5 octobre 1910 : Le soleil se lève sur le Portugal

« Là-bas, ce sont les écrivains qui prennent le pouvoir ! »

Aristide Briand est ravi de ce qui se passe au Portugal. La royauté vient d’y être renversée et la république instaurée. Teofilo Braga, poète, historien de la littérature, a pris la tête de l’Etat à Lisbonne.

Va-t-il mettre fin à la corruption ambiante ? Conduira-t-il les réformes qu’il annonce jusqu’au bout ?

Le Portugal a besoin d’un Etat central moins étouffant, d’une réforme fiscale conduisant à des prélèvements obligatoires plus équitables, d’un assainissement des dépenses publiques et d’un enseignement repensé et modernisé.

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Tout un peuple est lassé des humiliations subies en matière coloniale -vis-à-vis de l’Angleterre notamment –  et c’est toute une Nation qui a besoin d’un nouveau projet et d’un rêve collectif.

Comment parvenir à cela sans tomber dans des débats parlementaires infinis et stériles ? Comment éviter l’affrontement entre deux Portugal : l’un très catholique, attaché à la prédominance de l’Eglise et un second plus laïque, hostile aux congrégations et favorable à une libéralisation des mœurs ?

Teofilo Braga va devoir laisser un temps sa plume alerte et ses chers poèmes pour résoudre ces équations politiques et sociales complexes.

En attendant, l’Europe compte enfin une république de plus qui inspire chez nous un élan de sympathie.

Le jeune roi Manuel II part en exil en Angleterre pendant que Paris offre ses services pour aider le nouveau régime de Lisbonne. 

Comme disent les Portugais : « Quand le soleil se lève, il se lève pour tous. »

4 octobre 1910 : Ce patron que je n’arrive pas à aimer

Quand Clemenceau est parti, mon estomac s’est noué. Je vois encore son dos bien droit disparaître, une dernière fois, derrière les grilles du ministère place Beauvau où il avait installé son bureau de Président du Conseil. Ce bref salut des gardes attristés puis plus rien. Ce soir de juillet 1909, je restai sur le perron en regardant droit devant moi, hébété.

Le nouveau locataire des lieux -Aristide Briand – devrait pourtant recueillir tous les suffrages. Intelligent, cultivé, il n’a pas les colères homériques et souvent injustes de son prédécesseur. Je n’ai pas non plus entendu de sa part les mots blessants du Tigre (« Arrêtez de raisonner en petit fonctionnaire » ; « Si vous pouviez donner naissance à des bonnes idées plutôt qu’à de nouvelles dépenses ! »).

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Georges Clemenceau ne laisse pas derrière lui que des gens qui le regrettent : une bonne partie de la classe ouvrière a détesté ses méthodes parfois brutales pour mettre fin aux grèves.

Il prend ses décisions après avoir soigneusement pesé le pour et le contre. Il ne se laisse pas non plus aller à un instinct parfois aussi imprévisible que redoutable.

Il m’apprécie de plus en plus. Je ne suis plus pour lui « l’œil et les oreilles du Tigre » resté au ministère pour lui rapporter ses faits et gestes. Contrairement à ce que certains collègues jaloux ont essayé de lui faire croire à sa prise de fonctions, il sait qu’il peut me faire confiance. Clemenceau appartient maintenant à ma vie privée et je suis muet avec lui sur les affaires sensibles que je traite.

Pourtant, rien à faire pour Briand : je n’adhère pas. Que manque-t-il alors au nouveau Président du Conseil ?

Contrairement à l’époque Clemenceau, je ne suis pas dans le premier cercle. Le Tigre discutait avec moi, jusqu’à tard le soir, sur l’Antiquité Grecque ou les États-Unis. Briand ne m’accorde guère de confidences.

Je connais bien la cantatrice Rose Caron, l’amie très proche de Clemenceau. Je n’ai en revanche fait que croiser la comédienne Berthe Cerny, la maîtresse attitrée de Briand.

