17 novembre 1908 : Naissance des Camelots du Roi

« Liés à l’Action Française de Charles Maurras et Maurice Pujo, ils ont souvent une belle plume, ils parlent bien et aiment passionnément la France. Ils regrettent le manque de grandeur du régime républicain, les « petites combines » (c’est leurs mots) destinées à maintenir un gouvernement au pouvoir.

Ils aiment une société d’ordre et de hiérarchie. Croyants, souvent pratiquants, ils mènent une réflexion sur la Foi et vouent une grande admiration pour Jeanne d’Arc qu’ils considèrent comme une sainte intouchable devant être vénérée par tous. Ils veulent le retour du Roi et l’instauration d’une monarchie.

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Ingres, « Jeanne d’Arc au sacre de Charles VII ». Jeanne d’Arc, une référence pour les Camelots du Roi.

Ils se proposent de vendre à la criée le journal « L’Action Française ».

Peu tolérants vis à vis de ceux qui ne partagent pas leurs convictions,  ils n’hésiteront pas devant les actions violentes (bagarres) et spectaculaires, dans le quartier latin notamment.  »

Le rapport de la Préfecture de police sur les Camelots du Roi qui viennent d’être créés est complété par une liste de noms de personnes fréquentant ce nouveau groupe :

Le chef, Maxime Real del Sarte, fréquentant les Beaux arts, l’étudiant en lettres Georges Bernanos,  Marius Plateau, Lucien Lacour… De jeunes exaltés, issus plutôt de milieux favorisés, devenus rebelles et frondeurs.

Le rédacteur du rapport demande enfin la conduite à tenir quant au projet des Camelots du Roi d’intervenir pendant le cours à la Faculté d’Amédée Thalamas qui commencera mercredi 2 décembre en Sorbonne. Ce professeur est réputé pour exposer une vision de Jeanne d’Arc que l’Action Française juge insultante pour la sainte.

Je réponds ces quelques mots :  » Vous laissez les autorités de la Sorbonne régler elles-mêmes les situations éventuelles de chahut. En revanche, vous intervenez fermement, avec l’accord du recteur, en cas de d’infractions relevant du droit commun : violence contre les personnes, dégradation de biens publics. Vos interpellations doivent être menées avec doigté afin de ne pas susciter des polémiques supplémentaires.  »

Affaire sensible, à suivre de près.

16 novembre 1908 : Les quatre assassinats du duc de Guise

Il est huit heures, un froid matin de décembre. Quarante-cinq gentilshommes sans fortune, à la solde d’Henri III, se cachent derrière des tentures du cabinet vieux et de la chambre du roi du château de Blois. Ils sont armés et décidés.

Le souverain vient de vérifier lui-même la qualité des lames et a donné ses dernières consignes. Il retourne assister à son Conseil.

Quelques instants plus tard, le duc de Guise, le puissant chef de ligue, fier du haut de ses presque deux mètres, traverse la chambre principale pour rejoindre le cabinet où on lui dit qu’Henri III l’attend.

Arrivé dans la pièce, il ne trouve pas ce dernier et rebrousse chemin. Il doit alors faire face à huit hommes, épées ou poignards à la main, qui se jettent sur lui. Il se défend comme un diable et entraîne la meute, tout ensanglanté, dans la chambre du roi où d’autres spadassins lui portent des coups fatals.

Le duc s’écroule dans un dernier râle, en tentant de se protéger avec des coussins marqués d’un grand « H » majuscule.

 » On la refait ! »

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Scène du film  » L’assassinat du duc de Guise  » d’Henri Calmette et Charles Le Bargy : sortie en salle le 17 novembre 1908

Henri Calmette veut un beau film. Pas une oeuvre burlesque, une grosse farce comme ce que produit actuellement l’industrie du cinématographe. Assez des tartes à la crème et des râteaux qui frappent la face de personnages ridicules ! Vive les pellicules d’une qualité égale à celle du meilleur théâtre.

Les plus grands acteurs du moment sont là :

Charles Le Bargy joue Henri III et coréalise.

Le grand et musculeux Albert Lambert est encore allongé et devient, hors caméra, un duc de Guise rieur, bien éloigné de l’homme assassiné d’il y a cinq minutes.

Non loin de là, quelques curieux aperçoivent la très belle brune Gabrielle Robinne, vingt-deux ans, qui joue une marquise de Noirmoutier éplorée, incapable de convaincre son cher duc d’éviter la convocation piège du roi.

