25 mai 1926 : L’ogre Joseph Kessel

J’ai longuement hésité à le rencontrer. Un conseiller de l’ombre ne se montre pas, encore moins à la presse. Mais Kessel sait vaincre les réticences. Son dernier billet reçu hier à l’Élysée tenait en deux lignes : « Je ne cherche pas le fonctionnaire, mais l’homme qui voit couler le siècle depuis 20 ans à un endroit privilégié. Aucun nom ne sortira de ma plume, je vous en donne ma parole d’honneur. » Cette garantie absolue de ne jamais me citer a levé mes doutes. J’ai accepté le rendez-vous.

Rencontre ce matin au Café de l’Alma. À vingt-huit ans, le reporter du Matin n’entre pas dans une pièce : il l’envahit. Une carrure de boxeur, le complet froissé par une nuit trop courte, et ce regard bleu d’acier. Sa personnalité est fascinante par cette fureur de vivre qui l’habite, mais elle est aussi immédiatement attachante. Au milieu du cynisme des couloirs du pouvoir, Kessel désarme par une sincérité brute, presque enfantine, et une immense empathie pour les êtres. Il n’analyse pas le monde, il le ressent.

Il s’effondre sur la banquette en cuir, extirpe de sa poche un paquet de Gauloises écrasé. Il respecte notre accord et ne se permet aucune forme de familiarité : il ne m’appelle d’ailleurs pas Olivier, mais « Monsieur le conseiller ».

Kessel : « Merci d’avoir brisé votre réserve, Monsieur le conseiller. L’Élysée est en ébullition avec la Pologne et la fin de la guerre du Rif, mais j’ai besoin d’aller au-delà des communiqués. Je cherche la moelle de cette époque. Dites-moi : les hommes qui nous gouvernent croient-ils vraiment à ce grand calme blanc qu’on nous vend à Genève, ou font-ils semblant ? »
Devant ce bloc de franchise, mes réflexes de diplomate s’effondrent. J’ai besoin, moi aussi, de lâcher le masque. Je me penche vers lui.

Moi : « Puisque vous me jurez le secret, Kessel… la vérité est qu’ici, nous ne gouvernons plus. Nous subissons. Briand court après des mirages de paix universelle parce qu’il a l’horreur des cimetières, mais ses traités sont des digues de papier. Le franc s’effondre, la Pologne bascule dans la dictature, le Levant saigne. Derrière les sourires de Doumergue et les lambris dorés, il n’y a pas de grand plan. Il n’y a trop souvent que de l’angoisse et de l’impuissance. On gère la faillite d’un vieux monde en priant pour que le volcan ne se réveille pas avant la fin de notre mandat. »
Un grand silence s’installe. Le regard de Kessel change. La curiosité du journaliste s’efface devant la fraternité de l’homme. Il pose sa main lourde sur la table.

Kessel : « Merci pour cette vérité-là. C’est exactement ce que je ressentais dans les tranchées ou en Sibérie. Les chefs affichent des certitudes, mais les hommes avancent dans le noir. C’est pour cela que je cours le monde, pour montrer cette humanité tremblante, livrée à elle-même. »

Il regarde sa montre à gousset, se lève d’un bond. L’énergie revient, intacte.

Kessel : « Mon train pour Berlin part ce soir. Je vais voir comment l’Allemagne encaisse ses propres tempêtes. Ne l’oubliez pas, Monsieur le conseiller : votre parole est en sécurité avec moi. Le monde s’écroule peut-être, mais nous sommes vivants. »

Une poignée de main vigoureuse, et le cyclone s’en va. Il laisse une odeur de tabac brun et une tasse de café à moitié vide.

