5 octobre 1908 : Comment seront les années 2000 ?

Imaginer les années 2000. Se représenter mentalement le monde de nos arrières arrières arrières petits enfants. Une société qui vivra -heureuse ou non – quand nous aurons tous disparus.

Jules Verne, décédé il y a déjà trois ans, est l’un des premiers à avoir essayé dans ses nombreux romans de tracer les lignes du futur. On s’envole avec lui de la Terre à la Lune après avoir voyagé au centre de notre planète. Le tour du monde ne doit pas dépasser quatre-vingts jours pour laisser un peu de temps pour s’enfoncer à vingt mille lieues sous les mers. Nous sommes invités à passer nos vacances avec des visionnaires à la forte personnalité comme Robur le Conquérant, le capitaine Nemo ou Phileas Fogg ou juste une journée avec un journaliste américain en 2889.

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Robur le Conquérant nous permet d’entrevoir les « omnibus volants » qu’imagine le philosophe Alain

Avec Jules Verne, nous sommes plongés dans un monde de progrès continu, spectaculaire et attirant. 

Le professeur Emile Chartier (il écrit sous le nom d’Alain) avec lequel je passe quelques soirées à réfléchir à l’avenir s’exclame :

 » Ils en sont tous à nous parler de l’an 2000, comme s’ils y étaient ; ce ne sont qu’omnibus volants et maisons de cinquante étages. Ces merveilles, et bien d’autres qu’il n’est pas difficile d’imaginer, n’ont rien qui dépasse la puissance humaine.  »

C’est vrai que si l’on croise ce qui se passe aux Etats-Unis où les gratte-ciel comme le Flatiron de New York commencent à pousser comme des champignons et les visions de Jules Verne, nous pouvons imaginer un Occident de l’an 2000 où nous vivrons dans d’immenses immeubles après avoir emprunté des moyens de transport collectifs très rapides. 

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Le Flatiron Building de New York construit en 1902

Alain imagine aussi un progrès social continu :  » J’imagine les travailleurs tous bien payés et assurés contre tous les maux et accidents  » .

Dans le monde du futur, nous travaillerons moins et serons moins « dociles » avec les patrons. Avec l’essor du suffrage universel, il s’agit d’une tendance lourde ne pouvant être arrêtée.

Des années 2000 radieuses alors ?

Pas si sûr. Emile Chartier s’inquiète des écarts de fortunes, des gaspilleurs de fonds privés ou publics qui peuvent provoquer la révolte du peuple :  » Il faudra peut-être une révolution violente qui ramènera une heureuse médiocrité pour tous.  »

Devant mon regard effrayé par l’idée d’une révolution – que je ne souhaite pas connaître de mon vivant – Alain s’empresse d’ajouter :  » Je crois plutôt que tout se fera en douceur, par l’effet des crises économiques qui ruineront les grosses fortunes. »

J’espère que le XXème siècle qui commence ne verra pas -à la fois- les révolutions et les crises économiques. En effet, l’Histoire récente qu’oublie un peu vite Alain, nous montre que ces terribles crises ne touchent pas que les puissants.

Les crises boursières et financières de 1873 (effondrement de la bourse de Vienne puis de celle de New York avec pour conséquence une stagnation économique pendant vingt ans sur toute l’Europe) et le krach français de l’Union Générale en 1882, ont surtout ruiné les petits épargnants et ont entraîné des secteurs entiers de l’économie dans la spirale du déclin.

Toute la fin du XIXème siècle est marquée par l’extension du chômage dans la métallurgie, les mines ou le bâtiment… alors que les riches banques d’affaires ont finalement tiré leur épingle du jeu.

De ce point de vue, le XXème siècle sera-t-il un nouveau XIXème siècle… en pire ?

6 juillet 1908 : Toungouska :  » pas de quoi fouetter un chat ! « 

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Le 1er ministre russe Stolypine a d’autres sujets de préoccupation que l’explosion de Toungouska

On le sent fatigué, désabusé. Il représente pourtant une des plus grandes puissances de la planète. Dimitri Abrasimov est diplomate à l’ambassade de Russie en France.  Je le connais depuis la crise de Port Arthur et nous sommes devenus amis. Notre déjeuner d’aujourd’hui, dans les jardins intérieurs du Ritz, est l’occasion d’évoquer les événements de Toungouska et la chute de météorite qui a produit des dégâts considérables en Sibérie le 30 juin dernier. Nous sommes nombreux en France à souhaiter la mise en place d’une expédition scientifique et je demande donc à Dimitri les intentions du régime du Tsar sur cette question. 

« – Mais tout d’abord, en quoi les autres pays sont-ils intéressés par cet événement survenu sur le sol russe ? 

