14 novembre 1907: L’amour fou chez Redon

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Petite pause autour d’une très belle oeuvre datant d’une quinzaine d’années. Regardons la bien, elle repartira bientôt chez un riche collectionneur américain.

Odilon Redon a réalisé ce pastel en hommage à l’héroïne d’un conte indien, Sita. Enlevée par le démoniaque Lanka, elle laisse des traces de son lieu d’enlèvement à son époux Rama. Prisonnière dans le ciel, elle se dépouille de ses vêtements et bijoux pour laisser des indices du lieu où elle est retenue prisonnière.

On retrouve dans cette toile des thèmes que le public affectionne de plus en plus: Le rêve, la beauté mystérieuse, l’allusion à une mythologie exotique.

Le bleu lumineux et chatoyant enveloppe et met en valeur, comme un écrin, la belle Sita. La pluie d’or qui se verse vers le sol guidera son amoureux qu’elle ne peut encore apercevoir.

Son regard est voilé d’une tristesse indéfinissable ou marque une douleur muette. Son visage, très régulier mais finalement assez ferme, lui donne un caractère androgyne.

Aussi, cette tête n’est-elle pas aussi celle de son époux? Les deux visages seraient ainsi symboliquement et inextricablement mêlés, signe d’un amour fou que l’ignoble Lanka ne peut défaire.

Par le rêve, les deux époux se rejoignent, se fondent l’un dans l’autre et laissent le « mal » disparaître dans les montagnes, au loin, gagnées par la brume humide, silencieuse et froide.

Odilon Redon, l’un des peintres fétiches des marchands de tableaux Vollard et Durand Ruel, a réalisé une oeuvre dont la cote n’a pas fini de grimper.

13 novembre 1907: Il faut sauver « L’Humanité »

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Jaurès! Ce diable d’homme a beau être le premier et plus farouche opposant de mon ministre, je ne peux m’empêcher d’avoir beaucoup de respect pour lui, teinté d’un brin d’amusement.

Respect pour cet homme droit, combattant infatigable pour l’avénement du socialisme, apôtre du progrès social, défenseur des faibles.

Léger amusement pour ce côté idéaliste manquant parfois un peu de réalisme. Avec lui, nous sommes loin des radicaux que je fréquente chaque jour!

Son journal « L’Humanité », créé il y a trois ans, continue à battre de l’aile.

Equilibrant ses comptes s’il atteint les 70 000 exemplaires vendus, il tire à peine pour le moment à 30 000.

Il faut dire que le titre en lui-même ne fait pas dans la modestie et la simplicité! Le nombre d’agrégés rédigeant les articles (on en compte, paraît-il, plus d’une quinzaine) éloigne aussi cette feuille de son public souhaité: Les ouvriers.

Force est de reconnaître que dans la rue, je vois plus les hommes en casquette sortant de l’usine se ruer sur « Le Petit Journal » racontant avec force détails le dernier crime sanglant que sur ce titre austère, quasiment sans illustration, dont le but est « la réalisation de l’humanité [qui] n’existe point encore ou existe à peine. A l’intérieur de chaque nation, elle est compromise et comme brisée par l’antagonisme des classes, par l’inévitable lutte de l’oligarchie capitaliste et du prolétariat » (éditorial de M. Jaurès  du premier numéro du 18 avril 1904).

J’ai été heureux d’apprendre que le journal, menacé financièrement cette année, va pouvoir continuer après la constitution d’une nouvelle société éditrice.

Des rumeurs courent sur les origines du financement; des hommes d’affaires, des banquiers sont cités…

Il est désagréable de voir comment certains peuvent faire naître ces bruits malsains destinés à discréditer une oeuvre portée par un homme chaleureux, pétri de socialisme…court sur pattes mais à l’âme élevée.

Un collègue du Conseil d’Etat que je croise souvent en réunion, Léon Blum, ne cesse de me dire qu’il faut lire l’Humanité… ou rejoindre ses rédacteurs. On y est en bonne compagnie: Briand, Viviani, Anatole France, Jules Renard.

La rédaction serait-elle intéressée par mon modeste journal? Ai-je des idées dignes de leurs nobles ambitions? Ma plume de fonctionnaire pressé et plongé dans l’action vaut-elle celle d’un agrégé?

12 novembre 1907: Pas de syndicat et pas de grève pour les fonctionnaires

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Je travaille actuellement sur un projet d’organisation des fonctionnaires, déposé à la Chambre, pour l’instant sans succès, qui aboutirait à mettre en place un système de « statut ».

L’idée de « statut » est née cette année dans des notes rédigées par Georges Demartial, collègue chef de bureau au ministère des colonies. Rappelons que ce dernier s’était déjà fait remarquer -en bien- en publiant en 1906 un ouvrage, « Le Personnel des Ministères », qui proposait toute une série de règles conduisant à une meilleure organisation des corps de l’Etat.

Mes chefs et moi-même sommes, en fait, farouchement opposés à tout droit de grève dans l’Administration et très rétifs à l’implantation de syndicats.

Mon ministre pense, à mon avis à juste titre, que la mise en place d’un statut, sorte de « Constitution » de l’Administration, serait un moindre mal par rapport à l’extension du droit de travail aux fonctionnaires.

Par ce statut, on peut clarifier les droits et devoirs des agents publics…et leur interdire explicitement la grève et l’appartenance à un syndicat.

Le statut permet de rappeler que les fonctionnaires ont leur sort lié à l’intérêt général et ainsi, les arrêts de travail ne peuvent être envisagés.

Le projet de loi rencontre beaucoup d’oppositions.

Les socialistes souhaitent des conventions collectives liant les agents à leur employeur Etat. Celles-ci conduiraient à la reconnaissance d’un droit à la grève et à l’émergence de syndicats.

Beaucoup d’autres parlementaires critiquent toute règle limitant le pouvoir des politiques sur les administratifs.

Quant aux grands corps de l’Etat, qui gèrent actuellement les fonctionnaires, ils ne veulent guère s’embarraser d’un statut considéré comme un « corset ».

G. Clémenceau n’est pas homme à renoncer. Il pense que les fonctionnaires qui ont des prérogatives importantes de puissance publique, doivent, en contrepartie, avoir des devoirs particuliers. Si des règles claires ne sont pas édictées, il redoute des désordres à court ou moyen terme.

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