18 décembre 1907 : Gustav Klimt ; aucune femme ne résiste à ce génial solitaire

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Gustav Klimt 025.jpg Klimt :  » L’Amour « 

Visite en fin d’après midi à Gustav Klimt. Légende vivante.

A l’origine du mouvement de « Sécession  » par rapport à l’art officiel prôné par l’Académie des beaux-arts, il y a dix ans, en 1897, il est aussi celui qui a quitté cette tendance en préférant rester seul à partir de 1905.

Le succès de la Sécession lui revient principalement. Visions oniriques et irréelles, promotion de la féminité et de l’érotisme, volonté de propagation dans la population d’un art global et omniprésent, cette démarche a su rencontrer son public à Vienne mais aussi dans tout le monde occidental.

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Affiche de Klimt pour la Sécession

Les toiles de Klimt se vendent dans la noblesse et la grande bourgeoisie autrichienne mais commencent aussi à intéresser les marchands d’art des autres pays.

Sonja Knips me présente un homme barbu au front dégarni. Il est vêtu d’une longue robe de bure sous laquelle – m’a-t-elle indiqué discrètement, avant de venir et dans un sourire – il serait … nu.

L’artiste vit avec ses maîtresses et ses chats. Solitaire, il ne fait guère attention à notre venue.

La baronne Knips m’indique que Klimt pourrait encore plus éveiller le scandale qu’il ne le fait déjà, si les familles des filles et femmes de la haute société savaient dans quelles conditions il réalise leurs portraits si recherchés.

Dans le secret de son atelier, Klimt peint d’abord ces belles dames … en les dénudant et en leur proposant des positions sensuelles voire très équivoques.

Puis, il les habille, sur sa toile, comme des déesses et les enchâsse dans de magnifiques motifs dorés et décoratifs où prédominent les courbes, les spirales avec des allusions à l’Antiquité et à la mythologie.

L’honneur est sauf et chacun y trouve son compte. Le grand bourgeois de mari retrouve dans l’oeuvre finale qu’il achète fort cher, les motifs d’art nouveau qu’il aime tant et la belle dame, encore rougissante, rentre chez elle en ayant le sentiment d’avoir connu une aventure un peu …unique !

Gustav Klimt 039.jpg Klimt  » Judith I « 

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Klimt,  » Le Théâtre de Taormine « 

17 décembre 1907 : Sous le charme de Sonja Knips

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Sonja Knips par Gustav Klimt

Sa beauté n’est pas classique. Elle ne fait pas partie des jeunes blondes viennoises aux yeux clairs, à petit nez retroussé et aux traits réguliers.

Sa chevelure est dense, avec des boucles aux reflets roux. Son port de tête altier rappelle qu’elle est baronne, épouse d’un grand industriel.

L’Ambassadeur de France m’a indiqué que c’était elle dont je devais faire connaissance si je voulais connaître les meilleurs peintres viennois.

La baronne Sonja Knips m’a accueilli chez elle, dans un décor fait de meubles luxueux où chaque mur accueille une toile choisie avec goût.

knips4.1197838088.jpg Sonja Knips rajeunie

Elle s’exprime dans un français impeccable comme toutes les dames de la haute société viennoise.

Doucement, elle me raconte sa maladie des nerfs, sa tristesse infinie, son envie de mourir d’il y a dix ans. Puis, sa guérison récente au contact notamment du peintre Gustav Klimt.

Une photographie prise d’elle dans les années 1890 montre une femme qui paraît plus vieille que la belle baronne qui m’accueille aujourd’hui.

Elle a rajeuni. Son regard dégage maintenant une impression de force et scrute son interlocuteur pour l’obliger à donner le meilleur de lui-même.

Elle me propose de ne pas trop parler politique internationale et guide notre conversation jusqu’à un dialogue passionnant sur l’art et la culture viennoise.

