26 décembre 1907 : Grieg a créé la Norvège en musique

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Fjord norvégien

Très beaux chants au théâtre du Châtelet avec les « Concerts Colonne ». Des chants qui nous viennent du froid, du grand Nord, de Norvège.

J’avais déjà eu l’occasion d’écouter Edvard Grieg lors de son passage à Paris en 1903. Pour la première fois, depuis l’Affaire Dreyfus, le compositeur scandinave avait accepté cette année-là de se produire sur une scène française.

N’avait-il pas écrit en 1899 à M. Colonne pour l’informer « qu’après l’issue du procès Dreyfus il ne pouvait se décider à venir en France maintenant… Comme tous les étrangers, ajoutait-il, je suis indigné de voir le mépris avec lequel on traite la justice dans votre pays, de sorte que je me trouve dans l’impossibilité d’entrer en relations avec un public français… »

Le concert de 1903 avait commencé par quelques huées du public parisien, exigeant des excuses pour les propos de Grieg. Puis, la chaleur des rythmes lents norvégiens, la profondeur et la pureté des chants, la douce langueur qui se dégage de cette musique à forte identité, avait conquis l’auditoire qui avait fini par applaudir à tout rompre.

La représentation à laquelle je viens d’assister était plus courte mais aussi plus nostalgique. Elle rendait hommage au maître norvégien décédé en septembre de cette année.

Ce n’était pas une oeuvre majeure qui était jouée, comme l’est « Peer Gynt » d’après Ibsen, mais de la musique chorale.

Chansons d’amour et psaumes côtoyaient des petites cantates qui ravissaient les quelques centaines d’inconditionnels de Grieg, présents dans une salle qui n’avait fait aucune publicité compte tenu du nombre restreint de places. Le Choeur était français mais comprenait quelques norvégiens.

On ne pouvait s’empêcher de penser, en entendant ces notes fluides, aux paysages époustouflants des fjords, des montagnes abruptes plongeant dans la mer, aux innombrables rivières d’eaux glaciales et pures s’écoulant entre d’immenses forêts désertes de toute présence humaine.

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Chute d’eau dans le Geirangerfjord 

Ceux qui ont eu la chance de connaître personnellement Grieg, racontent que le compositeur, devenu une gloire nationale dans son pays indépendant depuis seulement deux ans, était en fait un solitaire.

Lassé des nombreux voyages où toute l’Europe l’acclamait, il se réfugiait de longues heures dans un chalet d’une seule pièce au fond d’un parc, près de Bergen, à Troldhaugen. Dans ce lieu tranquille, aménagé de façon simple mais chaleureuse, il réalisait à chaque nouvelle partition, la synthèse entre la musique romantique allemande, le folklore scandinave qu’il remet à l’honneur et une recherche plus personnelle de mélodies d’un premier abord un peu dissonantes mais finalement assez flatteuses.

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La maison de Grieg à Troldhaugen à côté de Bergen ; pour composer, le maître s’isole une centaine de mètres plus loin dans un chalet en bois.

Il y a des peuples qui ont conquis leur indépendance dans le sang. Les Norvégiens ont la chance – et le goût – de commencer leur histoire en musique. Ils s’écartent d’un Danemarck qu’ils appréciaient mais aussi d’une Suède à laquelle ils avaient été cédés en 1814.

Ils recherchent maintenant une identité culturelle. Grieg est arrivé à point nommé pour leur donner une âme , une richesse et pour tout dire : une légitime fierté.

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Entre  « Mo i Rana » et « Trondheim-Laksforsen »

25 décembre 1907 : Père Noël ou Petit Jésus ?

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« Santa Claus », le Père Noël anglo-saxon

Qui apporte les cadeaux aux enfants le soir de Noël ?

Les Etats-Unis, influencés par les Allemands, les Hollandais et les Scandinaves répondent :  » Santa Claus « , saint Nicolas. L’illustrateur Thomas Nast a largement contribué, outre atlantique, ces trente dernières années, à bâtir cette légende du bon vieillard à longue barbe, à tunique rouge et liseré de fourrure blanche. Il passe par la cheminée et apporte dans le secret de la nuit, des cadeaux aux enfants sages.

L’Eglise catholique fait tout pour combattre ce mythe qu’elle considère comme païen. Elle insiste sur le nécessaire recueillement qui doit présider à cette fête chrétienne glorifiant la naissance du Christ, celui qui a accepté de donner sa vie par amour et pour sauver les hommes.