–         Dimitri, tu vois bien qu’il n’est pas ordinaire qu’un corps céleste s’abatte avec une telle violence sur notre planète. On me dit que des dizaines de milliers d’hectares de forêts ont été ravagés, que l’explosion a été entendue à plus de 1500 kilomètres de l’épicentre, qu’une lumière intense était visible depuis le transsibérien… Le monde a le droit de savoir ce qui s’est passé.

–         Je t’entends bien mais que veux-tu que nous fassions ? Notre gouvernement a déjà bien du mal à faire en sorte que toute la population mange à sa faim ; notre armée a montré des faiblesses considérables lors de notre guerre récente avec le Japon ; notre diplomatie peine à nous faire sortir de l’isolement et nous sentons que les Anglais restent très méfiants à notre égard. Autrement dit, nous avons d’autres soucis que celui de monter des expéditions savantes. Le Premier ministre Stolypine travaille d’arrache pied sur la réforme agraire et espère ainsi réduire les motifs de mécontentement dans le pays. Nous n’avons guère le temps de nous occuper d’autres choses.

–         Mais, dans l’immense Russie, on ne peut trouver une petite dizaine de physiciens et de biologistes pour se rendre à Toungouska et révéler au reste du monde des informations qui nous concernent tous ? Imagine qu’une autre météorite tombe sur la terre dans les mois ou années à venir… Bien analyser les événements de Sibérie peut nous permettre de mieux anticiper une autre catastrophe !

–         Mais quelle catastrophe ? La région de Toungouska est désertique. Il n’y a que les Toungouses, un petit peuple d’éleveurs de rennes. On me dit que quelques-uns ont été brûlés par l’explosion. On ne dénombre aucun mort. Pas de quoi « fouetter un chat » comme vous dites, vous, les Français.

–         Pouvez-vous, au moins, accepter une éventuelle expédition internationale ?

 –         Je ne pense pas que ce sujet puisse être examiné par le pouvoir. Stolypine est bien trop occupé à consolider un parlement – une Douma –  acceptable pour le régime tsariste. Dans la nouvelle Douma mise en place en 1907 qui réunit en majorité les classes possédantes (les opposants disent que c’est une « Douma des Seigneurs » ), on évoque les réformes de la Russie : constitution d’une classe nouvelle de paysans aisés, les Koulaks ; amélioration de la marine ; industrialisation des régions de l’Est… On ne peut distraire l’attention des députés sur une question aussi futile que les chutes de météorites ! »

Déçu par cette dernière réponse, je n’insiste pas. Nous finissons notre repas en silence. Au moment de régler, Dimitri Abrasimov s’aperçoit qu’il a oublié son portefeuille. Dans un grand sourire, je lui indique alors qu’il est l’hôte de la République française et donc notre invité.

Il s’écrie alors, avec une pointe d’autodérision : 

«  Ce n’est qu’un emprunt, la Russie remboursera ! ». 

3 juillet 1908 : Que s’est-il réellement passé à Toungouska ?

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Toungouska : une météorite géante (?) percute la terre le 30 juin 1908 en Sibérie

Que s’est-il réellement passé à Toungouska en Sibérie ? 

« Le 30 juin, vers sept heures, une énorme boule de feu ( une météorite ?) a surgi dans le ciel et s’est abattue sur une région heureusement presque déserte de tout être humain. Le bruit de l’explosion a été entendu à Novonikolaïevsk mais aussi à Irkoursk, alors que les deux villes sont distantes de plus de 1500 kilomètres. Une lumière aveuglante a aussi été perçue sur plusieurs centaines de kilomètres. Enfin, les premiers témoignages évoquent des dégâts (arbres couchés, sol brûlé) sur une surface équivalente à la taille d’un département français. Des incendies se sont déclenchés et ne sont toujours pas éteints. » 

Le message de notre ambassade à Moscou confirme ce que nous lisons dans la presse. Cela est spectaculaire et inexpliqué. 

Nous n’expliquons pas non plus que les nuits soient particulièrement claires ces derniers jours à Paris comme à Londres. Des habitants de la capitale anglaise cités par le Times indiquent qu’ils arrivent à lire leur journal à minuit comme en plein jour. Ceci reste un peu exagéré mais c’est vrai que le ciel est particulièrement clair jusqu’à très tard dans la soirée et que le couché de soleil s’accompagne de nuages roses à forte luminosité. 

Voilà, j’ignore s’il y a le moindre lien entre les événements russes de Toungouska et nos nuits bizarrement plus lumineuses que d’habitude. Ces phénomènes ne m’empêchent pas de dormir mais mon esprit cartésien est un peu mis en échec.  

Aujourd’hui, je rencontre un ami diplomate russe. Je vais évoquer cette question avec lui. Il faudrait absolument qu’une expédition scientifique se rende sur les lieux de l’explosion, au fin fond de cette Sibérie inhabitée. Nous sommes plusieurs au bureau… brûlants d’en savoir plus.

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