 » Bienvenue Monsieur le Français dans un monde qui meurt dans une valse infinie et triste. Vienne n’a plus la force de rester dans la course du XXème siècle qui s’annonce. Notre culture monarchique, nos traditions, notre émiettement entre nations rivales, nous fragilisent face à un avenir très industriel, où la science permettra à quelques peuples puissants et très organisés de dominer les autres.

Pour échapper à une fin tragique qui nous paraît proche, pour ne pas avoir à observer avec horreur les comportements de notre maire de Vienne qui flatte les bas instincts du peuple, nous sommes quelques-uns dans la bonne société à nous réfugier dans l’Art. Nous soutenons les peintres qui nous emmènent loin de ces soucis et nous proposent un reflet merveilleux de nous-mêmes.

Savez-vous qu’avec Klimt, les femmes sont choyées, très désirables et dominent le monde ? Ivres de plaisir, elles vivent dans un univers irréel et onirique où rien ne peut les atteindre de ce monde qui s’effondre.

Monsieur le Français, devrais-je dire  » Monsieur l’envoyé du Président du Conseil de la France  » (elle détache chaque syllabe, avec une pointe d’ironie, en accentuant son charmant accent germanique) si vous n’êtes pas trop timide; me ferez-vous le plaisir de m’accompagner, demain dans l’après midi, voir Gustav Klimt ? « 

Dans un souffle, conquis par le rayonnement envoûtant de la belle baronne, je me suis entendu répondre :   » Oh, oui … « .

16 décembre 1907 : Mahler a quitté Vienne

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Gustav Mahler

J’espérais le rencontrer, le voir au moins une fois. Sa réputation de chef d’orchestre dur,  intransigeant mais génial, est parvenue jusque dans les milieux musicaux parisiens.

Il fait répéter ses orchestres jusqu’à l’épuisement, traquant chaque imperfection, chaque interprétation trop  » paresseuse  » de tel ou tel soliste. Le résultat final en vaut la peine et le public se presse pour entendre ses interprétations qui bousculent les traditions.

Il aime les orchestrations brillantes ; on le croit romantique mais il surprend tout le monde par son audace qui le fait aller beaucoup plus loin que ce que Beethoven avait pu imaginer en son temps.

Son assistant, Bruno Walter, avec lequel j’ai passé une fin d’après midi libérée, me le décrit comme  » petit, maigre, agité, avec un front immense, une crinière noire, des lunettes pétillantes, un visage que se partagent le chagrin et l’amour « .

Mais je ne pourrai voir Gustav Mahler.

En butte aux attaques répétées d’une certaine presse viennoise antisémite, il a dû quitter précipitamment ses fonctions de directeur de l’Opéra de Vienne.

Un simple mot d’explication de sa part, placardé sur la porte de l’Opéra, mot déchiré peu après par un passant. Affligeant, dérisoire. Ce grand homme doit s’abaisser à expliquer son départ alors que certains viennois devraient avoir honte d’écrire de tels articles dans leurs journaux nauséabonds.

L’Opéra de Vienne

Malher a rejoint les Etats Unis. Pays plus libre, plus ouvert. Bruno Walter me raconte qu’il tente de rejoindre une terre qui ne boudera pas ses propres oeuvres et qui le considérera comme un vrai créateur et non comme un simple chef d’orchestre.

1907 a été une année de douleur pour le maître. Il a perdu sa fille aînée emportée par la diphtérie. Il a aussi appris qu’il était atteint d’une maladie cardiaque incurable.

Il est temps qu’il quitte une ville qui ne l’aime plus. S’il n’a que quelques années devant lui, il faut qu’il fasse des choix et se consacre à l’essentiel.

