15 septembre 1910 : Clemenceau pique une colère en Argentine

Une lettre de Clemenceau. Moment de bonheur : mon ancien patron pense à moi ! J’ouvre lentement la missive postée en Argentine où le grand homme fait une série de conférences. Le Tigre m’écrit longuement, je suis flatté, je reste bien l’un de ses confidents.

Je reconnais au fil des cinq longues pages son sens inné de la narration pour me décrire aussi bien la démocratie de cette république sud-américaine, son rêve de faire une ballade à cheval dans la pampa (contre l’avis de son médecin inquiet pour sa prostate), son amour de la nature à perte de vue ou l’importance des femmes dans les foyers …

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Buenos Aires en 1910

Sa description fine et humaniste des asiles d’aliénés argentins « où on laisse, pour une fois, les fous en paix dans un régime de semi- liberté » ne laisse pas indifférent.

Je constate avec amusement que mon ex-patron n’a pas pu s’empêcher de piquer, sur place, une de ses colères qui ont contribué à sa célébrité. Il n’a en effet pas supporté de découvrir que les théâtres sud-américains ne respectaient pas le droit d’auteur. Les pièces françaises ou anglaises y sont jouées sans la moindre autorisation. Clemenceau s’est donc fendu de déclarations tonitruantes dans la presse locale dénonçant ce scandale et a envoyé une mise en demeure aussi sèche que bien argumentée au gouvernement argentin.

Il faut croire qu’en Argentine, on craint autant le Tigre qu’en France puisque que les parlementaires de Buenos Aires se sont réunis d’urgence pour voter un texte mettant leur pays en conformité avec les textes européens.

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22 juin 1910 : Reconnaissons l’Union Sud-Africaine

«  Il faut reconnaître ce nouvel Etat ». La conclusion de ma note pour Aristide Briand est sans ambiguïté. Depuis le 31 mai, la province du Transvaal, celle du Cap, l’Etat libre d’Orange et le Natal forment un nouveau dominion qui affirme son indépendance relative par rapport à la couronne britannique. L’Union de l’Afrique du Sud est née. Elle apporte un heureux dénouement à une guerre qui fut celle de toutes les horreurs : la guerre des Boers.

Les Français se rappellent les descriptions dans la presse des sanglantes batailles entre forces britanniques et les colons boers d’origine hollandaise, allemande ou française. Des photographies horribles ont circulé montrant les atrocités commises de part et d’autre dans cette pointe sud de l’Afrique, aux terres agricoles immenses, riche en or et en diamants.

On se rappelle notamment ce pauvre enfant mourant de faim dans un camp de prisonniers civils boers :

 

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Le cœur des Français battait plutôt pour les combattants boers, qu’ils imaginaient volontiers comme des aventuriers des temps modernes secouant le joug anglais.

 

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Maintenant est venu le temps de la réconciliation : un homme redoutablement intelligent prend le pouvoir : Louis Botha. L’ancien général boer présente ce jour son programme au parlement du Cap. Ses maîtres mots : cohabitation pacifique entre les ennemis d’hier, respect des langues (l’anglais d’une part et l’afrikaans des Boers d’autre part) et des traditions des uns et des autres. Alliance loyale avec l’Empire britannique mais indépendance de fait.

La France s’apprête à apporter son soutien à cette ambition.

 

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26 mai 1910 : George V, roi aimé, roi tatoué

Que doit-on retenir du nouveau roi d’Angleterre, George V ? Au chapitre des anecdotes, notons qu’il a un magnifique tatouage sur le bras réalisé lorsqu’il était officier dans la marine ; il est aussi à la tête d’une impressionnante collection de timbres dont la constitution a été facilitée par les milliers de lettres parvenant à Buckingham. Enfin, on ne peut qu’être frappé par sa ressemblance physique avec son cousin, le tsar Nicolas II.

 

Le duc d’York, futur roi George V, en voyage officiel au Québec et à Montréal 

Le nouveau souverain âgé de 44 ans entend continuer les efforts de son père Edouard VII pour consolider l’Entente cordiale. Il sera aidé en cela par son peu d’attirance pour le monde germanique – même s’il est de la maison des Saxe Cobourg et Gotha – et son aversion pour la personnalité extravagante de Guillaume II.

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George V arrive à un moment clef de la vie du royaume : la rivalité entre le gouvernement et la Chambre des Lords devra être arbitrée et le premier ministre Asquith aura besoin de l’appui du souverain pour pouvoir conduire sa politique et faire voter ses budgets. La crise en Irlande demandera aussi beaucoup d’attention et chaque faux pas pourrait mettre en difficulté l’exécutif qui peine à maintenir la paix entre catholiques et protestants.

L’opinion anglaise note aussi que le roi affiche un plus grand sérieux que son père qui était réputé coureur de jupons et amateur des mille plaisirs de la vie. C’est un bon père et il prend à cœur l’éducation de ses six enfants. Amoureux de sa femme, la reine Mary, il lui écrit chaque jour lorsqu’ils sont séparés. Le roi, associé par Edouard VII à la marche des affaires depuis 1901, s’efforce surtout d’être un dirigeant irréprochable et étudie avec soin les documents transmis par le premier ministre qu’il s’efforce déjà de conseiller et de soutenir au mieux.

Inutile de dire qu’avec toutes ces qualités, la cote d’amour de George V ne cesse de croître au Royaume-Uni… et dans notre France très républicaine où la nostalgie des têtes couronnées semble renaître.

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