1er avril 1909 : L’Empereur Guillaume II abdique

La note rédigée par mes amis fonctionnaires du Quai d’Orsay fait le tour des bureaux du cabinet de Clemenceau. Son titre provoque l’effet d’une bombe : »Guillaume II abdique ».

Le document très bien rédigé évoque la forte baisse de moral de l’Empereur allemand à la suite de la crise dite du « Daily Telegraph », du nom de l’entretien très imprudent et profondément maladroit que Guillaume II avait donné à la presse internationale. Il rappelle les nombreuses attaques internes (au Reichstag) et externes (indignation de dirigeants étrangers) qui avait suivi ses propos.

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L’empereur Guillaume II (à gauche) veut quitter le navire…

Les fonctionnaires rappellent ensuite la crise fiscale et budgétaire lancinante qui empêche l’Etat fédéral de disposer des ressources nécessaires à son bon fonctionnement.

Ils peignent sous un jour assez cru les rapports difficiles entre Guillaume II et son chancelier Von Bülow, l’un et l’autre s’accusant mutuellement de trahison et de manque de solidarité en public.

Mes camarades du Quai insistent sur le caractère finalement fragile du monarque germanique « en proie à des crises nerveuses fréquentes », « obligé parfois de s’aliter quand ces moments surviennent ».

Ils notent que Guillaume II reste très populaire auprès de ses sujets mais que ce soutien populaire n’est plus suffisant pour le convaincre de rester à la tête de l’Empire.

Pour conclure, la note évoque les modalités de ce départ : discours exceptionnel lu après demain au Reichstag par le chancelier (le Quai nous en fournit obligeamment un exemplaire), rencontre avec les ambassadeurs des principales puissances (dont la France) pour expliquer cette décision, organisation d’une passation provisoire de pouvoirs au Kronprinz en attendant l’établissement… d’une république.

C’est ce dernier mot qui a jeté le doute dans mon esprit. Une république en Allemagne ? Un Empereur qui abdique ? Un 1er avril ?

Et si tout cela n’était qu’une blague ? Moi qui m’apprêtais à foncer dans le bureau de Clemenceau pour lui annoncer la nouvelle !

De sacrés rigolos mes amis du Quai…

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20 mars 1909 : Et si la France accueillait Aurobindo ?

 » Je vais vous faire découvrir le supramental !  » Mr Devon, diplomate britannique, a le sourire aux lèvres et négocie avec moi le sort de plusieurs opposants à la présence anglaise en Inde. La France compte quelques comptoirs sur le sous-continent et les indépendantistes sont tentés d’y trouver refuge.

Au moment où Mr Devon vient de prononcer sa phrase bien mystérieuse sur le « supramental », nous évoquions le cas d’Aurobindo Ghose.

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Aurobindo Ghose, poète, philosophe et partisan de l’indépendance de l’Inde

Il reprend, avec le souci d’être précis :

– Cet homme né à Calcutta aurait pu faire un excellent fonctionnaire dans l’Administration civile de sa majesté le Roi : fils de médecin, diplômé de Cambridge, étudiant brillant, il avait tout pour apporter des compétences recherchées dans nos services coloniaux.

Il a refusé bêtement de passer l’épreuve d’équitation qui était obligatoire pour devenir responsable dans les bureaux anglais. Il travaille maintenant comme professeur et agent de la principauté du Bengale.

Il s’est petit à petit rapproché des mouvements en faveur de l’indépendance jusqu’à devenir porte-parole de l’un d’entre eux. Sa propagande se révèle particulièrement pernicieuse et sape les fondements même de notre domination sur l’Inde.

Soupçonné d’avoir préparé des bombes (il clame son innocence), il est actuellement sous les verrous et son procès est en cours.

– Oui, et où voulez-vous en venir ?

– J’y arrive, monsieur le conseiller. Il apparaît qu’Aurobindo Ghose s’intéresse, depuis peu, au yoga, à la méditation et à la religion hindoue. Il travaille à l’avènement d’une ère de notre espèce humaine où régneraient les forces supramentales…

Je regarde mon interlocuteur avec des yeux ronds.

– Et, donc, Monsieur le conseiller, M. Ghose serait donc beaucoup moins dangereux pour nous s’il devenait un illuminé complet. Il a l’air d’être en bonne voie. A condition qu’il quitte notre territoire, nous arrêterions nos poursuites.

– Vous voulez donc qu’il soit accueilli à Pondichéry ou Chandernagor ? 

– Disons que s’il trouve à se cacher chez vous, notre gouvernement apprécierait que… vous le gardiez ! Vous verrez, il parle un excellent français.

Je clôture la fiche concernant Aurobindo Ghose par ces quelques lignes un peu ironiques :

 » Opposant indien à la couronne britannique, philosophe et poète, a priori beaucoup moins violent qu’un ouvrier gréviste métropolitain de la Cgt face à un régiment de dragons : lui délivrer un laissez-passer.  »  

15 mars 1909 : Ce roi qui aime la France

Les Français aiment les têtes couronnées et ne les tranchent qu’en dernier recours. Notre troisième République fatiguée de querelles parlementaires sans grandeur, des misérables combats de territoires entre chefs de bureaux et d’une finance décérébrée, se tourne volontiers vers les souverains étrangers, surtout quand ceux-ci savent la prendre, la faire rêver et lui parler avec douceur.

Edouard VII, rejeton réputé sous-doué d’une austère reine Victoria toute puissante, qui a attendu l’âge de 60 ans pour régner après avoir été rabaissé toute sa vie par les méprisantes sphères dirigeantes britanniques, est devenu la coqueluche des Français.

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Edouard VII, surnommé au choix Tum-Tum, Gros-Bide ou Berthie aime passionnément la France qui le lui rend bien…

Ah, le bon roi, devenu obèse, surnommé « gros bide », nous connaît bien ! Nos vins, nos cabarets, nos femmes galantes, nos théâtres, nos parties de chasse… plusieurs fois par an, depuis longtemps, il vient rire et s’encanailler à Paris ou en province, un gros cigare au bec, loin de la vertueuse Angleterre puritaine et sans doute un peu hypocrite.

Après l’incident grave de Fachoda, il a travaillé à donner une meilleure image de son pays à nos compatriotes. Lors d’un voyage remarqué dans la capitale en 1903, il a rendu un hommage appuyé à une comédienne aimée du grand public  et, grâce à une bonté et une chaleur communicative, a fait progressivement la conquête de foules qui l’avaient accueilli au départ avec des cris comme « vive Jeanne d’Arc ».

Edouard VII demeure le vrai père de l’Entente cordiale, celui qui a vengé sa femme danoise outrée de voir son pays croqué partiellement par la famille de son brutal neveu, le Kaiser Guillaume II.

Il vient nous rendre visite incognito à Paris à partir de demain. Cinq policiers en civil de la Sûreté, auxquels je viens de remettre leur ordre de mission, avec quelques recommandations, assureront une surveillance prévenante et discrète de tous ses déplacements.

La République protège le roi.

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Edouard VII passe en revue ses Highlanders

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