Le 8 rue Franklin, « la tanière du Tigre » pour reprendre l’expression des collègues, est un endroit où je suis accueilli à bras ouverts toutes les semaines. En revanche, la maison de Briand, à Saint-Cloud, reste pour moi inaccessible.

« Détails que tout cela ! » me glisse le directeur de cabinet. Il me rappelle que c’est moi qui ait été choisi pour entrer le premier en contact avec le nouvel ambassadeur russe Izvolski. Je rétorque : « Normal, je le connais déjà depuis longtemps ! » Mon directeur ajoute : « Et Briand compte sur vous pour l’aider en cas de crise avec les sociétés de chemin de fer ! » Désabusé, je lâche : « Il doit savoir que j’ai un grand-père cheminot et il se rappelle aussi que Clemenceau me confiait déjà le suivi des conflits du travail les plus rudes ! »

Le directeur de cabinet n’a plus d’argument et me donne finalement un conseil : « En fait, vous avez besoin d’être aimé de votre chef. Un rapport professionnel de qualité ne vous suffit pas. C’est une faiblesse mon cher Olivier ! »

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Retrouvez une émission passionnante sur Georges Clemenceau, le père spirituel de notre héros Olivier le Tigre ! Rejoignez le groupe des amis d’Il y a un siècle…

29 septembre 1910 : Engueulade avec Foch

Nous nous détestons. Le conseiller auprès du Président du Conseil et ministre de l’Intérieur que je suis ne peut pas comprendre l’armée : « Vous êtes plutôt un flic ! » me répète-t-il souvent avec un pointe de mépris. Je lui retourne en m’efforçant de rester de calme : « Et vous, un officier figé au garde à vous devant de vieilles théories ! »

Le général Foch, directeur de l’Ecole de Guerre apprécierait de ne plus avoir à gérer un professeur vacataire comme moi. Cela me serait en retour plus facile de ne pas être obligé de prendre mes distances, dans chacun de mes cours, par rapport à la doctrine officielle du haut commandement de l’Ecole.

Nos points de divergence ? Foch et une bonne partie de l’État-Major ne jurent que par Napoléon et la stratégie du grand homme. Ses batailles gagnées sont décortiquées et servent de base pour l’enseignement aux futurs généraux de l’armée française. La victoire de demain contre l’ennemi (forcément) teuton se trouve dans les géniaux mouvements de troupes d’Austerlitz ou de Wagram.

Je ne cesse de regretter cette vision sclérosante qui ne tient pas compte des progrès de l’artillerie (canons à tirs rapides), du déclin de la cavalerie (les charges ne servent pas à grand-chose face aux mitrailleuses) et de l’émergence de l’aéronautique. En citant les guerres récentes en Afrique du Sud ou en Mandchourie, j’insiste aussi sur l’importance de la logistique, des communications, du renseignement ou sur la difficile combinaison entre attaques terrestres et maritimes.

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La guerre russo-japonaise de 1905 devrait nous aider à imaginer les conflits de demain

Foch m’écoute un instant et balaie mes arguments : « Le vocabulaire de la guerre s’est enrichi mais sa grammaire n’a pas changé. Les principes napoléoniens restent pertinents. « C’est toujours le grand nombre qui bat le petit » nous aide à frapper l’adversaire même quand, globalement, nous sommes en infériorité numérique : « Fixer l’essentiel de l’adversaire avec peu de troupes et l’attaquer sur un point névralgique avec beaucoup de divisions. » demeure un principe stratégique précieux.

Il s’enflamme : « Et je ne parle pas des méthodes pour couper les communications de l’adversaire. Et cela, ce ne sont pas les Boers ou les Japonais qui vont nous l’enseigner ! »

Je réponds, imperturbable : « Vous ne vous rendez pas compte que les conflits du XXème siècle sont des guerres de nations en armes engageant des centaines de milliers d’hommes voire des millions. Et la donne change forcément. »

Foch rétorque : » Des nations en armes ? Eh bien, qui mieux que Napoléon victorieux peut nous aider à penser la Nation levée et mobilisée contre l’ennemi de la Liberté ? »

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