July 21, 1926: Myrna Loy, A Waking Dream

« They are ruthless negotiators! It’s impossible to reach an agreement over a drink or after a good meal. Everything is hammered out in the sterile dryness of a soulless office, between two puffs of a cigarette by a young American speaking hesitant French, who has absolutely no leeway from the home office to negotiate!»

My friend Pierre-Jean de Venloo, a film producer and distributor, has just joined me at the café where we are regulars. He is still furious with the « Warner guys, » as he calls them—Hollywood’s representatives in France. The deal is simple: you buy an entire year’s worth of Warner Bros. productions. The good films as well as the duds (two-bit westerns, idiotic comedies…). It’s take it or leave it, and if you don’t want it, another French distributor will take your place.

But then, why did he sign?

Pierre-Jean lowers his voice and leans in close so as not to be overheard. His eyes light up, as if suddenly inhabited by a childhood dream or a passion burning from within. A strange silence falls. Even the other patrons in the café seem to hold their breath as my friend opens his briefcase to pull out a precious document.

« Olivier, look at this photograph of this young woman! I would cross the Atlantic for her! She is one of the heroines of a film that is currently a massive hit in the US: Across the Pacific, a somewhat far-fetched spy story set during the Philippine-American War of 1898. I’ve seen some clips, and it’s this very young actress, Myrna Loy, who has literally captivated me. »

I steal a glance at the large-format print. The heroine’s dark, magnetic eyes accentuate her makeup, giving her skin a more matte appearance. Her defiant, guarded stance—that of a rebel who will never yield—and her « island princess » attire command immediate attention.

The photograph of Myrna Loy in the hands of Pierre-Jean de Venloo, producer and distributor for Warner Bros. in France.

« You’ll see, Olivier, with this girl, I’m going to make a killing! »

Pierre-Jean has come back down to earth. He never changes, and now he is talking cash registers and projected profits. Relishing the thought and highly voluble, he informs me that he is going to retitle the film around Myrna Loy’s character (even though she only plays a supporting role) and turn her, for the French public, into a Mata Hari of the Pacific!

« You see, Olivier, in France, nobody gives a damn about the Spanish-whatever war in the Philippines! We need to invent something else. We need passion and tears, espionage and blood, women with eyes of fire, and men drawing their rifles— » Stop! I cut him off. Pierre-Jean becomes almost vulgar the moment he talks money.

I prefer to focus on the photo. That extraordinary presence of Myrna Loy. I get the impression she is moving on the print, about to lift her pouting face toward me.

Pierre-Jean leaves me. He left the photograph « with his warmest regards. »

I sip my cup down to the last drops, watching the patrons come and go in this quintessential Parisian café.

That is when a miracle happens. A young Parisian woman steps through the door, her eyes scanning the room for a friend—or perhaps her partner—whom she knows is already seated somewhere. She has regular features; her oval face is defined by large, almond-shaped eyes, a fine, straight nose, and delicately sculpted cheekbones. Her mouth, with its full, perfectly contoured lips, brings both softness and character to her harmonious features. The whole ensemble radiates an elegant beauty that is at once classic, mysterious, and timeless.

I pick up the print again and compare. I am stunned. Aside from the hairstyle, the makeup, and of course the costume, a true reincarnation of Myrna Loy has just walked in.

I set my cup down, trying not to look too flustered, lest I disturb the young lady, who is entirely blameless in this uncanny resemblance. I step out into the street, reeling, wondering if I have just been dreaming. Now, I simply cannot wait to see the film and share another magical moment with Myrna Loy!

«I pick up the print again and compare. I am stunned. Aside from the hairstyle, the makeup, and of course the costume, a true reincarnation of Myrna Loy has just walked in.»

21 juillet 1926 : Myrna Loy en rêve éveillé

« Ce sont des négociateurs brutaux ! Impossible de se mettre d’accord autour d’un verre ou après un bon repas. Tout se trame dans la sécheresse d’un bureau sans âme, entre deux bouffées de cigarette d’un jeune américain, au français hésitant, qui n’a aucune marge de manœuvre de la maison mère pour négocier ! »

Mon ami Pierre-Jean de Venloo, producteur et distributeur de cinéma, vient de me rejoindre au café où nous avons nos habitudes. Il ne décolère pas contre les « types de la Warner » comme il les appelle, les représentants de Hollywood en France. Le deal est simple : vous achetez toute la production de la Warner Bros d’une année. Les bons films comme les navets (westerns à deux balles, comédies idiotes…). C’est à prendre ou à laisser et si vous n’en voulez pas, un autre distributeur français prendra votre place.