Federico Barocci 002.jpg Federico Barocci,  » La Nativité »

Elle refuse ce  » Père Noël » américain, porté par les intérêts des marchands de jouets. Elle s’insurge contre ce porteur de peluches « Teddy », l’ours américain ou « Martin » , l’ours français.

Ainsi, dans notre bon pays de France, cohabitent des familles visitées par le Père Noël, et d’autres qui se réjouissent de fêter la naissance du Christ et offrent des cadeaux à leurs pieux enfants.

Le clergé voyant qu’il peine à endiguer la progression du Père Noël, qui fait la joie de la plupart de nos chères têtes blondes, tente ces dernières années, d’habiles manoeuvres de diversion et de récupération.

Diversion: « le petit Jésus  » apporterait lui aussi des cadeaux  » en traversant les airs, très bon et très juste, vers les enfants qui marchent droit ». Cette opération de diversion que je trouve moins respectable que le légitime rappel des aspects chrétiens du 25 décembre, fait long feu. Les enfants français préfèrent le bon vieillard rond, à pipe, arrivant sur un traîneau tiré par des rennes à un  » Petit Jésus aérien  » difficilement compatible avec l’image traditionnelle du petit être emmailloté et couché dans une crèche, évoqué par les Evangiles.

Récupération ; c’est cette fois-ci plus amusant et cela rapproche finalement toutes les familles de France : le Père Noël serait le fidèle messager du Petit Jésus, chargé de rétribuer tous les enfants qui ont fait preuve de bonté pendant l’année.

Ainsi grâce à l’imagination de notre clergé national, sans doute appuyé par un gouvernement souhaitant l’apaisement des querelles religieuses, le Père Noël et l’Enfant Jésus se rejoignent donc maintenant pour la plus grande joie des petits…

… et pour l’apaisement des passions entre leurs parents.

24 décembre 1907 : Retour à Paris en Orient Express

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Retour vers Paris en train. Plus de 12 heures dans les wagons de l’Orient Express. Dans une ambiance de luxe, servi par un personnel empressé, on se laisse aller à la rêverie ou l’on échange quelques mots courtois avec ses voisins, rentiers, aristocrates, riches hommes d’affaire pour la plupart.

Ce siècle qui commence s’annonce comme révolutionnaire au niveau des transports. Transatlantiques de plus en plus rapides, appareils volants à l’essai, automobiles … on peut maintenant profiter de ce train transfrontalier, bénéficiant de la technologie « Pullman ».

Il traverse toute l’Europe, de Paris (gare de l’Est) à Constantinople, en passant par Strasbourg, Munich, Vienne, Budapest et Bucarest.

Restaurant de l’Orient Express à sa création en 1883

Ce train est le résultat du dynamisme d’industriels audacieux.

George Pullman, d’abord. Cet Américain invente la technologie du wagon de nuit fiable, silencieux, confortable… et cher. Patron paternaliste, il diffuse son invention dans tous les Etats-Unis en insistant sur le sens du service à bord : ses trains américains emploient des familles d’esclaves affranchis après la guerre de Sécession !

Georges Nagelmackers ensuite. Industriel belge créatif. Il importe la technologie Pullman sur le continent européen. Il transpose en l’améliorant encore, cette idée de « service à bord parfait » qui fait la réputation de l’Orient Express.

Il crée cette puissante « Compagnie des Wagons Lits » qui possède l’Orient Express. Et grâce à ce riche capitaliste, les fonctionnaires, commerçants et industriels peuvent se rendre enfin d’un pays à l’autre, à travers toute l’Europe, dans de bonnes conditions de confort et dans un temps record.

Mon arrivée à la Gare de l’Est me donne l’occasion de monter dans un tramway à vapeur qui sera, je l’espère, bientôt remplacé par un tramway électrique moins bruyant et rejetant moins de saletés !

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Tramways à « air comprimé » desservant la gare de l’Est.

Il me reste quelques heures pour préparer mon rapport pour G. Clemenceau qui va me bombarder de questions sur Vienne, l’Empereur, mes impressions sur l’administration autrichienne…

Cela laisse peu de temps pour retrouver et passer un moment avec mon épouse qui était impatiente que je revienne et mes enfants, fascinés par cet extraordinaire voyage que vient de faire leur père.

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