25 décembre 1909 : Le Père Fouettard s’arrêtera-t-il chez nous ?

« Et ton Père Noël, comment va-t-il arriver à la maison ? »

Ma fille Pauline, 5 ans, me regarde interloquée. Je précise ma question : «Viendra-t-il en automobile, en train ou en aéroplane ? »

La jeune enfant répond avec l’assurance d’un professeur énonçant une évidence :

« Il vient en traîneau ! »

noel-2.1261719183.jpg

Perfide, je fais remarquer que la neige qui était tombée il y a quelques jours, a disparu : « Il ne pourra pas glisser le traîneau ! »

La gamine ne se laisse pas démonter pour si peu et rappelle une seconde évidence en levant les bras en l’air : « Les rennes volent dans le ciel, avec le traîneau. »

J’arrête là mon petit jeu. Ma femme adore que les enfants puissent croire au Père Noël, je souhaiterais pour ma part qu’ils sachent toute la vérité.

« Relis George Sand : depuis les années 1810, 1820, tous les enfants ont besoin de rêver, de croire à ce personnage merveilleux et infiniment bon. Pourquoi priver Pauline de cette joie ? » Ma femme Nathalie plaide avec justesse. Je m’enferme dans des arguments cartésiens débités sans grande conviction :

«Le Père Noël n’est pas français. Ce sont quelques scandinaves qui ont implanté cette tradition aux États-Unis et celle-ci nous revient sous une forme commerciale. Le Père Noël fait surtout rêver les marchands. »

Nous n’allons plus à la messe et je préférerais, pour nous rattraper, que ce soit le Petit Jésus qui soit mis à l’honneur, dans notre foyer, le 25 décembre. Je sens que cela ferait plaisir à ma mère, très pratiquante, qui ne commence à manger son boudin grillé de réveillon qu’après la messe de minuit.

Je replace dans la cheminée une nouvelle et grosse bûche, destinée à nous chauffer pendant ces longues heures hivernales. La bonne, avant de prendre son traditionnel congé de Noël, nous a laissé les indications nécessaires :

« Les bûches de Noël sont toutes mises de côté sous le tableau du grand-père. Le pudding -je ne me ferai jamais à cette mode des « englichs »- et les bouchées glacées sont conservées au froid sur le balcon. Monsieur, Madame, je vous quitte et pars chanter avec mon Jules dans un bouillon du quartier. »

Pendant que je manie le tisonnier, j’entends mon aîné Nicolas, âgé de 13 ans, tenter de terroriser Pauline.

« Tu sais que les enfants qui ne sont pas sages sont tous emmenés par le Père Fouettard qui passe dans la rue ? » Là encore, la délicieuse enfant répond, la bouche en cœur, avec une candeur désarmante :

« Mais, Nicolas, si cela est vrai, comment es-tu encore là ? » L’intéressé qui ne s’attendait pas à cette réponse mi-naïve, mi-vacharde, se replonge, troublé, dans le dictionnaire illustré (il faut faire des cadeaux utiles !) qu’il vient de recevoir pour ses étrennes. Je réponds à sa place, magnanime :

«  Non, Pauline, le père Fouettard, s’il existe lui-aussi, ne fait que déposer des verges devant les portes des garnements. Et comme tu peux le constater, il n’a rien mis devant chez-nous. Nicolas et toi, vous n’avez rien à vous reprocher ! »

Pauline tend sa toute nouvelle poupée à Alexis qui peine à l’attraper du haut de ses huit mois. Un ours en peluche – Martin, qui nous vient aussi de New-York – l’attend un peu plus loin, assis sur le parquet. Les billes marrons qui lui servent d’yeux, semblent jeter un regard attendri sur cette scène familiale, banale… mais tout simplement heureuse.

pere-fouettard.1261719301.jpg

Le Père Fouettard, pendant maléfique du Père Noël, emmène dans sa hotte tous les méchants enfants…

____________________________________________

Vous aimez ce site ? Votre journal préféré, « Il y a un siècle », est devenu aussi un livre (et le blog continue !). Depuis le 3 décembre, dans toutes les (bonnes) librairies :

« Il y a 100 ans. 1910 » http://www.oeuvre-editions.fr/Il-y-a-100-ans    

7 décembre 1909 : Ma femme bouleverse encore notre salon

Nos meubles ne ressemblent à rien mais ce sont « nos » meubles. Nous sommes attachés à ce mélange improbable de sièges bon marché Napoléon III, de guéridons et lit Modern Style achetés dans des ventes aux enchères et de vieux meubles de campagne beaujolaise délaissés par le reste de la famille.

