28 juillet 1908 :  » Tu seras Président des Etats-Unis ! « 

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Elections américaines de 1908 : Helen Herron Taft, épouse du candidat républicain à la Maison blanche, William Howard Taft.

Elle ne mâche pas ses mots, sa volonté est de fer. Elle cesse de répéter ses désirs… uniquement lorsqu’ils ont été satisfaits. Helen Herron Taft : épouse de William Howard Taft, vraisemblablement le prochain candidat républicain à la Maison Blanche.

Le « pauvre » William Taft n’a qu’à bien se tenir. Devient-il avocat au barreau de l’Ohio, en 1880, à 23 ans à peine ?  » Ce n’est pas suffisant  » insiste la belle Helen  » tu dois viser une carrière de juriste fédéral !  »

Taft devient dix ans plus tard procureur général des Etats-Unis.  » Ne t’arrête pas maintenant, la politique te tend les bras, nous sommes tous les deux issus de grandes familles habituées à laisser leur nom dans l’histoire, ne l’oublie pas  » susurre fermement Helen aux oreilles de son colosse de mari.

Encore dix années, nous sommes en 1900. William Taft embrasse une carrière diplomatique brillante. Le président de l’époque, McKinley, le presse de prendre la tête d’une commission organisant les pouvoirs publics aux Philippines. Douze mois s’écoulent et Taft devient gouverneur provisoire de cet Etat passé sous protectorat américain. A peine grisée par le nouveau pouvoir acquis par son époux, Helen le conseille nuit et jour tout en s’occupant de leurs trois enfants.

Ils accumulent, tous les deux, de vrais succès sur le terrain et remettent en marche les institutions d’un pays jusque-là au bord de la guerre civile.  Ils deviennent très populaires auprès des Philippins lorsqu’ils obtiennent auprès du pape Léon XIII qu’ils vont voir à Rome, le rachat de terres appartenant à l’Eglise pour les distribuer, sous conditions, aux paysans locaux.

 » Manille ne remplacera jamais Washington. Il faut retourner en Amérique, c’est là que les plus hautes destinées t’attendent !  » Helen regarde dans les yeux William qui ne peut que se soumettre à ce regard impérieux.

En 1904, Taft est nommé secrétaire d’Etat à la Guerre. Poste stratégique dans un pays qui affirme, de plus en plus, sa puissance ; joli parcours pour un homme qui n’a pas encore la cinquantaine.

Helen fait tout pour qu’il devienne le bras droit de Théodore Roosevelt, l’actuel président. Inutile de dire qu’elle obtient une fois de plus gain de cause.

Travailleur infatigable, juriste hors pair, fou amoureux de son ambitieuse compagne, William cumule les réalisations : il suit les protectorats sur Cuba et les Philippines, modernise la flotte US qui devient l’une des meilleures du monde et assure de nombreuses missions diplomatiques pour le compte du chef de l’Etat. A ses heures perdues, il supervise aussi la construction du Canal de Panama. A chaque vacance de Théodore Roosevelt, il assure l’interim de la présidence.

 » Tu seras Président des Etats-Unis ». Helen hurle car William Taft, un peu fatigué ce soir, se verrait bien arrêter sa carrière comme juge à la Cour suprême.  » Tu dois accepter la proposition du Président et devenir le prochain candidat républicain aux élections de novembre ! Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour moi !  » Honteux d’avoir un bref instant pensé à lui, William Taft déplace sa forte corpulence et se remet à sa table de travail. Presque sous la dictée de sa « chère et tendre » , il rédige la courte lettre où il annonce sa candidature.

Ces quelques mots feront peut-être de lui, le 27ème président des Etats-Unis. 

Ce que femme veut…

6 juillet 1908 : Toungouska :  » pas de quoi fouetter un chat ! « 

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Le 1er ministre russe Stolypine a d’autres sujets de préoccupation que l’explosion de Toungouska

On le sent fatigué, désabusé. Il représente pourtant une des plus grandes puissances de la planète. Dimitri Abrasimov est diplomate à l’ambassade de Russie en France.  Je le connais depuis la crise de Port Arthur et nous sommes devenus amis. Notre déjeuner d’aujourd’hui, dans les jardins intérieurs du Ritz, est l’occasion d’évoquer les événements de Toungouska et la chute de météorite qui a produit des dégâts considérables en Sibérie le 30 juin dernier. Nous sommes nombreux en France à souhaiter la mise en place d’une expédition scientifique et je demande donc à Dimitri les intentions du régime du Tsar sur cette question. 

« – Mais tout d’abord, en quoi les autres pays sont-ils intéressés par cet événement survenu sur le sol russe ? 