Bruno Walter me certifie que ses symphonies qui reçoivent toujours un accueil mitigé, révèlent un talent hors du commun.  » On y trouve des mélodies que chacun peut fredonner, une polyphonie jamais égalée jusque-là, des rappels du folklore allemand, des débuts de marches militaires coupées par des adagio poignants. Tous les sentiments de la vie sont tour à tour exprimés grâce aux cordes, , aux trompettes, trombones, cymbales et timbales que Mahler aime tant.  » 

Comme tous les Français, je n’ai pas la chance d’avoir pu écouter une seule de ces symphonies. Je dois me contenter de lire les partitions que me tend Bruno Walter. Passionné de musique, ces notes écrites avec fougue par le maître me parlent tout de même; je rêve pourtant du moment où nos orchestres nationaux joueront -enfin ! -cette oeuvre très originale, qui charmera notamment les inconditionnels de Beethoven ou de Wagner.

15 décembre 1907 : Mission secrète à Vienne

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Le Palais impérial « Hofburg » à Vienne

 » Vous parlez allemand ? Vous aimez la diplomatie parallèle ?  » J’ai à peine eu le temps de bredouiller  » oui, euh… » que le ministre a ajouté : « Vous partez pour Vienne ce soir ! « .

Me voici donc pour plus d’une semaine dans la capitale de l’Empire austro-hongrois. Ma mission consiste à prendre langue avec différents dirigeants réputés « abordables » de l’Empire pour tester la solidité de l’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne.

Je suis l’envoyé personnel de G. Clemenceau et je dois agir discrètement afin que Stéphen Pichon, ministre en titre des Affaires Etrangères français, ne prenne pas ombrage de cette manoeuvre.

Les autres propos de Clemenceau raisonnent encore dans mon esprit :  » J’ai nommé Pichon; il a déjà bien assez à faire à la Chambre avec le Maroc. Le pauvre, il en prend plein la figure ! La presse le traîne dans la boue, on le traite de menteur et de mou. Aussi, laissons lui l’Afrique et les Colonies ! Cela l’occupe pleinement. Il veut aussi réformer ses bureaux ; qu’il le fasse !  »

Stéphen Pichon Stéphen Pichon

Le  » Tigre  » a ajouté, toujours aussi sûr de lui :  » Comme Président du Conseil, il me revient de garantir la sécurité de la France. Voilà qui est vraiment important. Pour cela, il faut savoir ce que pensent les alliés de notre ennemi. Voyez à Vienne si l’Empereur suivra Guillaume II dans une aventure belliqueuse ou si l’Empire est susceptible de provoquer lui-même une guerre. Rencontrez les puissants mais ne négligez pas les grands bourgeois, les artistes, les officiers, le clergé. Ce sont eux qui font Vienne et l’Empereur François Joseph les écoute. »

Arrivé depuis avant-hier dans la capitale autrichienne, l’ambassadeur de France, mis dans la confidence et qui n’a guère d’affection pour son ministre qu’il juge inefficace, me sert de guide dans le dédale du pouvoir viennois.

Aujourd’hui, j’ai été reçu un moment par l’Archiduc d’Autriche, François Ferdinand. Héritier du trône, il me paraît beaucoup plus ouvert que nombre de dirigeants viennois. Partisan d’une plus grande liberté laissée aux slaves, il déplaît beaucoup dans les milieux hongrois.

François-Ferdinand L’Archiduc François Ferdinand

Visiblement, il ne soutient que tièdement François Joseph et lui tient toujours rigueur d’avoir voulu l’écarter de la succession au trône après qu’il se soit marié avec une femme qui n’est pas de sang royal.

Il approuve en revanche pleinement l’instauration, cette année, du suffrage universel en Autriche. Il pense que la fidélité des paysans empêchera l’accession au pouvoir, de forces hostiles à la monarchie.

Ce soir, je fréquente un bal bien ennuyeux. Pour ne pas être reconnu, je ne peux me rapprocher de mes compatriotes et suis condamné à des conversations avec des inconnus en allemand.

Pour passer le temps, je regarde les belles aristocrates et leurs magnifiques robes de cérémonie. Je regarde les privilégiés de cet Empire fragile, valser, tourner, s’étourdir.

