21 octobre 1907: La police prendra le train!

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C’est la triste conclusion à laquelle nous arrivons actuellement dans le cadre des arbitrages interministériels sur la création des futures brigades mobiles.

L’achat de véhicules est considéré comme trop risqué (les autos sont jugées comme peu fiables, pas assez robustes) et trop coûteux.

Le ministère des armées qui dirige la gendarmerie d’une part, la puissante et influente préfecture de police d’autre part, font valoir le fait que les futures brigades mobiles ne sauraient disposer de moyens qui ne seraient pas mis simultanément à la disposition de toutes les autres forces de sécurité. La jalousie, la ranceur  vis à vis de ce projet qui dérange les habitudes de beaucoup, est forte.

Une réunion au sein du ministère de l’intérieur pour bien caler notre stratégie face à ces oppositions plus fortes que ce qui était attendu nous conduit à revoir nos demandes à la baisse.

Nous renonçons donc aux moyens spéciaux en matière de transport. Nous demandons bien la création de brigades mobiles à la compétence territoriale plus étendue que les forces de police actuelles. Nous préconisons toujours qu’elles utilisent les dernières découvertes de la science. Mais nous renonçons à l’achat d’automobiles pour le moment.

Reste à espérer que les bandits et malfaiteurs feront le même choix budgétaire! Ceux qui vondront quitter précipitemment un département auront, espérons-le,  la « délicatesse » -vis à vis de nous -de le faire …en train!

19 octobre 1907: L’enseignement pour les filles, 25 ans après, ce que nous devons à Camille Sée

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 En réunion au ministère de l’Instruction publique, j’ai eu la chance de croiser Camille Sée. Ce dernier, à l’origine de la loi du 21 décembre 1880 sur les lycées et collèges de jeunes fille, continue, comme membre du Conseil d’Etat (il a abandonné la vie politique) à arpenter les couloirs de l’administration.

Je l’ai reconnu tout de suite et j’ai pu échanger quelques mots avec lui, en lui faisant sentir l’admiration que j’ai pour son oeuvre.

En effet, à un moment où l’école laïque est vivement attaquée dans « L’Echo de Paris » ou « Le Gaulois », notamment par M. Barrès, il est réconfortant de constater que les pionniers de notre enseignement, qui a formé en 25 ans toute une génération de français, sont toujours bien en vie.

Ainsi, ma fille Pauline pourra bénéficier, quand elle sera plus grande, d’un enseignement de qualité et peut-être accéder à des fonctions de professeur.

Camille Sée m’a dit qu’il regrettait que le contenu des enseignements était toujours différent, en 1907, entre filles et garçons. Il a raison, nous devrions évoluer sur cette question. Les filles ne sont pas forcément « condamnées » à rester, lorsqu’elles se marient, à la maison. Il convient dès lors de leur enseigner autre chose que les savoirs faire ménagers. J’ai conscience que je suis un peu seul à penser cela…et je ne montre pas l’exemple puisque mon épouse reste aussi à la maison.

M. Sée m’a aussi confié qu’il avait mal vécu les attaques féroces d’une certaine presse et de l’opposition (voire d’une partie de la majorité) lorsqu’il s’était battu pour la créatrion des internats féminins, seuls à même, selon lui, de garantir un accès réel des jeunes filles des milieux peu fortunés, aux lycées.

Je lui ai indiqué que je veillerai à souffler son nom pour qu’il participe à toute commission de réforme de l’enseignement qui pourrait se créer.

En guise de remerciement, il a pris mon nom et mon adresse, pour me faire parvenir le journal dont il est le dirigeant: « La Revue de l’Enseignement Secondaire des Jeunes Filles ». Je n’en demandais pas tant et je ne suis pas sûr de lire cette feuille avec l’attention qu’elle mérite!

17 octobre 1907: Les révoltes du Languedoc: un mauvais souvenir?

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Ayant commencé ce journal en octobre, je n’ai pu raconter avec quel talent et détermination  mon Ministre a réussi à mettre fin à la révolte des vignerons dans le Languedoc, d’avril à juin dernier.

La crise de mévente du vin méridional avaient conduit, dès 1903,  de nombreux vignerons dans une situation délicate. Au même moment, dans cette région, des négociants s’étaient rendu coupables de fraudes scandaleuses…avec la tolérance ou la passivité d’une partie de l’administration.

Des meneurs ont émergés, pendant que les manifestations de désespoir des vignerons grossissaient, en 1906 puis en début d’année 1907. Les différentes professions ont commencés à rejoindre le mouvement en juin et quatre départements ont vu poindre un début de grève fiscale doublée d’une démission en masse des conseils municipaux.

C’est là que tout le talent de Georges Clémenceau intervient.

Dans un premier temps, il m’a demandé de rédiger à sa signature l’ordre de réquisition de la troupe et les départements du Languedoc ont été rapidement quadrillés par l’armée. Cela a permis de ramener, très progressivement, le calme…Il a fallu cependant déplorer plusieurs morts et blessés après des charges des cuirassiers.

Dans un second temps, les rapports de nos informateurs nous ont permis d’identifier les intentions du meneur, le cabaretier Marcelin Albert.

Ce dernier, fort en gueule, avait décidé de monter à Paris pour faire une entrée remarquée à l’Assemblée nationale.

Ne parvenant pas à ses fins (j’avais fait prévenir les gendarmes gardant le Parlement), il a accepté une invitation de mon Ministre.

Mielleux, charmeur, flatteur…je ne sais comment il s’y est pris, mais mon Ministre a réussi à convaincre Marcelin Albert d’arrêter le mouvement et lui a donné 100 francs pour son voyage de retour.

Celui-ci a accepté.

Erreur fatale…quelques heures plus tard, j’avais la consigne de prévenir les différents journaux que le Ministre avait une nouvelle d’importance à leur donner. Et les journaux se sont mis peu après à titrer sur Marcellin Albert « acceptant de renoncer à son mouvement pour 100 francs » ou « pleurant dans le bureau de Clemenceau ».

Après un tel discrédit, ce meneur traditionnellement si sûr de lui mais finalement bien naïf, s’est constitué prisonnier. Le mouvement a pris fin ensuite assez vite.

La récolte vinicole de cette année sera sans doute médiocre. La surproduction devrait donc diminuer.

 En liaison avec les services de M. Ruau, ministre de l’agriculture, nous mettons la dernière main à des mesures d’apaisement pour les vignerons (réglementation sur le mouillage ou la circulation des vins).

La révolte du Languedoc n’est donc, nous l’espérons, plus qu’un mauvais souvenir.

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