Je suis de nouveau seul à mon bureau parisien. Kessel roule déjà vers Berlin.
Je ne regrette pas mes confidences. Il y a des moments où le secret devient un poison et où l’on a besoin de crier la vérité à un homme d’honneur. Kessel est de ceux-là : sa parole vaut tous les traités de la SDN.
Il est attirant parce qu’il cherche le danger, mais profondément touchant parce qu’il s’efforce surtout de comprendre notre détresse collective sans jamais nous juger. En lui disant notre forme d’impuissance, j’ai eu l’impression de donner un sens à mon silence quotidien.


Joseph Kessel en 1926. À 28 ans, l’ancien aviateur de la Grande Guerre est la coqueluche de Paris. Grand reporter intrépide pour Le Matin, auteur à succès de L’Équipage et bientôt lauréat du Grand Prix du roman de l’Académie française, il court le monde en quête de vérité brute. Un monstre sacré en devenir.
(Image de fiction)

May 25, 1926: The Ogre Joseph Kessel

I hesitated for a long time. A shadow advisor does not reveal himself, least of all to the press. But Kessel knows how to overcome reluctance. His latest note, received yesterday at the Élysée, was just two lines long: « I am not looking for the civil servant, but for the man who has watched the century unfold for twenty years from a privileged vantage point. No name will ever escape my pen, I give you my word of honor. » This absolute guarantee never to quote me dispelled my doubts. I accepted the meeting.


We met this morning at the Café de l’Alma. At twenty-eight, the reporter for Le Matin doesn’t merely enter a room: he takes it over. A boxer’s build, a suit rumpled by a night cut far too short, and those steel-blue eyes. His personality is fascinating because of the fierce passion for living that drives him, yet he is also instantly endearing. Amid the cynicism of the corridors of power, Kessel disarms with a raw, almost childlike sincerity, and an immense empathy for human beings. He does not analyze the world; he feels it.
He collapses onto the leather banquette, pulls a crumpled pack of Gauloises from his pocket, and honors our agreement, allowing himself no familiarity whatsoever: indeed, he does not call me Olivier, but « Monsieur le conseiller. »


Kessel: « Thank you for breaking your reserve, Monsieur le conseiller. The Élysée is in a frenzy over Poland and the end of the Rif War, but I need to go beyond the official press releases. I am looking for the very marrow of this era. Tell me: do the men who govern us truly believe in this great white calm being sold to us in Geneva, or are they just pretending? »


Faced with this wall of sheer candor, my diplomatic reflexes crumble. I, too, need to let the mask fall. I lean toward him.


Me: « Since you swear yourself to secrecy, Kessel… the truth is that here, we are no longer governing. We are merely enduring. Briand chases after mirages of universal peace because he harbors a horror of graveyards, but his treaties are nothing but paper dams. The franc is collapsing, Poland is sliding into dictatorship, the Levant is bleeding. Behind Doumergue’s smiles and the gilded paneling, there is no grand plan. All too often, there is only anxiety and helplessness. We are managing the bankruptcy of an old world, praying that the volcano does not wake up before the end of our term. »


A heavy silence falls. Kessel’s gaze changes. The journalist’s curiosity gives way to the man’s sense of brotherhood. He places his heavy hand on the table.


Kessel: « Thank you for that truth. It is exactly what I felt in the trenches or in Siberia. The leaders project certainty, but the men are marching in the dark. That is why I race across the world—to show this trembling humanity, left entirely to its own devices. »


He looks at his pocket watch and leaps to his feet. His energy returns, undiminished.
Kessel: « My train for Berlin leaves tonight. I am going to see how Germany is weathering its own storms. Do not forget, Monsieur le conseiller: your words are safe with me. The world may be crumbling, but we are alive. »
A vigorous handshake, and the cyclone is gone. He leaves behind the scent of dark tobacco and a half-empty cup of coffee.


I am alone once more at my Parisian desk. Kessel is already rolling toward Berlin.
I do not regret my confidences. There are times when secrecy becomes a poison, and when one needs to shout the truth to a man of honor. Kessel is one of those men: his word is worth more than all the treaties of the League of Nations.
He is compelling because he seeks out danger, yet deeply moving because, above all, he strives to understand our collective distress without ever judging us. In confessing our own brand of helplessness to him, I felt as though I were giving meaning to my daily silence.