Qui vais-je voir demain ? Cet officier prétentieux, rougeaud mais de haute noblesse qui vient de me saluer d’un petit signe de tête et danse aussi mal que sa cavalière est charmante ? Ou vais-je devoir revenir vers ce fonctionnaire de la Police un peu trouble qui m’escorte, sur ordre de son gouvernement et qui me promet de me faire rencontrer « ceux qui dirigent vraiment le pays » ? J’espère ne pas passer le temps précieux qui me reste avec seulement des militaires et des bureaucrates qui ressemblent tant à ceux que je fréquente à Paris !

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Wilhelm Gause « Hofball à Vienne »

12 décembre 1907 : Que se passe-t-il au Congo ?

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Je viens de lire un texte terrible sur ce qui semble se passer dans le Congo dirigé par nos voisins belges :  » King Leopold’s Rule in Africa  » de E.D. Morel.

Ce que je lis me fait honte pour les hommes blancs colonisateurs que nous sommes.

Il est évoqué, dans ce pays sous gouvernement direct du Roi, un système très organisé de travail forcé permettant la production de l’ivoire et du caoutchouc.

Pour permettre le transfert de population vers les zones de production, sont pratiqués des déplacements massifs de familles entières entre provinces.

Des villages se vident de leurs habitants et d’autres connaissent le surpeuplement et la famine.

Victimes de mauvais traitements de la part de l’administration coloniale ( » la Force Publique » ), on ne compte plus les blessés ou les décès par épuisement.

L’opinion publique européenne commence à être sensibilisée sur cette situation. Des écrits de Mark Twain, de Arthur Conan Doyle viennent compléter le document de E.D. Morel.

Le Roi des Belges Léopold II oscille entre une reconnaissance sincère de la situation générant des mesures correctrices et la dénégation farouche.

Contrairement à certains officiels belges, je ne crois pas que tout ce qui s’écrit sur le Congo vient d’un complot britannique contre le Royaume de Belgique.

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Nous autres Français, devons rester modérés dans nos critiques. Les échos qui me parviennent sur les conditions de notre domination sur Brazzaville et le Congo français montrent que Paris ne semble guère plus humain que Bruxelles dans le traitement réservé aux ethnies locales.

Tout cela me fait penser à ce long récit, « Au Coeur Des Ténèbres », de Joseph Conrad. L’écrivain évoque ce jeune officier qui remonte un fleuve africain à la recherche d’un collecteur d’ivoire fascinant mais sombre, dont on est sans nouvelle, Kurtz.

Au fur et à mesure de son périple, l’officier, embauché par une compagnie commerciale belge, s’éloigne de toute civilisation et rencontre une humanité de plus en plus sauvage et primitive. Il s’enfonce au coeur de l’Afrique mystérieuse et découvre cette part obscure et cachée de l’homme.

Je me demande si la colonisation n’est pas un long voyage de tout l’Occident  » au coeur des ténèbres ». Expédition sans retour où nous risquons de perdre notre âme.

11 décembre 1907 : R. Kipling, prix Nobel de littérature

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Une des premières éditions du Livre de la Jungle

Par l’attribution du prix Nobel de littérature à Rudyard Kipling, l’académie suédoise consacre un grand écrivain, qui sait faire revivre pour nous ses rêves d’enfants. On ne peut qu’apprécier ce francophile, grand fumeur de pipes, qui a lu et relu Jules Verne.

Ses écrits nous plongent dans ce monde indien qu’il admire profondément ou dans la jungle obscure où l’on accepte de se faire guider par sa plume alerte.

Nous avons tous en tête  » Le Livre  de la Jungle « , recueil de contes animaliers et anthropomorphiques où le petit Mowgli, enfant élevé par des loups au milieu des bêtes sauvages rejoint finalement le monde des humains.

Quelques réflexions sur ce prix Nobel :

– Pour la première fois, c’est un écrivain anglo-saxon qui est élu; doit-on y voir un signe des temps et la confirmation de la suprématie de la culture britannique ou américaine (le Livre de la Jungle a été écrit lorsque Kipling séjournait aux USA) ?

