23 mai 1908 : Un pétrole abondant et peu cher

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Le puit de pétrole Lucas Gusher à Spindletop au Texas en 1901

L’école de mon enfance et mes études m’ont appris l’importance du « roi charbon ». Au centre des besoins en énergie de mon pays, il y avait et il y a toujours ce minerai noir heureusement présent dans le sous-sol français.

Un autre minerai noir monte en puissance. Une ressource dont nous semblons largement dépourvus : le pétrole.

Dans un premier temps, il s’agissait d’approvisionner les pays occidentaux en kérosène, liquide nécessaire pour les nouvelles lampes. L’arrivée de l’automobile et la percée du moteur Diesel, notamment sur les bateaux, donne une importance décuplée à ce nouvel or noir.

L’Europe a été placée pendant les dernières décennies du XIXème siècle dans la main des seuls producteurs américains. C’est en effet sur le territoire des Etats Unis que les premiers gisements, abondants, ont été exploités de façon massive.

Ce pluriel de « producteurs » est devenu rapidement…plus singulier. John Davison Rockefeller et sa célèbre Standard Oil ont réussi à éliminer tous leurs concurrents en utilisant toutes les méthodes du capitalisme sauvage et notamment le dumping massif.

Aujourd’hui encore, quand nous roulons dans une automobile, nous avons toutes les chances de « rouler américain ». La Standard Oil poursuit l’approvisionnement d’une bonne partie du territoire français et lorsque nous achetons notre litre d’essence, nous augmentons encore la fortune de M. Rockefeller que l’on estime à plus d’un milliard de dollars.

La dépendance de l’Europe vis à vis de l’Amérique s’atténue pourtant progressivement grâce aux nouveaux gisements découverts au Proche et Moyen Orient. De nouvelles et puissantes compagnies  – comme la Royale Dutch Shell – concurrencent la Standard Oil et lui mènent une guerre sans merci.

Français, Britanniques et Allemand se bousculent pour exploiter les richesses minérales de la Mésopotamie ottomane.

La fin du règne de Rockefeller ?

Celui-ci ne s’avoue nullement vaincu et sa volonté de puissance reste intacte. Il cherche aujourd’hui à rencontrer un représentant du gouvernement français et souhaite lui faire des propositions. « Si la France veut un pétrole abondant et peu cher, qu’elle prenne contact avec moi !  »

G. Clemenceau m’envoie donc aujourd’hui dans un très grand hôtel parisien – dont le nom doit rester secret – pour rencontrer M. Rockefeller, de passage dans la capitale.

Il est 7 heures du matin. Le rendez-vous est dans une heure. Je file …

Je vous raconte tout ce soir.

22 mai 1908 : Pagaille dans les transports

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Paris, Porte Saint-Denis 1908

Haussmann avait a priori tout pensé. Les avenues parisiennes sont larges, agréables, bordées d’arbres. Il est difficile d’imaginer que les très importants aménagements voulus par le baron, cinquante ans après, ne suffisent plus pour faire face aux difficultés de circulation dans Paris.

Un rapport confidentiel de la préfecture de police arrivé ce jour sur mon bureau montre que l’indécision des pouvoirs publics et de la municipalité sont à l’origine de nos malheurs.

Notre capitale a pris du retard dans la modernisation des véhicules utilisés par les Parisiens. Même en 1908, le cheval est encore largement à l’honneur. Pour tirer les omnibus, les tramways et encore plus de 9000 fiacres. Or, les transports hippomobiles restent particulièrement lents, notamment dans les montées, plus fréquentes que l’on ne croit à Paris.

Ensuite, une simple promenade dans nos rues permet de confirmer l’une des conclusions principales du rapport. Les modes de transports se développent de façon anarchique. Cohabitent dans des voies identiques des moyens de déplacement qui auraient besoin d’être séparés. Les taxis automobiles se faufilent entre tramways et omnibus, les transports en commun ne sont guère prioritaires par rapport au développement des véhicules individuels.

Chacun se gare où il veut, où il peut. On crie, on rouspète derrière une charrette de livraison qui se plante en face du commerçant à approvisionner sans se soucier du passage qui se bloque et de la longue file qui se forme derrière.

L’Etat et la Ville devraient agir. On sait par exemple que l’entretien de deux chevaux de fiacre coûte beaucoup plus cher que celui d’une automobile. Pourquoi ne pas  mettre un terme rapide à un mode de transport désuet (et malodorant) ?

L’arrivée du métropolitain se révèle une vraie solution pour décongestionner le transport de surface. Pourquoi avoir attendu 1900 (l’année de l’Exposition universelle) pour ouvrir la première ligne ? Pourquoi en est-on seulement à quatre lignes ouvertes huit ans après ?

Tout cela est très agaçant. Que de temps perdu par chaque Parisien pendant que les édiles de la capitale discutent à l’infini, sans se mettre d’accord, sur un plan de développement ordonné de la circulation !

30 avril 1908 : La retraite à 70 ans … c’est pour bientôt … en Angleterre

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Grève de mineurs en Angleterre 1908

Vingt-cinq millions de jours de grève par an : la terreur de Clemenceau. Heureusement, ce n’est pas en France mais en Angleterre. C’est ce que l’on appelle là-bas le « labour unrest ». Tour à tour, les chauffeurs d’omnibus, les cheminots, les dockers ou les mineurs cessent le travail pour obtenir un salaire minimum national, un régime de retraite ou une assurance maladie.

A partir de cette année, ces mouvements pourraient donner leurs premiers résultats. Le gouvernement britannique envisage très sérieusement la mise en place d’un système de retraite. A partir de 70 ans, leurs bénéficiaires pourraient percevoir 20 shillings par mois, soit le quart du salaire d’un ouvrier non qualifié. Ce n’est pas encore le Pérou mais cela place nos voisins d’Outre-manche avant la France qui ne parvient toujours pas à faire adopter le moindre projet de loi en la matière.

La puissance des syndicats anglais – les trade-unions – est sans commune mesure à ce que nous connaissons. Même si les employeurs n’hésitent pas à traîner leurs leaders devant les tribunaux, ils augmentent leur force chaque jour.

Ils se réunissent actuellement sous la forme du Trade Union Congress (TUC) et soutiennent un parti qui compte de plus en plus de députés : le Labour (que l’on peut traduire en « parti travailliste »). Ce jeune parti, par d’habiles alliances avec les libéraux, pèse dans l’échiquier politique et peut maintenant contraindre à l’adoption de lois sociales novatrices.

Nous sommes loin de la Charte d’Amiens de 1906, document par lequel nos syndicats français s’interdisent toute activité politique et se privent donc d’une voie légale pour faire progresser leurs revendications.

Le résultat est là : les travailleurs anglais vont bientôt tous avoir une retraite. Les cols bleus français attendront pour leur part le bon vouloir des parlementaires ou de l’exécutif.

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