24 avril 1908 : La Chine déboussolée

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La Cité Interdite, Pékin

Les échos transmis par nos diplomates implantés en Chine sont préoccupants. Ce pays, continent à lui tout seul, est en plein désarroi.

A la suite de la guerre des Boxeurs (révolte xénophobe chinoise anti-occidentale matée par les troupes européennes), les pays occidentaux ont exigé de la Chine de très importantes indemnités de guerre : 450 millions de dollars d’argent. Cette somme, faible pour des grandes puissances, constitue une véritable saignée dans un pays affaibli par une économie déséquilibrée et un Etat qui peine à se réformer.

La Chine, incapable de rembourser correctement, accumule les intérêts de retard et voit la charge de sa dette s’alourdir de mois en mois.

Le pays est progressivement démembré par ses multiples occupants. Le Japon s’est servi en premier et a pris Formose, les îles Pescadores, les régions de Suzhou et Hangzhou. Les Anglais leur ont emboîté le pas et sont entrés en possession des territoires de Weihai et de Shandong. Les Russes, les Français, les Allemands se partagent aussi d’autres villes économiquement intéressantes, en fonction de leurs intérêts égoïstes.

Les Occidentaux qui ont aussi la main sur les douanes et la gabelle chinoises, privent ainsi l’Etat de tout revenu indépendant.

Les masses rurales sont plongées dans une misère noire et restent à la merci du moindre aléa climatique. A tout moment, elles peuvent basculer dans la famine. Les Chinois et leurs dirigeants ont trop parié sur des cultures propres à satisfaire une clientèle étrangère. Le thé, le coton ou la soie, un temps source de prospérité, voient leur prix s’effondrer avec l’arrivée de nouveaux pays producteurs. Ces productions qui ont fait reculer les cultures vivrières laissent maintenant la place à des friches.

Le mauvais entretien des digues rend les inondations (fleuve Jaune…) fréquentes et particulièrement destructrices.

Toute l’économie chinoise passe progressivement sous le contrôle des grandes banques étrangères. La rareté des capitaux dirigés par les Occidentaux vers les usines chinoises les condamne à la disparition. Cet Empire affaibli est contraint d’importer une majeure partie des produits finis. Les maigres bénéfices des sociétés chinoises, sous contrôle étranger, sont rapatriés en Occident et ne permettent donc aucun investissement productif local.

Les lettrés chinois, les commerçants doués, quittent massivement leur pays et vont enrichir avec leurs idées neuves d’autres contrées d’Asie du Sud-Est.

L’immense Chine est en passe de devenir un nain sur l’échiquier international. Un nain bien malade.

14 avril 1908 : Les riches sont plus au courant que les pauvres !

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La Tour Eiffel et la fée électricité en 1900

Il a fallu attendre une crise pour s’y mettre : l’incendie de l’Opéra Comique le 25 mai 1887, provoqué par une rampe à gaz, est à l’origine de la décision de la municipalité d’équiper Paris d’un éclairage électrique.

Une usine municipale d’électricité installée dans le sous-sol des Halles a été inaugurée, il y a bientôt vingt ans, le 1er décembre 1889.

Jusque-là, nous Parisiens, avions tous cru que les choses avanceraient vite. Nous étions persuadés que chaque rue et progressivement chaque habitation de notre ville basculerait du gaz à l’électricité.

En 1908, la désillusion est forte. La Ville a renoncé ces deux dernières décennies à faire les investissements nécessaires. Le réseau et l’exploitation ont été confiés, en concession, à six compagnies pendant dix-huit ans.

Pour quels résultats ?

Le XVIème arrondissement, les Champs-Elysées et les grands boulevards sont effectivement équipés d’un éclairage urbain moderne et fiable. Mais le XXème attend toujours le creusement des premières canalisations.

La Ville a fini par s’émouvoir des investissements très sélectifs des compagnies concessionnaires privées qui conduisent, en fait, à éclairer en priorité les quartiers huppés et à délaisser les faubourgs. En outre, les tarifs pour les particuliers sont beaucoup trop élevés et seuls quelques immeubles grands bourgeois profitent de la fée électricité.

