26 août 1908 : 19 médailles olympiques pour les Français

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Une cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres qui a provoqué quelques polémiques

Que penser de ces Jeux Olympiques de Londres ?

Victoire du sport ou du chauvinisme national ?

Il y a eu de beaux moments comme la performance d’Oscar Swahn qui, à soixante ans, a remporté une médaille d’or en « tir sur cerf courant ». Le Suédois a provoqué l’admiration de la foule du White City Stadium par son calme et son exceptionnelle habileté. Je pense que nous ne reverrons pas de sitôt un sportif de haut niveau de cet âge.

Autre instant d’émotion quand le marathonien italien Dorando Pietri a achevé la course longue de 42 kilomètres, en première place, à bout de forces. A quelques mètres de l’arrivée, il s’est effondré plusieurs fois, s’est relevé courageusement et a fini soutenu par un public enthousiaste. Nous sommes quelques-uns à regretter sa disqualification finale : les arbitres lui reprochent d’avoir été aidé et porté par des supporters pour finir l’épreuve.

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La terrible arrivée du marathonien italien Dorando Pietri

On pourrait aussi parler des sympathiques William et Charlotte Dod, le frère et la soeur, tous les deux médaillés en tir à l’arc.

On n’oubliera pas les finalistes en lutte gréco-romaine, Martensson et Andersson. Le second a accepté de repousser d’un jour la finale pour permettre au premier, Martensson, de se remettre d’une blessure. Beau geste. D’autant plus que c’est finalement Martensson qui a eu la médaille d’or !

Les Jeux sont aussi une occasion unique pour les vingt-deux nations représentées, de montrer leur force et leur détermination.

Cela a commencé au moment du défilé d’ouverture.

Pas moins de trois querelles autour des drapeaux !

Les Suédois ont refusé de défiler parce que leur drapeau n’était pas hissé de façon permanente dans le stade. Les Finnois, membres de l’Empire russe, ont fait la tête, de façon ostensible, en marchant derrière la bannière du Tsar. Quant aux Américains et aux Anglais, ils sont à l’origine d’une invraisemblable polémique ; les premiers refusant de « tremper » leur bannière toute républicaine dans un grand vase béni… par le Roi britannique et les seconds voulant interdire, dès lors, que celle-ci soit déployée.

Tout cela est bien futile et gâche un peu la fête.

Nous, Français, avons de bonnes raisons de rentrer la tête haute de ces Jeux de Londres.

Notre pays est quatrième sur vingt-deux et nous avons décroché dix-neuf médailles dont cinq en or.

Les esprits chagrins remarquent cependant que sans les épreuves de tir et sans l’escrime ou le cyclisme, nous n’aurions pas eu beaucoup de compatriotes sur les marches des podiums. C’est vrai. Nous ne sommes manifestement pas très doués en athlétisme.

A qui la faute ?

Les jeunes Anglais et Américains, grands vainqueurs de ces quatrièmes Olympiades, passent, dans leurs écoles et universités, tous leurs après-midi à faire du sport. En France, on préfère l’austérité cérébrale des versions grecques et latines. C’est un choix… qui ne conduit pas à faire des étincelles au « 100 mètres  » ou au « lancer de javelot » !

5 août 1908 : Un premier ministre qui sait s’imposer

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Herbert Henry Asquith tient bien en main son fougueux ministre du commerce W. Churchill

Un cabinet avec des personnalités de talent, reconnues ou prometteuses. Le gouvernement britannique, formé il y a déjà quelques semaines, fait envie. Il tranche avec notre Conseil des ministres français déjà usé jusqu’à la corde par deux années difficiles à la tête d’un pays remuant.

Outre-manche, les idées nouvelles ont la parole, portées par de jeunes ministres comme Loyd George et Winston Churchill.

A la tête de l’équipe de choc : Herbert Henry Asquith, Premier ministre de 56 ans. Expérience et force, autorité naturelle, pétri de culture classique. On remarque vite sa volonté d’en découdre avec tout ce que la vieille Angleterre compte d’institutions surannées. Surnommé « The Sledgehammer » (le marteau de forgeron), on sent qu’il brûle de taper fort sur la très conservatrice Chambre des Lords. C’est un libéral au sens anglo-saxon du terme : liberté pour le commerce, protection sociale – et donc liberté – pour les plus faibles que sont les ouvriers.

Dans ses projets sociaux, il pourra naturellement compter sur Loyd George le plébéen. Fils de cordonnier, autodidacte, le Chancellor (ministre des finances) a une revanche à prendre sur la vie, quelque chose à prouver. Il veut déclarer la guerre à l’indigence et assurer une pension pour les plus âgés.

En face, un patricien : Winston Churchill. L’homme né avec une cuillère en argent dans la bouche, accède à trente-trois ans au poste de président du Board of Trade (ministre du commerce et de l’industrie). Lui aussi veut s’occuper des pauvres et pense – sérieusement – que la providence l’a désigné pour veiller sur eux.

