11 octobre 1907: Voler, enfin, grâce à Mrs. ADER et BLERIOT!

 L’Avion III de Clément Ader

Les services du ministère se renseignent actuellement sur les essais de vols de machines plus lourdes que l’air.

Le ministre a eu vent des essais de Clément Ader: L’armée a demandé à cet ingénieur génial de fabriquer des engins propulsés par des moteurs à vapeur.

Il semble que les appareils construits réussissent à décoller sur quelques mètres.

Le ministère de la Guerre qui a soutenu les premiers essais semblent maintenant se désintéresser du sujet. Ceci est regrettable, pense mon ministre. En effet, il ne faudrait pas que les allemands disposent un jour d’un appareil qui permettrait de survoler notre territoire et nos armées…sans que nous soyons en mesure de riposter.

M. Ader n’a pas l’autorisation de nous donner des informations sur ses travaux, couverts par le secret militaire. Même les interpellations répétées de mon ministre, Président du Conseil, à son collègue de la Guerre, se heurtent à des réponses vagues.L’Etat major s’enferme aussi dans le mutisme.

En attendant d’en savoir plus, nous suivons discrètement (nous avons des informateurs partout) les progrès de Louis Blériot.

Son appareil équipé d’un moteur à cylindre, actionnant une hélice à quatre pales, semble promis à un bel avenir. Lui aussi décolle sur une petite distance.

Tout cela fait rêver. Un jour, nous prendrons tous  » les plus lourds que l’air » pour nous rendre où nous voulons, comme des oiseaux.

En attendant, ces machines méritent de vrais perfectionnements… pour cesser d’être des cercueils volants.

10 octobre 1907: Des autos pour la Police

D’ici la fin de l’année, j’espère voir aboutir définitivement un projet qui me tient à coeur: la mise en place des brigades mobiles de la Sûreté nationale.

L’essor de la criminalité – les bandits se déplacent en auto et osent franchir les frontières des départements (non mais!) – oblige à créer des unités motorisées dirigées par un commissaire et capables d’intervenir sur tout le territoire national dans des délais très brefs.

On n’imagine pas les obstacles qu’il faut franchir pour faire aboutir ce projet. Le ministère des Finances nous demande de nous justifier, point par point, dans de longs rapports dont nous attendons les réponses pendant des semaines. M. Hennion, le nouveau patron de la Sûreté, flic reconnu et bien vu du Ministre, reste tenace. Je suis sûr que nous allons y arriver. Je rage à chaque fois que je vois un fait divers dans la presse où l’on apprend que des gendarmes à cheval ou des policiers en vélo n’ont pas pu mettre la main sur telle ou telle crapule en automobile.

Avec la création de ces brigades, mon ministre -qui suit personnellement le dossier – pourra avoir une réputation plus flatteuse que celle de « briseur de grèves ».

  

Un modèle qui fait rêver, va à 100 km/h…nos policiers se contenteront sans doute d’un modèle plus classique.

9 octobre 1907: Les deux Tours de France

Henri Desgrange en 1892 

Illustration de Le Tour de la Francepar deux enfants

Deux « Tours de France » m’amusent.

Ils n’ont guère à voir entre eux:

Le premier est une épreuve sportive très dure. Les participants doivent, avec un vélo, faire le tour de notre beau pays, sans aucune assistance.

Le second est le livre bien connu de G. Bruno; racontant la découverte de la France par deux enfants.

J’ai eu professionnellement à « travailler » sur ces deux « dossiers »:

– L’épreuve sportive doit faire l’objet chaque année d’une autorisation par le ministère. Mon Patron se méfiant un peu des organisateurs, à la réputation d’anti-dreyfusards, le dossier arrive chaque année jusqu’à mon bureau.

L’épreuve commençant à avoir un peu de succès, il n’est pas question de s’y opposer. Pourtant, nous devons être vigilants à ce que cette course ne soit pas une occasion de critique ou de mise en cause du gouvernement.

Pour l’instant, les craintes de mes chefs paraissent infondées. Dans ma note à leur intention, j’ai indiqué que les seuls risques sont les crevaisons, les chutes ou les arrêts cardiaques!

– Quant au livre scolaire, devenu un succès de librairie, j’ai dû le lire en entier – petite récréation au frais du contribuable – pour vérifier que la nouvelle version respectait les principes de laïcité.

J’ai comparé l’ancienne version et la nouvelle. J’ai trouvé plaisant de constater que l’autocensure de l’auteur allait jusqu’à supprimer les « Mon Dieu » souvent prononcés par les enfants! Là encore, mes chefs peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Tout cela nous éloigne bien de la revanche contre la Prusse!

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