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Gabrielle Robinne

« Vite on la refait !  » répète Calmette. Le duc se relève, traverse les pièces du château une seconde fois et retombe avec abnégation sous les coups des mêmes spadassins… qui peinent à cacher leur fou-rire.

Au quatrième assassinat, le réalisateur n’est toujours pas satisfait. Henri Lavedan, le scénariste,  et Paul Lafitte, le réalisateur, tentent de le rassurer :  » la musique de Camille Saint-Saëns fera oublier les imperfections. Le public n’a jamais vu un film d’une telle qualité. Il va découvrir que le cinématographe peut devenir un art à part entière « .

Quelques mois plus tard, une projection privée est organisée à Paris avant la sortie en salle le 17 novembre.

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Le critique redouté du journal le Temps, Adolphe Brisson, prend quelques notes après la projection des quinze minutes que dure le drame.

Va-t’il assassiner le film ? Portera-t-il un coup fatal à ce jeune cinématographe qui demande à prendre sa place parmi les créations respectables ?

Le journaliste se caresse la barbe, il recale ses cent kilos dans son fauteuil et prépare son commentaire. Toute l’équipe du film attend, fiévreusement, ses premiers mots :

 » Vous avez fait un travail remarquable, un formidable récit visuel qui se grave dans nos esprits en traits inoubliables. C’est une impressionnante leçon d’histoire. Avec vous, on découvre que rien ne vaut l’enseignement par les yeux. »

André Calmettes souffle, Charles le Bargy sourit… royal. 

« Le duc de Guise »… ne sera donc pas assassiné en 1908.

14 novembre 1908 : Un impôt sur les chats, une idée chouette des Finances

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Les services du ministre des Finances Joseph Caillaux ne savent plus quoi inventer : après l’impôt sur les chiens, celui sur les portes et fenêtres, voilà maintenant la taxe sur les chats !

La note qui arrive sur mon bureau, pour validation de la Présidence du Conseil, est tout à fait sérieuse. Le ministère des Finances propose de taxer nos animaux favoris les chats.

Le document expose les arguments qui militent pour une telle taxation :

– il existe déjà un impôt sur les chiens (depuis la monarchie de Juillet), divisés entre chiens de garde et chiens de luxe ;

– une bonne fiscalité sur les bêtes ne doit pas se concentrer sur une seule catégorie d’animaux. Il convient donc de penser aux chats, dans un souci de justice et d’équité fiscale ;

– les propriétaires de chiens qui ne possèdent pas de chats ne cessent d’écrire aux députés et aux services du fisc pour protester au sujet de la non taxation de cet animal ;

– la Société Protectrice des Animaux est aussi favorable à ce nouveau prélèvement susceptible de réduire le nombre de chats errants, terreur des oiseaux et des nichées.

Le rédacteur de la rue de Rivoli propose donc l’insertion d’un article approprié dans une prochaine loi de Finances.

En marge du document que je renvoie au directeur du budget, je porte l’annotation suivante :

 » Monsieur le directeur,

La présidence du Conseil a pris bonne note de votre proposition. Si nous ne pouvons que louer votre souci d’équilibrer par tous moyens nos finances publiques, nous nous interrogeons en revanche sur la faisabilité de votre nouvelle taxation.

Le chat est, vous le savez, un animal capricieux, errant, irrégulier. Devra-t-on considérer que tout chat quittant un foyer pour partir en chasse ou dormir dans un grenier voisin, rend son maître coupable d’une évasion fiscale caractérisée ?

Je vous rappelle que l’impôt sur les chiens est déjà mal recouvré. On estime que six chiens sur dix échappent au fisc. Ne risque-t’on pas d’obtenir un résultat encore plus désastreux pour les chats ?

Votre argument de justice et d’équité fiscale vous conduira-t-il à nous proposer, dans une prochaine note, une taxe sur les poissons rouges et une autre sur les perruches en cage ?

Quel sera le régime fiscal des portées de chatons ?

Pour finir, vous savez que le proverbe parle de « chien du ministre et de chat du ministère ». Comment envisagez-vous la taxation des chats des ministères ?

Bref, il convient de muscler votre argumentation si vous ne voulez pas que votre fiscalité sur les animaux n’achoppe à des questions « bêtes » et qu’au moment du débat à la Chambre, le gouvernement n’entende, de la part des députés, des noms d’oiseaux.

Bien à vous.

Le conseiller.XXXX……. « 

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