–         Dimitri, tu vois bien qu’il n’est pas ordinaire qu’un corps céleste s’abatte avec une telle violence sur notre planète. On me dit que des dizaines de milliers d’hectares de forêts ont été ravagés, que l’explosion a été entendue à plus de 1500 kilomètres de l’épicentre, qu’une lumière intense était visible depuis le transsibérien… Le monde a le droit de savoir ce qui s’est passé.

–         Je t’entends bien mais que veux-tu que nous fassions ? Notre gouvernement a déjà bien du mal à faire en sorte que toute la population mange à sa faim ; notre armée a montré des faiblesses considérables lors de notre guerre récente avec le Japon ; notre diplomatie peine à nous faire sortir de l’isolement et nous sentons que les Anglais restent très méfiants à notre égard. Autrement dit, nous avons d’autres soucis que celui de monter des expéditions savantes. Le Premier ministre Stolypine travaille d’arrache pied sur la réforme agraire et espère ainsi réduire les motifs de mécontentement dans le pays. Nous n’avons guère le temps de nous occuper d’autres choses.

–         Mais, dans l’immense Russie, on ne peut trouver une petite dizaine de physiciens et de biologistes pour se rendre à Toungouska et révéler au reste du monde des informations qui nous concernent tous ? Imagine qu’une autre météorite tombe sur la terre dans les mois ou années à venir… Bien analyser les événements de Sibérie peut nous permettre de mieux anticiper une autre catastrophe !

–         Mais quelle catastrophe ? La région de Toungouska est désertique. Il n’y a que les Toungouses, un petit peuple d’éleveurs de rennes. On me dit que quelques-uns ont été brûlés par l’explosion. On ne dénombre aucun mort. Pas de quoi « fouetter un chat » comme vous dites, vous, les Français.

–         Pouvez-vous, au moins, accepter une éventuelle expédition internationale ?

 –         Je ne pense pas que ce sujet puisse être examiné par le pouvoir. Stolypine est bien trop occupé à consolider un parlement – une Douma –  acceptable pour le régime tsariste. Dans la nouvelle Douma mise en place en 1907 qui réunit en majorité les classes possédantes (les opposants disent que c’est une « Douma des Seigneurs » ), on évoque les réformes de la Russie : constitution d’une classe nouvelle de paysans aisés, les Koulaks ; amélioration de la marine ; industrialisation des régions de l’Est… On ne peut distraire l’attention des députés sur une question aussi futile que les chutes de météorites ! »

Déçu par cette dernière réponse, je n’insiste pas. Nous finissons notre repas en silence. Au moment de régler, Dimitri Abrasimov s’aperçoit qu’il a oublié son portefeuille. Dans un grand sourire, je lui indique alors qu’il est l’hôte de la République française et donc notre invité.

Il s’écrie alors, avec une pointe d’autodérision : 

«  Ce n’est qu’un emprunt, la Russie remboursera ! ». 

3 juillet 1908 : Que s’est-il réellement passé à Toungouska ?

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Toungouska : une météorite géante (?) percute la terre le 30 juin 1908 en Sibérie

Que s’est-il réellement passé à Toungouska en Sibérie ? 

« Le 30 juin, vers sept heures, une énorme boule de feu ( une météorite ?) a surgi dans le ciel et s’est abattue sur une région heureusement presque déserte de tout être humain. Le bruit de l’explosion a été entendu à Novonikolaïevsk mais aussi à Irkoursk, alors que les deux villes sont distantes de plus de 1500 kilomètres. Une lumière aveuglante a aussi été perçue sur plusieurs centaines de kilomètres. Enfin, les premiers témoignages évoquent des dégâts (arbres couchés, sol brûlé) sur une surface équivalente à la taille d’un département français. Des incendies se sont déclenchés et ne sont toujours pas éteints. » 

Le message de notre ambassade à Moscou confirme ce que nous lisons dans la presse. Cela est spectaculaire et inexpliqué. 

Nous n’expliquons pas non plus que les nuits soient particulièrement claires ces derniers jours à Paris comme à Londres. Des habitants de la capitale anglaise cités par le Times indiquent qu’ils arrivent à lire leur journal à minuit comme en plein jour. Ceci reste un peu exagéré mais c’est vrai que le ciel est particulièrement clair jusqu’à très tard dans la soirée et que le couché de soleil s’accompagne de nuages roses à forte luminosité. 

Voilà, j’ignore s’il y a le moindre lien entre les événements russes de Toungouska et nos nuits bizarrement plus lumineuses que d’habitude. Ces phénomènes ne m’empêchent pas de dormir mais mon esprit cartésien est un peu mis en échec.  

Aujourd’hui, je rencontre un ami diplomate russe. Je vais évoquer cette question avec lui. Il faudrait absolument qu’une expédition scientifique se rende sur les lieux de l’explosion, au fin fond de cette Sibérie inhabitée. Nous sommes plusieurs au bureau… brûlants d’en savoir plus.

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