15 mai 1926 : La Pologne fragilisée

L’orage ne gronde pas seulement au-dessus des jardins de l’Élysée, où une pluie fine et tenace noircit les graviers. Il gronde surtout dans le cabinet de Gaston Doumergue. Sur le bureau de chêne, les dépêches s’empilent, encore humides de l’encre des téléscripteurs. À Varsovie, le sang coule. Le maréchal Piłsudski, le vieux lion de l’indépendance, a franchi le Rubicon — ou plutôt le pont Poniatowski. Ses troupes font face à celles du gouvernement légal. La Pologne, notre grande alliée de l’Est, ce rempart que nous avons bâti contre les Soviets et les Allemands, est en train de se déchirer.

Le ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand, est là, affalé dans un fauteuil trop grand pour lui, une cigarette éternellement suspendue à ses lèvres. Il semble porter toute la fatigue de la SDN sur ses épaules voûtées. Doumergue, lui, fait les cent pas, les mains derrière le dos, son habituel sourire méridional effacé par une grimace d’inquiétude.

Doumergue : (s’arrêtant net devant la fenêtre) C’est une catastrophe, Aristide. Si la Pologne sombre dans la guerre civile, c’est tout l’édifice de Locarno qui s’écroule. Que fait l’armée ? Que fait notre mission militaire là-bas ?

Briand : (d’une voix caverneuse, entouré d’un nuage de fumée) L’armée se divise, Gaston. C’est là tout le drame. Nos officiers sur place ne savent plus s’ils doivent saluer le Maréchal ou protéger le Président Wojciechowski. Et pendant ce temps, à Berlin, on doit déboucher le champagne. Une Pologne faible, c’est une Allemagne qui respire.

Moi : (intervenant depuis le coin de la table où je trie les rapports) Monsieur le Président, Piłsudski n’est pas un putschiste d’opérette. Je l’ai vu à l’œuvre en 1920 contre les Rouges. Cet homme n’aime pas le désordre, il déteste seulement les politiciens qui bavardent pendant que la maison brûle.

Doumergue : (se tournant vers moi) Et vous croyez qu’il va s’arrêter aux portes du Parlement ? Il réclame la « Sanacja », l’assainissement ! C’est un mot qui sent toujours la poudre et la dictature, mon cher Olivier. La France ne peut pas cautionner un coup de force.

Briand : La France fera ce qu’elle fait toujours : elle attendra de voir qui tient le fusil le plus long. Si Piłsudski gagne, il sera notre meilleur allié contre les Bolcheviks. S’il perd, il sera un rebelle regrettable. Mais pour l’heure, nos fonds sont bloqués et le franc dégringole encore de trois points à la Bourse. Voilà la réalité.

Moi : Justement. Si nous hésitons trop, nous perdons sur les deux tableaux. Piłsudski nous reprochera notre lâcheté, et les légalistes notre manque de soutien. Il faut envoyer un signe à Varsovie. Pas une condamnation, mais un appel au calme qui ménage le Maréchal.

Doumergue : (soupirant) Ménager un homme qui fait tirer le canon en pleine ville… On me demandera des comptes à la Chambre.

Briand : (se levant péniblement) À la Chambre, Gaston, on parle. À Varsovie, on tire. Pour l’instant, laissons Olivier répondre à notre ambassadeur Jules Laroche. Dites-lui que la France observe avec « une amicale émotion ». C’est assez flou pour ne fâcher personne, et assez noble pour paraître diplomate.

Il est minuit, je suis rentré chez moi.

J’ai encore en tête les dépêches de ce soir : 300 morts, dit-on déjà. Des soldats polonais qui se sont entre-tués alors qu’ils portaient le même uniforme, celui que nous les avons aidés à tailler. Briand a raison de fumer pour cacher son angoisse. Il sent que son « Europe de la Paix » est un château de cartes. On ne stabilise pas un continent avec des traités quand les ventres sont vides et que les frontières saignent.

