28 novembre 1907 : Campagnes, la fin des veillées ?

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Nous, les Parisiens, sommes souvent des provinciaux par nos attaches familiales. Nous gardons des contacts avec nos régions d’origine : Bretagne, Normandie, Auvergne, Sologne …

Nous préservons aussi dans un coin de notre coeur la nostalgie de tel ou tel aspect de la vie de nos villages.

Et nous sommes peinés quand nous constatons le déclin voire la disparition de traditions que nous aimions.

Il en va ainsi des veillées. Ces moments chaleureux associaient dans une grange, une étable ou une cave, trente à quarante villageois, voisins, frères ou cousins, des plus jeunes aux plus vieux. On chantait, on buvait, mangeait des chataignes ou des noix.

Les plus anciens échangeaient des souvenirs de guerre. Les enfants écoutaient, ébahis, des contes fantastiques destinés à parfaire leur éducation.

Les jeunes gens arrivaient à s’isoler pour  » roucouler  » ensemble. Les filles prêtes à marier préparaient leur trousseau.

Chacun échangeait sur l’actualité du village et sur les travaux à organiser de façon collective.

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Les femmes qui organisaient ces veillées d’antan doivent maintenant s’effacer devant l’essor des cafés et des cabarets.

Depuis la loi du 17 juillet 1880 qui supprime les autorisations préalables, ces lieux de boissons et de jeux, connaissent un développement considérable. On en compte parfois cinq à dix pour des villages de 500 âmes !

En outre, les jeunes commencent à utiliser la bicyclette et donc élargissent leurs possibilités de rencontre, sans avoir besoin des veillées.

Celles-ci disparaissent donc au profit de longues soirées au café, des bals ou des réunions festives n’associant que les jeunes.

Les hommes jouent aux cartes. Cézanne les a immortalisés. Et les femmes dans tout cela ? Doivent-elles attendre les bals pour sortir ?

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  » Les joueurs de cartes  » , par Cézanne

20 novembre 1907: L’odeur du sang

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 » Le Vampire  » par Edvard Munch

Nous vivons à une époque paradoxale. Jamais les rapports humains n’ont été aussi policés. Jamais l’idée de paix n’a fait autant de progrès. Jamais les droits de chaque homme n’ont été aussi préservés par la Loi.

Pour autant, le monde de l’Art et des Lettres imagine des rapports humains bien barbares. Et le public en redemande !

J’en veux pour preuve les vampires et le mythe de Dracula. Ce  comte roumain du XVème siècle ne se doutait sans doute pas de la célébrité qui allait être  la sienne quatre siècles plus tard.

Pourquoi un tel succès du livre de Bram Stoker qui ne cesse d’être réédité depuis dix ans ?

Fascination pour les pouvoirs surnaturels ou attirance pour la transgression ?

Que ce soit dans le tableau de Munch ou celui de Burne-Jones, on ne peut qu’être frappé par le plaisir que semble prendre la victime du vampire et l’abandon dont elle fait preuve.

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 » Le Vampire  » par Philip Burne-Jones

L’Angleterre tourne le dos à la pesante morale victorienne et entraîne le reste de l’Europe dans son sillage.

Je repense au livre du docteur Freud sur les rêves. Ces oeuvres d’art confirment son intuition :  Le sexe et l’inconscient humain ne font pas forcément bon ménage avec une morale pudibonde. Et si l’homme ne peut réaliser ses désirs inavoués, il aura recours au rêve ou à l’oeuvre d’art.

Drôle d’époque:

On réclame plus de sergents de ville dans les rues, plus de protection contre tous les risques de la vie ; on s’efforce de faire preuve d’une politesse exquise dans les dîners.

Puis, quand on rentre chez soi, on se vautre dans ces histoires de sang et de perversité. On se délecte de ces images troublantes d’hommes soumis, de femmes offrant leur sang et de princes des ténèbres de l’âme humaine.

Deux possibilités:

– Nous traversons une époque paradoxale, qui pourrait changer un jour ;

– ou nous découvrons avec un peu d’effroi le « propre de l’homme », une partie obscure de nous-même, qui traversera les siècles ?

19 novembre 1907: Passion et vitriol au ministère

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 » La Vitrioleuse  » par Eugène Grasset

 J’ai un collègue de bureau, Victor L. assez charmeur et volage. Elégant, bien fait de sa personne, il court les salons mondains à la recherche de jeunes beautés qu’il impressionne par son humour et ses talents de pianiste.

Je l’enviais un peu jusqu’à vendredi midi. 

Au moment où nous sortions du ministère pour nous restaurer, une jeune femme tout de noir vêtue s’est précipitée sur notre  » Don Juan ministériel  » . Je n’ai pas compris tout de suite ce qui arrivait. Elle avait un flacon à la main et a crié :  » Voilà la punition que tu mérites !  » . Avant que nous ayons pu nous reculer, le malheureux a été aspergé de vitriol, cet acide qui attaque la peau de façon très rapide.

Victor, le visage fumant, hurlait de douleur et de frayeur. De façon dérisoire, il protégeait – c’était trop tard – son visage avec ses mains.

Pendant ce temps, la jeune femme en noir restait bouche bée, immobile, comme tétanisée par la violence de son acte fou.

Immédiatement arrêtée et conduite à la police, elle a reconnu être une ancienne maîtresse de Victor.

 » Je suis une de ses mille et une conquêtes. Il m’a trop fait souffrir, il doit payer !  » hurlait-elle à la face des inspecteurs qui essayaient de comprendre son geste. Puis elle partait dans des crises de larmes, en répétant de façon obsessionnelle :  » Mon Victor, mon Victor…. » .

Je suis allé voir Victor à l’hôpital. La presse qui adore ce type de scandale était déjà là. Les médecins pensent que la peau de sa joue droite restera profondément marquée par l’acide. Pourtant, Victor a eu de la chance. Il a pu s’écarter suffisamment pour que ses yeux ne soient pas atteints.

Que risque la jeune femme en noir ? Mes collègues du Palais de Justice m’indiquent que les juges sont souvent cléments dans ce type d’affaire,  » blessures volontaires à l’aide d’un liquide corrosif  » . Les avocats – certains sont spécialisés –  plaident le geste passionnel et obtiennent des peines assez faibles pour leurs clientes.

Messieurs, cessez de courir les jupons, si vous ne voulez pas perdre la face!

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Un manuel sorti l’an dernier qu’il faudrait peut-être interdire … dans les lycées de jeunes filles ? On y trouve la formule du vitriol (acide sulfurique).

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