Mais alors, pourquoi avoir signé ?

Pierre-Jean baisse la voix et s’approche de moi pour ne pas être entendu. Son regard s’allume, comme s’il était, d’un coup, habité par un rêve d’enfant ou une passion qui brûle de l’intérieur. Un étrange silence se fait. Même le reste des clients du café semblent retenir leur souffle pendant que mon ami ouvre sa sacoche pour extraire un précieux document.

« Olivier, regarde cette photographie de cette jeune femme ! Je traverserais l’Atlantique pour elle ! C’est l’une héroïnes d’un film qui est en train de faire un carton aux USA : « Across the Pacific », une histoire d’espionnage un peu invraisemblable qui se passe lors de la guerre américano-philippine de 1898. J’en ai vu des extraits et c’est surtout cette toute jeune actrice, Myrna Loy, qui m’a littéralement subjugué. »

Je jette à mon tour un coup d’œil sur le cliché développé en grand format. Le yeux sombres et magnétiques de l’héroïne accentuent le maquillage de sa peau paraissant plus mat. Son attitude mutine, fermée d’une rebelle qui ne cédera jamais et ses vêtements de princesse « des îles », ne laissent pas indifférent.

Le cliché de Myrna Loy entre les mains de Pierre-Jean de Venloo, producteur, distributeur pour la Warner Bros. en France

« Tu vas voir, Olivier, avec cette fille, je vais me faire un fric de dingue ! »

Pierre-Jean est redescendu sur terre. Il ne se refait pas et parle maintenant « tiroir caisse » et profits escomptés. Il m’indique, gourmand et volubile, qu’il va rebaptiser le film autour du personnage de Myrna Loy (alors qu’elle tient un second rôle) et qu’il va en faire, pour le public français, une Mata Hari du Pacifique !

« Tu comprends Olivier, en France, la guerre hispano-machin dans les Philippines, tout le monde s’en fout ! Il faut inventer autre chose. Faut de la passion et des larmes, de l’espionnage et du sang, des femmes au regard de feu et des hommes qui sortent leurs fusils » Stop ! Je l’arrête. Pierre-Jean devient presque vulgaire dès qu’il parle d’argent.

Je préfère rester sur la photo. Cette présence hors du commun de Myrna Loy. J’ai l’impression qu’elle bouge sur le cliché et qu’elle va lever sa tête boudeuse vers moi.

Pierre-Jean me quitte. Il m’a laissé la photographie « avec toute son amitié ».

Je vide ma tasse par petites gorgées, en observant les clients qui entrent et sortent dans ce café parisien typique.

C’est à ce moment-là qu’un miracle se produit. Une jeune parisienne franchit la porte : elle cherche du regard un ami – ou son compagnon – qu’elle sait déjà attablé quelque part. Elle a les traits réguliers, son visage ovale est marqué par de grands yeux en amande, un nez fin et droit, et des pommettes délicatement dessinées. Sa bouche aux lèvres pleines et parfaitement ourlées, apporte douceur et caractère à ses traits harmonieux. L’ensemble dégage une beauté élégante, à la fois classique, mystérieuse et intemporelle.

Je reprends le cliché et je compare. Stupéfait. Mis à part la coiffure, le maquillage et bien sûr le costume, c’est une véritable réincarnation de Myrna Loy qui vient d’entrer.

Je repose ma tasse en essayant de ne pas avoir une attitude trop troublée qui pourrait déranger la demoiselle qui n’est pour rien dans cette ressemblance incroyable. Je sors dans la rue, titubant, en me demandant si je viens de rêver. J’ai maintenant tellement hâte d’aller voir le film pour passer un nouveau moment magique avec Myrna Loy !

L’apparition miraculeuse du sosie de Myrna Loy dans un café parisien en 1926

L’invasion d’Hollywood et la conquête des écrans français (1914-1928)

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