’utiliser leurs caractéristiques – déjà analysées par Bergson – pour apporter un vrai réconfort aux malades des nerfs.

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Le philosophe Henri Bergson a déjà beaucoup écrit pour expliquer les rêves

Qui ne s’est pas senti très en forme après une bonne nuit peuplée de songes sympathiques ? Le rêve détend le cerveau et les muscles, il permet au corps de se reposer complétement tout en laissant vagabonder l’esprit à sa guise. C’est à partir de ce constat simple que les scientifiques travaillent.

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Le Rêve du Douanier Rousseau

Il fallait relever deux défis : comment provoquer l’activité onirique ? Et surtout comment faire en sorte que le patient ne sombre pas dans des cauchemars ?

Les deux points sont maintenant résolus, avec ingéniosité, à partir d’expériences simples.

Provoquer un rêve précis :

Le patient part dans une campagne qu’il affectionne beaucoup et passe un heureux séjour d’un mois. Pendant toute cette période, il doit sentir régulièrement un flacon contenant un parfum puissant et facilement reconnaissable. De retour en ville, à son domicile, des gouttes du parfum sont mis sur l’oreiller de l’intéressé pendant son sommeil… provoquant ainsi chez lui des rêves réparateurs de campagne bucolique.

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Luigi Russolo peint aussi le rêve avec Profumo

Déclencher des rêves heureux :

Allongé sur un confortable divan, le malade est endormi grâce à une potion légèrement hypnotique, tout en fixant son attention sur un point lumineux tournant sur lui-même dans une pièce sombre. Pendant son sommeil, sont diffusés des images sur un écran et des sons enregistrés bien déterminés : les couleurs sont agréables et la musique harmonieuse. De doux rêves ne tardent pas dès lors à venir et à son réveil, le patient « se sent mieux ».

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Toutes ces expériences de conception et de réalisation aisées pourraient être généralisées à toute la population.

Pour surmonter tous les soucis d’une époque parfois sombre et troublée, endormons les Français ! Et surtout, faisons-les rêver !

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10 mai 1910 : Paris-Rome Express

« Toutes les œuvres de mon époux devront quitter la France ! »

Nous sommes, avec ma femme, dans l’express Paris-Rome.

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Le Paris-Rome Express est un train de la Compagnie internationale des Wagons-Lits

Plus de vingt heures de voyage qui laissent le temps de bien connaître les autres occupants du compartiment.

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Au restaurant dans le Paris-Rome Express : nous nous faisons très rapidement des connaissances

Nous cheminons en face de Léontine Gruvelle, la veuve du peintre Guiseppe de Nittis, peintre italien génial, disparu prématurément à l’âge de 38 ans en 1884. Léontine a été son modèle, son égérie et son amante. Elle entretient à présent pieusement sa mémoire et veille sur toutes les toiles qui n’ont pas été vendues.

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Giuseppe de Nittis : « Les Courses à Boulogne »

« Je souhaite qu’après ma mort, les Italiens et plus particulièrement les habitants de Barletta, sa ville natale, redécouvrent les tableaux de cette époque magique qu’avait sue saisir Guiseppe. »

« Epoque magique » : le mot clef est lâché.

Après avoir quitté la veuve de Nittis, nous découvrons Rome. Le mélange des époques -toutes effectivement plus magiques les unes et les autres – est saisissant. L’Antiquité, la Renaissance, l’Art moderne se concentrent et se fondent dans cet espace bienveillant, cette capitale immense qui a su garder des allures de ville de province où la vie reste douce.

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La fontaine de Trevi

Immensité des églises à l’échelle de la foi vibrante du peuple, grandeur des monuments de Romains qui ont su conquérir le monde mais simplicité d’un moment passé à boire un cappuccino sur la Piazza Navona. Les siècles se mêlent entre eux dans un continuum esthétique, dans une recherche continue du beau et du sacré mais sont présentés par des Romains avenants, souriants et détendus. On parle avec force gestes, on met son discours en scène, roule des yeux, bombe le torse et ménage ses effets : au pied de ses chefs d’œuvres, le Romain aime plaire et se faire remarquer.

Nous ne l’écoutons déjà plus et nous partons, délibérément, nous perdre dans ces petites rues du Trastevere qui tournent et serpentent… à l’infini.

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