Les discussions avec les industriels s’éternisent depuis la fin des concessions en 1905. Nous sommes depuis trois ans en « régime transitoire » pour la production et la distribution du courant. La Capitale reste découpée en six secteurs respectant des normes électriques différentes. L’unification et les investissements à effectuer restent gigantesques. Sous la pression de l’Etat, des efforts sont cependant entrepris. Notre Capitale ne peut se permettre d’être à la traîne par rapport aux autres grandes villes européennes.

En attendant, la plupart des Parisiens profitent de la bonne vieille lumière fournie par la Société du gaz de Paris.

Le combat « électricité contre gaz » pourrait bien tourner à l’avantage du second si les pouvoirs publics ne prennent pas les choses en main rapidement.

24 mars 1908 : Des millions de francs partent en fumée dans l’Affaire Rochette

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Le Garde des Sceaux Briand s’entretient chaque semaine en secret avec Clemenceau sur l’affaire Rochette

L’affaire est préoccupante. Les puissants risquent d’être éclaboussés. Les petits porteurs ruinés. Un parfum de scandale flotte dans les bureaux des ministères et dans les couloirs de la Chambre.

Henri Rochette vient d’être arrêté sur ordre de G. Clemenceau. Créateur du Crédit minier, il émettait des bons d’épargne à la valeur fictive, générant des intérêts importants pour les petits épargnants. Pour payer les sommes dues, il lançait de nouvelles émissions. Pour tromper les autorités de tutelle bancaire, il s’était fait une spécialité dans la présentation de faux bilans.

Le plus inquiétant dans cette affaire, c’est l’ampleur qu’elle a pu prendre. Cent-vingt millions de francs volatilisés. Personne ne s’est rendu compte de rien – ou personne n’a rien dit – pendant de longs mois.

Les rumeurs courent, dévastatrices. Henri Rochette n’a pu agir seul. Il bénéficie forcément de soutiens politiques. On cite pêle-mêle Albert Dalimier, député de Seine-et-Oise ; Fernand Rabier, député du Loiret ; Jean Cruppi, député de Haute-Garonne … et ministre du Commerce et de l’Industrie depuis janvier.

Jaures ne décolère pas en public contre  « ce régime malsain qui laisse les aigrefins prospérer « . Clemenceau a décidé d’être impitoyable, un nouveau scandale comme celui de Panama serait désastreux pour le parti radical et le gouvernement. Il faut donner une impression de rigueur, de fermeté.  » Tout est sous contrôle  » est le mot d’ordre.

Le Préfet Lépine, avec lequel je suis en contact régulier, nous fournit les rapports de la police judiciaire, chaque jour ou presque, détaillant l’avancée de l’enquête. Briand, Garde des Sceaux, s’entretient une fois par semaine avec Clemenceau, en tête-à-tête secret.

Mis à part le ministre du Commerce que je viens de citer, il n’y aurait a priori pas d’autres personnalités de premier plan touchées.

En revanche, on ne compte plus les fonctionnaires victimes de cette escroquerie. Des gendarmes, des magistrats, des policiers, des professeurs, des chefs de bureau en centrale … ils ont tous crus à la la « poule aux oeufs d’or ». Pour eux, le réveil est dur.

Et c’est là que mon rôle dans cette affaire se précise. Je suis chargé, avec les listes de noms communiquées par les policiers du préfet Lépine, de vérifier qu’il n’y aura pas de « pressions » issues directement des rangs de l’Administration, de la part de fonctionnaires directement intéressés par le sort du Crédit minier. « Mission de confiance » me précise le directeur de cabinet Winter. « Mission pourrie » me dis-je plutôt dans mon for intérieur. Je n’ai pas le choix. Il va falloir surveiller certains de mes collègues, sans qu’ils le sachent.

Triste affaire Rochette.

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