27 février 1908 :  » Les prix flambent ! « 

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 Le  » franc or « 

 » Les prix flambent !  » Voilà une expression qui amène peu de contestations lorsqu’elle est lancée dans un déjeuner entre collègues. On peut aussi l’essayer avec ses voisins et obtenir sur le sujet un consensus rapide dans tout l’immeuble.

Et pourtant ! La Statistique Générale de France, bureau prestigieux rattaché, il y a peu, au tout nouveau ministère du travail de Viviani, apporte une vision plus nuancée du sujet.

Une première grande enquête, transmise à notre ministre, a été réalisée l’an dernier sur la consommation des Français.

– S’il est vrai que l’ouvrier, l’employé et le petit fonctionnaire continuent de consacrer bien plus de la moitié de leurs revenus à l’alimentation, ils se procurent pourtant de plus en plus de viande et ils mangent en revanche moins de pain, aliment de base du pauvre.

– Les bourgeois mobilisent moins d’un cinquième de leurs ressources pour la nourriture et investissent de plus en plus dans la rente mobilière.

– Les employés comme les bourgeois essaient de se constituer des réserves alternant dépôts en banque, achats de valeurs (emprunts d’Etat) et bas de laine (au sens propre du terme). Le franc germinal ou franc or, finalement très stable (0,32 g d’or), est conservé dans de nombreuses chaumières, maisons ouvrières ou appartements bourgeois. Chacun met de côté pour ses vieux jours. Rares sont en effet les professions où l’on peut bénéficier d’une pension.

En fait, quand on évoque la  » vie chère  » , de quoi parle-t-on ?

Chaque Français veut maintenant acheter du cacao pour ses enfants ou boire du café. On met à présent du sucre partout et les petits adorent cela. Or, ces denrées restent plus coûteuses que le pain ou la traditionnelle pomme de terre.

Les vêtements confortables en laine ou coton font reculer les blouses. Sur ces articles, là aussi, le porte monnaie est plus rudement mis à contribution qu’autrefois.

Et encore, je ne parle pas du logement. Si on souhaite  » l’eau et le gaz à tous les étages » , la petite plaque bleue si recherchée, il faut accepter d’amputer une part non négligeable de ses revenus.

En définitive, que les Français veuillent simplement se nourrir de façon variée ou qu’ils aient envie de profiter un peu des nouveaux produits ou conforts modernes, ils n’ont pas fini d’avoir le sentiment de ne pas gagner assez !

26 février 1908 : Fortune personnelle et service de l’Etat

paul-cambon.1203976204.jpg P. Cambon

Rencontre éclairante et édifiante avec l’ambassadeur de France à Londres, Paul Cambon. Il n’était pas prévu que nous parlions diplomatie mais plutôt de son parcours de haut fonctionnaire. Préfet de l’Aube, du Doubs puis du Nord, M. Cambon a eu une carrière administrative riche avant de représenter notre pays au Royaume-Uni ; il connaît donc les rouages de notre Administration.

Quand on s’entretient avec ce personnage prestigieux de notre corps diplomatique, signataire en 1904 des traités de l’Entente cordiale avec l’Angleterre, on peine à imaginer les conditions dans lesquelles il a effectué une partie de son ascension professionnelle.

Contrairement à beaucoup de ses collègues, Paul Cambon est issu d’un milieu assez simple. Sans fortune personnelle, il a eu les plus grandes difficultés à assumer la fonction de représentation dévolue à un préfet.

Il me confie en soupirant :

 » Pour faire face aux invitations destinées à m’attirer les bonnes grâces des notables locaux et organiser les réceptions et les bals attendus d’un préfet, il me manquait plus de 10 000 francs par mois dans mon traitement de fonctionnaire.

Rendez-vous compte, j’étais obligé d’emprunter l’argenterie de mes beaux parents lorsque je donnais des réceptions à la préfecture de Lille !

Comme ambassadeur, je m’en sors mieux mais uniquement grâce à la fortune de celle qui est mon épouse depuis peu, fille d’un général de Napoléon.  »

La situation n’est pas saine.

Si la fortune reste une condition pour faire face aux obligations liées à l’exercice de hautes responsabilités publiques, il restera illusoire de vouloir démocratiser l’accès aux corps prestigieux.

Et les rares représentants de milieux modestes parmi les hauts fonctionnaires , parce qu’ils sont obligés d’emprunter et/ou de faire des mariages d’intérêt, deviennent les « obligés » des aristocraties et des anciennes élites dirigeantes.

Ces mêmes élites que les gouvernements républicains successifs ont pourtant tentées d’écarter.

24 février 1908 : Prélude à l’Après-Midi d’un Faune

2008_0216_154514aa.1203169327.JPG La salle Gaveau

Concert Salle Gaveau hier soir.

Le chef d’orchestre André Messager et l’Orchestre Lamoureux nous emmenaient avec talent dans l’oeuvre de Debussy : « Prélude à l’Après Midi d’un Faune » , d’après le poème de Mallarmé.

messager.1203845893.jpg A. Messager

Sur les bords de l’Etna, dans un après-midi inondé de soleil, le Faune observe, caché dans les roseaux, les délicieuses Nymphes. La chaleur est moite et la passion monte.

La flûte enchante les jeunes déesses qui se laissent surprendre. Pendant qu’elles se soumettent avec une résistance feinte au désir du Faune, Debussy entraîne ses auditeurs dans un jeu complexe d’arabesques et d’harmonies fondues faites de cors, de harpes et de hautbois.

Les violons appelés à la rescousse rythment la scène sans que l’on sache bien si nous sommes dans le rêve du Faune ou dans celui des Nymphes finalement conquises.

Pendant le concert, je dévisageais discrètement la sulfureuse princesse de Polignac (on prête des moeurs très particulières à cette amoureuse de grande musique) assise à quelques rangées de moi. Elle restait attentive, son visage fin et intelligent n’était traversé que par quelques rares expressions de satisfaction à l’écoute de cette musique très sensuelle.

A un moment, son regard s’est tourné dans ma direction. J’ai senti un peu d’amusement dans ses yeux. Honteux d’être découvert, je me  suis plongé dans le reste du programme de la soirée: Fauré, Weber, Rimski-Korsakov, Rachmaninov. Un pur bonheur.

Lorsque nous sommes sortis, j’ai entendu quelques spectateurs qui évoquaient le tableau ayant inspiré Debussy : une toile de Boucher exposée à la National Gallery de Londres.

Pour rester dans l’ambiance magique de ce concert hors du commun, je vais aller cet après-midi contempler les oeuvres de Boucher du Louvre.

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Cette « Diane Sortant du Bain » pourrait bien capter mon attention un moment. Un peu d’imagination et je peux faire revivre ce Faune, cette force sauvage qui croit dominer la grâce et se laisse en fait submerger par son désir brûlant pour cette beauté féminine parfaite qui se dérobe au simple mortel qui s’approche.

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