– le succès des livres de Kipling reflète notre attirance grandissante pour un monde primitif jugé rude mais pur ou pour des colonies rêvées, bien éloignées de celles que nous pouvons connaître ; autrement dit, Kipling aime nous dépayser, nous plonger dans une société dont la culture nous échappe et dans un univers éloigné de la vie urbaine occidentale ;

– le Livre de la Jungle marque notre intérêt pour la nature mais aussi la relation difficile que nous avons avec elle : Braconnage, coupe massive des arbres, cruauté humaine envers les animaux ;

– je ne suis pas sûr d’être d’accord avec Kipling quand il écrit : La colonisation des « peuples agités et sauvages » est le « fardeau de l’homme blanc » ; quand je lis ses livres où transparaît une grande admiration pour l’Inde et une vraie identification au peuple indien, je me demande si cet écrivain populaire est, en fait, aussi impérialiste que certains de ses propos ne le laissent penser. Il rêve de colonies… mais pas celles qui existent et garde un vrai respect pour les peuples de ces territoires ;

– Kipling qui a eu une enfance malheureuse quand sa famille qui vivait en Inde l’a envoyé parfaire son éducation en Angleterre, sait trouver les mots justes pour ravir nos chères têtes blondes ; le regret d’une enfance qu’il n’a jamais eu, lui donne une force immense pour écrire des romans inventifs, attachants, qui bercent et raviront encore longtemps des millions d’enfants de tous les continents.

Chapeau bas, Sir Kipling !

Rudyard Kipling.jpg Rudyard Kipling

9 et 10 décembre 1907 : Les  » Bambini  » de Maria Montessori

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W-A Bouguereau « Enfant Tressant Une Couronne »

Comment éduquer nos enfants ?

Chacun a une réponse et si nous voulons nous fâcher avec nos meilleurs amis, il suffit de dire que nous n’approuvons pas leurs méthodes.

Si la liberté est de mise dans le cercle familial, il faut bien en revanche arriver à une norme pour l’école de la République.

Lire, écrire, compter, aimer sa patrie. Il est bon que tous les petits Français apprennent ces savoirs essentiels. Depuis trente ans, les petits campagnards comme les enfants d’ouvriers sont tirés de l’ignorance grâce à l’Ecole Publique, héritière de Jules Ferry.

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W-A Bouguereau « La Leçon Difficile »

Il est intéressant d’observer les nouvelles méthodes qui se mettent en place dans d’autres pays que le nôtre.

Un journaliste, correspondant à Rome, rencontré dans une soirée hier soir, me fait part des expériences lancées par Maria Montessori, dans un quartier populaire de la ville des Papes.

La  » Casa dei Bambini  » , accueille, depuis cette année, les rejetons des habitants du quartier pauvre San Lorenzo.

Dans cet endroit qui doit être pour les enfants un lieu de rêve, les petits êtres sont écoutés, observés et développent leurs connaissances à leur rythme.

Les parents sont les bienvenus. Ils aident l’institutrice à garantir une bonne hygiène des enfants.

Maria Montessori.jpg Maria Montessori

Je suis frappé par les différences entre cette méthode originale et ce que nous pratiquons dans nos écoles de la III ème république.

Les petits  » bambini  » ne sont ni punis ni battus quand ils ne comprennent pas. On ne les force pas à apprendre et les enseignants les entourent d’un grand respect.

Maria Montessori part du principe que l’enfant est   » fait pour apprendre « . Il suffit d’attendre le bon moment, celui où il est le plus réceptif.

Sa sensibilité propre ne le porte pas vers tous les types de savoirs au même moment. Il faut savoir patienter pour que chaque enfant puisse se tourner vers eux au moment où sa personnalité l’invite naturellement à le faire.

Arrivés à l’âge adulte, nous, Français, sommes nombreux à nous plaindre de la trop grande sévérité de certains maîtres pendant notre scolarité. Les coups de règle sur les doigts, les séances au coin avec un bonnet d’âne, en ont marqué plus d’un.