Asquith, Loyd George et Churchill sont tous les trois des orateurs hors pair. Avec des discours enflammés, ils séduisent une opinion anglaise qui a fini par se lasser d’une révolution industrielle qui laisse beaucoup de monde sur le bord de la route.

Le défi à relever pour Asquith est passionnant : comment secouer un pays menacé par l’immobilisme des riches conservateurs tout en éloignant le danger permanent d’une subversion ouvrière violente ?

Faire des réformes sociales crédibles pour tuer le socialisme… en douceur. Voilà ce que les ministres français peinent à faire, fragilisés par une Chambre prête à les renverser à tout moment et affaiblis par une pensée « radicale » à bout de souffle.

Ne rêvons pas sur « l’exemple britannique ». Il faudra que les ministres, là-bas aussi, passent des discours aux actes.

Asquith a eu une conversation -en anglais – avec G. Clemenceau. Ce dernier l’interrogeait sur ses deux ministres si prometteurs que sont Loyd George et Churchill.

– Vous pensez qu’ils sauront faire évoluer votre pays et accomplir de grandes réformes ?

– Pour l’instant, mon cher Georges, je vois plus leur sens de l’intrigue et de la manoeuvre.

– Ils ne sont donc pas comme les dépeint la presse admirative ? Ils n’ont pas d’idéaux chevillés au corps ?

– Pensez donc ! Loyd George est sans principe et Churchill sans conviction ! « 

29 juillet 1908 : Les vacances du Président

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Carlsbad, station balnéaire cosmopolite de Bohême, en 1908

Vacances du Président du Conseil ? Travail des collaborateurs ! Comme chaque été, G. Clemenceau commence à préparer ses valises pour son séjour en août à Carlsbad, ville de Bohême, station thermale située en territoire autrichien.

Le départ du chef du gouvernement se prépare minutieusement. Outre les réservations pour le long trajet en Orient Express, il faut vérifier une dernière fois que la villa Helenhof, maison meublée dominant la ville, pourra accueillir dans de bonnes conditions l’homme d’Etat et sa suite (un secrétaire, un valet et les hommes de la sûreté). Le funiculaire reliant le bourg à la résidence sera-t-il là, prêt à partir, au moment où Clemenceau – qui déteste attendre – arrivera avec ses lourdes malles ?

Carlsbad. Petite bourgade faussement tranquille, séjour pas aussi privé que l’on pourrait croire.

En fait, se croise à Carlsbad tout un monde de diplomates, de banquiers, de journalistes et de ministres des différents pays d’Europe. C’est dans toutes les langues mais surtout en français – langue internationale – que les curistes, enroulés dans leurs longues serviettes blanches, s’échangent des nouvelles du monde qui va. De façon décontractée, on parle affaire ou on prépare telle rencontre diplomatique de l’automne. Sans façon, les Allemands échangent avec les Français ou les Anglais ; les Russes ou les Serbes plaisantent avec les riches Autrichiens ; quant aux Américains, ils tentent de comprendre cette vieille Europe compliquée.

Clemenceau se lèvera comme d’habitude vers quatre, cinq heures du matin. A la fraîche, emmitouflé dans un vieux manteau, il écrira pendant deux ou trois bonnes heures. Au mieux, ce seront quelques pages d’un éventuel roman ; au pire, il trempera sa plume dans le vinaigre et produira des mots aigres-doux et insatisfaits pour des conseillers comme moi. Puis il lira son abondant courrier et déjeunera avant sa séance de gymnastique dont l’intensité provoque l’admiration de la presse populaire.

Je prépare un dossier spécial pour la rencontre inévitable que mon Patron aura avec un autre habitué des lieux : Edouard VII. Il faut donner à G. Clemenceau les éléments pour convaincre le roi d’Angleterre de faire augmenter les moyens beaucoup trop faibles de l’armée de terre britannique. Je dois tenir compte que les documents transmis seront peut-être consultés à table… ou peu après un bain de vapeur. Il n’est donc pas question de transmettre une pièce essentielle et originale. Les secrétaires du ministère, sous ma dictée, s’attachent donc à tout recopier en urgence.

Les principaux collaborateurs feront l’aller retour avec Carlsbad pour assurer le lien quotidien entre le Président du Conseil et les ministères. Le dévoué directeur de cabinet Winter, l’homme de confiance et sous préfet Roth, ont déjà pris leurs billets. Les valises de documents devront transiter avec des scellés et ne pas quitter leurs propriétaires. Les services secrets allemands rôdent et restent à l’affût, prêts à exploiter toute négligence de notre part.

Le gouvernement se prépare ainsi à être dirigé depuis l’Autriche Hongrie, par un homme en vacances mais finalement aussi actif que s’il était dans son bureau parisien !

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