Ils ont tous une histoire. Le fauteuil en acajou par exemple, au dossier élevé et cambré, rappelle le style Louis XV à ceux qui ne le connaissent pas vraiment. Sa garniture conserve, malgré les efforts de nettoyage de la bonne, les souvenirs des digestions parfois difficiles de nos trois enfants à leur jeune âge.

fauteuil-napoleon-iii.1260163227.jpg

Notre cher fauteuil Napoléon III garde en souvenir les fins de biberon de nos trois enfants et son état s’éloigne malheureusement de celui de cette magnifique pièce de musée

Quant aux chaises légères en poirier noirci (pour faire ébène en moins cher), elles finissent de perdre leur peinture dorée sensée « faire chic » lors de l’achat. Nous en avions six, il en reste cinq. L’une a littéralement explosé sous le poids de la tante Hortense.

Le secrétaire fait apparaître lui aussi, sournoisement, un bronze de médiocre qualité caché pendant dix ans sous des dorures plaquées par galvanoplastie. Seul le décor du panneau du fond mettant sur un même plan Jeanne d’Arc, Roméo et Juliette, reste intact, sans que je comprenne bien le lien entre les trois héros, mis à part le désir des marchands des faubourgs de plaire au public le plus large. Le haut des pieds qui paraissait en argent se révèle en ruolz et explique le prix, somme toute modique, de ce meuble dont le style rappelle l’Ancien Régime… vu par un myope.

Je ne parle pas de la causeuse trois places avec ses montants rocailles d’un goût douteux qui devait inciter quelques amis philosophes ou écrivains à leurs heures, à venir deviser chez nous sur des thèmes variés. Elle a surtout servi de tremplin à nos chères têtes blondes (les nôtres et celles des amis). Le velours initialement rouge de l’assise est devenu rose pâle aux endroits où les petits pieds de nos jeunes gymnastes pouvaient le mieux rebondir.

L’ensemble du mobilier est équipé de roulettes, comme tout ce qui a été produit industriellement sous le Second Empire. Ainsi, notre salon peut changer de disposition et d’aspect au gré des humeurs de mon épouse.

Il y a un an, je m’étais laissé convaincre par « la nécessité d’occuper l’espace près du balcon pour mettre en valeur notre grand salon ». Sitôt dit, sitôt fait : les meubles avaient tous changé de place sous l’effet d’une tornade aussi créatrice qu’enthousiaste.

365 jours plus tard, il faut, me dit ma femme, se rendre à l’évidence : « il est un peu idiot de passer son temps à enfiler, pour se réchauffer, des gros gilets en tricot à proximité des vitres glacées. Le déplacement du mobilier servant le plus souvent, vers la chaleur de la cuisine, s’impose. ». Sitôt dit, sitôt refait : nos meubles viennent à nouveau de migrer pour prendre leurs quartiers d’hiver.

Ces mouvements ne coûtent pas cher et provoquent d’intenses débats avec les enfants (surtout l’aîné) et la bonne qui est attentive à la facilité pour elle de faire le ménage.

Pour ma part, je reste neutre et donne un coup de main lorsque certaines roulettes se cassent sous des meubles lourds. Un seul chose compte : le préservation d’un espace tranquille où mon encrier, ma plume et du papier m’attendent pour écrire ce journal.

____________________________________________

Vous aimez ce site ? Votre journal préféré, « Il y a un siècle », est devenu aussi un livre (le blog continue). Depuis le 3 décembre, dans toutes les (bonnes) librairies :

« Il y a 100 ans. 1910 » http://www.oeuvre-editions.fr/Il-y-a-100-ans  

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