Pour autant, doit-on adopter les méthodes très (trop ?) souples de Maria Montessori ? N’est-ce pas passer d’un extrême à l’autre ?

En attendant de répondre à cette question, il est plaisant de savoir que Maria Montessori est … fille de militaire.

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) - A Calling (1896).jpg W-A Bouguereau « La Vocation »

8 décembre 1907 : Quand il pleut, enfermons-nous dans la Chambre Jaune !

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Joseph Rouletabille, initialement appelé « Boitabille » . C’était en fait le vrai nom d’un journaliste qui a protesté et a obtenu cette évolution du patronyme de notre héros.

Une intrigue intellectuellement séduisante, un bon suspens, de l’humour et pourtant, je reste un des rares réfractaires au livre de Gaston Leroux,  » Le Mystère de la Chambre Jaune « .

Quand je discute avec mes collègues de ce feuilleton paru cette année dans le journal « L’Illustration », je suis certes obligé de me ranger à tous leurs arguments.

Oui, l’intrigue et la construction de l’histoire sont ingénieuses. Comment un meurtre peut-il se produire dans une pièce restée hermétiquement close ?

Oui, le héros est sympathique et ô combien intelligent. Oui, l’histoire nous délasse en nous éloignant des vicissitudes de la vie quotidienne.

« Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat » ; cette phrase mystérieuse ne peut rapprocher ce roman de l’ambiance que sait créer Maurice Leblanc et son Arsène Lupin.

Pour tout dire, je trouve l’histoire un peu vaine. La construction très cérébrale du roman finit par m’agacer. Des goûts et des couleurs….

Gaston Leroux a une plume alerte d’ancien chroniqueur judiciaire. Lorsqu’il y a quelques années, il relatait les procès des anarchistes poseurs de bombes, nous le lisions avec plaisir. J’ai eu l’occasion de le croiser une fois ou deux aux réceptions de l’ambassade de Russie. Envoyé spécial dans ce pays pendant un an, il raconte à qui veut l’écouter, avec talent, l’écroulement progressif de l’Empire des tsars.

Maurice Leblanc, Gaston Leroux…ces auteurs nous donnent du plaisir dans des feuilletons qu’ils savent construire minutieusement pour nous tenir en haleine.

Grâce à eux, la Presse cesse, quelques instants, d’être (trop) sérieuse et nous emmène sur les chemins de la détente et du divertissement.

A quand la rencontre entre Rouletabille et Arsène Lupin ? Qui gagnera entre ces deux esprits originaux ?

Je suis sûr que la fantaisie de Lupin l’emportera sur l’esprit méthodique et raisonneur de Rouletabille.

Au bureau, les avis sont partagés. Des débats enflammés ont lieu sur ce sujet, pendant les heures de travail, entre les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur.

Et pendant ce temps, les (vrais) cambrioleurs courent toujours !

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Gaston Leroux, journaliste, grand reporter, écrivain.

6 décembre 1907 : Picasso, des nus qui annoncent l’orage ?

  

L’Art africain influence  » Les Demoiselles d’Avignon  » , tableau appelé de sa création en 1907 jusqu’à 1916  » Le Bordel d’Avignon « 

Le Jugement de Pâris

« Le Jugement de Pâris », par Raphaël, dont la partie gauche inspire le tableau de Picasso

Un tableau qui fait mal, une toile qui fera date ?

  » Le Bordel d’Avignon  » , révélé cette année par le talentueux Pablo Picasso surprend et dérange.

Ces jeunes femmes nues n’ont rien d’attirant. On ne sait si les visages grimacent de douleur ou portent les traces d’une maladie honteuse. Certains sont affublés d’un masque africain. Les corps ont des formes anguleuses, déformées. Les lignes sont tranchantes et les couleurs agressives. La perspective disparaît et jette sans ménagement les corps sur le spectateur.

