9 et 10 octobre 1910 : Vers la grève ?

Les syndicats sont remontés comme des coucous. En quelques jours, la situation sociale du pays s’est tendue sans que nous ayons vu les choses venir.

Épisode 1 : Le congrès de la Cgt à Toulouse s’est soldé par une gifle envoyée à la tête du gouvernement. Rien ne trouve grâce aux yeux des leaders cégétistes. L’arbitrage obligatoire, la capacité civile proposée aux syndicats, les retraites ouvrières et le contrat collectif de travail se voient refusés en bloc. Les congressistes vocifèrent contre Briand, hurlent contre les ministres « vendus au patronat » et ricanent à chaque fois qu’un chef de file modéré tente de faire entendre sa voix.

Épisode 2 : Pour un franc cinquante refusé par leur compagnie, les ouvriers (coketiers et monteurs) des Chemins de fer du Nord ont commencé à débrayer. Pour l’instant, la circulation des trains n’est pas affectée mais on voit mal comment les motrices vont pouvoir acheminer longtemps des voyageurs si elles ne sont pas approvisionnées en charbon.

800px-1.1286631276.JPG

Le dépôt de la Plaine-St-Denis appartenant à la Compagnie des Chemins de fer du Nord

Épisode 3 : Je suis chargé, depuis hier, par Aristide Briand de faire le lien avec les autorités militaires pour que la grève ne s’étende pas. Le colonel du 5ème régiment du génie de Versailles ne cesse donc de m’indiquer, heure par heure, au téléphone, comment ses sapeurs, spécialisés dans les chemins de fer, prennent progressivement la place des grévistes au dépôts de la Chapelle et de la Plaine-Saint-Denis.

Épisode 4 : Réunion de crise, ce soir, place Beauvau. Les principaux ministres concernés examinent ensemble comment faire obstacle à un éventuel arrêt de travail généralisé des cheminots.

A suivre…

____________________________________________________

Pour voir une vidéo très bien conservée des événements d’octobre 1910 : on a l’impression de « rentrer » dans les événements décrits et les personnes filmées nous paraissent tellement proches !

8 octobre 1910 : Claudel entre odes et rapports

Paul Claudel fait partie des fonctionnaires dont je suis la carrière avec attention. Ses demandes de mutation, d’évolution passent entre mes mains et je fais en sorte que ses missions n’handicapent pas son œuvre créatrice.

Consul suppléant à Boston en 1893, gérant de consulat à Boston en 1894, il passe ensuite quinze années en Chine. Un pays qui le marque profondément : Shangaï, Hankeou puis Fou-Tcheou. Il agit en faveur des missions catholiques et contribue à la préservation du patrimoine architectural de cette immense nation.

claudel.1286482914.jpg

Le consul Paul Claudel

Dans la journée, vissé à sa table de travail, il écrit des rapports, rend des notes, se concentre sur l’obscure vie diplomatique : « je tâche de gagner mon argent » : « je suis payé » me dit-il souvent.

Le soir, lui qui n’aime pas la vie mondaine, il s’enferme pour écrire.

Il vient d’achever ses Cinq grandes Odes : L’Esprit et l’eau, le Magnificat, La Muse qui est la Grâce et la Maison fermée. Au fil des lignes et des vers, nous partageons l’extase lyrique et la foi d’un poète qui nous associe à sa recherche du beau. Inspiré par sa rencontre avec Rosalie Vetch, son amour interdit, il célèbre la femme et sublime son désir pour elle. Il nous livre des poèmes rythmés, emplis d’une mélodie provoquant une émotion sincère :

« Point de contorsions : rien du cou ne dérange les beaux plis de ta robe jusqu’aux pieds qu’elle ne laisse point voir !
Mais je sais assez ce que veulent dire cette tête qui se tourne vers le côté, cette mine enivrée et close, et ce visage qui écoute, tout fulgurant de la jubilation orchestrale !
Un seul bras est ce que tu n’as point pu contenir ! Il se relève, il se crispe,
Tout impatient de la fureur de frapper la première mesure ! »

Je range ces lignes à côté des rapports venant du nouveau consul de Prague. Un certain Paul Claudel.

________________________________________________________________

Pour en savoir plus sur Paul Claudel à Prague, rejoignez les amis du site « Il y a un siècle » !

5 octobre 1910 : Le soleil se lève sur le Portugal

« Là-bas, ce sont les écrivains qui prennent le pouvoir ! »

Aristide Briand est ravi de ce qui se passe au Portugal. La royauté vient d’y être renversée et la république instaurée. Teofilo Braga, poète, historien de la littérature, a pris la tête de l’Etat à Lisbonne.

Va-t-il mettre fin à la corruption ambiante ? Conduira-t-il les réformes qu’il annonce jusqu’au bout ?

Le Portugal a besoin d’un Etat central moins étouffant, d’une réforme fiscale conduisant à des prélèvements obligatoires plus équitables, d’un assainissement des dépenses publiques et d’un enseignement repensé et modernisé.

portugal.1286255305.jpg

Tout un peuple est lassé des humiliations subies en matière coloniale -vis-à-vis de l’Angleterre notamment –  et c’est toute une Nation qui a besoin d’un nouveau projet et d’un rêve collectif.

Comment parvenir à cela sans tomber dans des débats parlementaires infinis et stériles ? Comment éviter l’affrontement entre deux Portugal : l’un très catholique, attaché à la prédominance de l’Eglise et un second plus laïque, hostile aux congrégations et favorable à une libéralisation des mœurs ?

Teofilo Braga va devoir laisser un temps sa plume alerte et ses chers poèmes pour résoudre ces équations politiques et sociales complexes.

En attendant, l’Europe compte enfin une république de plus qui inspire chez nous un élan de sympathie.

Le jeune roi Manuel II part en exil en Angleterre pendant que Paris offre ses services pour aider le nouveau régime de Lisbonne. 

Comme disent les Portugais : « Quand le soleil se lève, il se lève pour tous. »

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