Le galbe féminin cède la place à des cubes qui se juxtaposent et nous éloignent de toute réalité rassurante.

Le tableau fait scandale dans le petit groupe qui gravite autour de Picasso. Beaucoup regrettent que le peintre ait à ce point privilégié la recherche formelle, l’expérimentation, aux dépens de la grâce et de l’esthétique.

Ce tableau suggère-t-il que le monde de la nuit, de la prostitution est beaucoup plus violent qu’on le croit ?

Ou faut-il y voir un message sur la dureté des rapports humains, de la condition des femmes et sur l’agression des corps par les maladies fréquentes de notre époque comme la syphilis ?

Pour ma part, je verrais plutôt une inquiétude sur notre siècle qui commence. La douceur de vivre, l’Art, le Beau, peuvent être emportés à tout moment par le déchaînement des passions humaines servies par des machines infernales qui écrasent et mutilent.

L’être humain -et jusque dans l’intimité de son corps – se plie aux réalités industrielles symbolisées par les formes cubiques triomphantes.

La souffrance des uns ne provoque aucune compassion des autres ; les regards se détournent, restent fixes, vides de sentiment. On grimace, on met des masques, nous sommes dans le faux. L’individu n’a plus de repère et d’appartenance.

Le geste féminin, habituellement gracieux, des « bras levés » ne révèle pas des corps qui s’offrent au plaisir mais une attitude mécanique et vide de sens.

Il faut voir dans ce tableau ce que pourrait devenir ce siècle qui commence : un vrai cauchemar.

L'ancien Palais du Trocadéro , pendant l'exposition universelle de 1900

L’ancien Palais du Trocadéro, présentant en 1907, des objets d’art africains qui fascinent Picasso.

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Autre source d’inspriration de Picasso, « Les Baigneuses  » de Cézanne

5 décembre 1907 : August Macke fait revenir l’été !

August Macke 043.jpg August Macke 

Il est jeune, il a du talent.

Encore méconnu, il fait parti de ces peintres étrangers qui viennent en France pour approfondir leurs connaissances.

August Macke est allemand. Très influencé pendant ses années d’apprentissage académique par Arnold Böcklin qu’il qualifie de  » peintre des pensées « :

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…Arnold Böcklin ? Vous ne vous rappelez pas ? Il est plus connu grâce à ce tableau (L’île des Morts) !

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Notre jeune peintre allemand August Macke qui ne supporte plus les enseignements  de l’académie de Düsseldorf ou les cours de Corinth à Berlin vient de découvrir avec joie les toiles des Impressionnistes.

Lors de son séjour récent à Paris, je l’ai accompagné au Luxembourg pour lui montrer nos récentes gloires nationales : Degas, Manet, Pissaro ou Monet. Il les apprécie tous mais se promet de s’inspirer plutôt de Manet.

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Manet,  » Le Chemin dans le Jardin à Rueil « 

Il est séduit par les brillantes palettes de couleurs des peintres impressionnistes.  La contemplation de leurs oeuvres lui donne la possibilité de  » sortir d’un cratère », pour reprendre ses termes. Quand j’observe le tableau de Böcklin reproduit plus haut, je me dis qu’il était effectivement temps que notre jeune talent germanique rejoigne la lumière du soleil et choisisse des motifs plus gais.

Le résultat est encourageant. Nous n’avons pas encore une personnalité qui s’exprime franchement mais le trait est déjà sûr. Les formes, les motifs révèlent une volonté de simplicité et de calme. Chaque toile laisse une impression de sérénité.

August Macke a emporté avec lui le goût des coloris de nos artistes français. Il a ajouté un peu de naïveté et la volonté de jouer sur une gamme chromatique plus réduite avec une couleur toujours dominante.

Un peintre à suivre. Surtout en hiver, il réchauffe et repose !

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 » Baum im Kornfeld » d’August Macke

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 » Angler am Rhein  » d’August Macke

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