J’ai écrit à Laroche, comme convenu. Des mots de velours pour une situation de fer. Au fond, je ne peux m’empêcher d’avoir une certaine sympathie pour ce vieux Piłsudski. Il voit son pays s’effilocher dans les querelles de couloir et il tranche le nœud gordien à la baïonnette. C’est brutal, c’est malheureux, mais c’est peut-être la seule façon d’empêcher les loups de Berlin et de Moscou de se partager les restes.

Demain, le franc tombera sans doute encore. Les ménagères pesteront contre le prix du pain et se moqueront bien de ce qui se passe sur les bords de la Vistule. Mais ici, dans ma maison versaillaise bien calme, je sais que le premier domino du mur de sécurité qui devrait protéger la France, vient de tomber.

Le maréchal Pilsudski, franchissant le Pont Poniatowski de Varsovie
Le maréchal Pilsudski en 1926

May 15, 1926: A Poland Weakened

The storm does not only rumble over the gardens of the Élysée, where a thin, persistent rain blackens the gravel. It rumbles, above all, within Gaston Doumergue’s private office. Upon the oak desk, despatches pile up, the ink from the teleprinters still damp. In Warsaw, blood is flowing. Marshal Piłsudski, the old lion of independence, has crossed the Rubicon—or rather, the Poniatowski Bridge. His troops now face those of the legal government. Poland, our great Eastern ally, the bulwark we erected against both Soviets and Germans, is tearing itself apart.

The Foreign Minister, Aristide Briand, is there, slumped in an armchair far too large for him, a cigarette eternally dangling from his lips. He seems to carry the entire exhaustion of the League of Nations upon his stooped shoulders. Doumergue pace back and forth, hands behind his back, his habitual Southern smile replaced by a grimace of anxiety.

Doumergue: (stopping dead before the window) It is a catastrophe, Aristide. If Poland sinks into civil war, the entire edifice of Locarno will collapse. What is the army doing? What is our military mission there doing?

Briand: (in a hollow voice, shrouded in a cloud of smoke) The army is divided, Gaston. That is the tragedy of it. Our officers on the ground no longer know whether they should salute the Marshal or protect President Wojciechowski. Meanwhile, in Berlin, they must be uncorking the champagne. A weak Poland is a reprieve for Germany.

Me: (intervening from the corner of the table where I am sorting reports) Mr. President, Piłsudski is no comic-opera putschist. I saw him at work in 1920 against the Reds. This man does not love disorder; he merely despises politicians who chatter while the house is burning.

Doumergue: (turning toward me) And you believe he will stop at the gates of Parliament? He demands « Sanacja », a cleansing! That is a word that always reeks of gunpowder and dictatorship, my dear Olivier. France cannot sanction a coup.

Briand: France will do what she always does: she will wait to see who holds the longest rifle. If Piłsudski wins, he will be our best ally against the Bolsheviks. If he loses, he will be a regrettable rebel. But for the moment, our funds are frozen and the franc has dropped another three points on the Bourse. That is the reality.

Me: Precisely. If we hesitate too long, we lose on both fronts. Piłsudski will reproach us for our cowardice, and the legalists for our lack of support. We must send a sign to Warsaw. Not a condemnation, but an appeal for calm that treads lightly with the Marshal.

Doumergue: (sighing) Treading lightly with a man who fires cannons in the heart of the city… I shall be called to account in the Chamber.

Briand: (rising with effort) In the Chamber, Gaston, they talk. In Warsaw, they fire. For now, let Olivier reply to our ambassador, Jules Laroche. Tell him that France is observing the situation with « a sense of friendly concern. » It is vague enough to offend no one, and noble enough to pass for diplomacy.

It is midnight; I have returned home.

The evening’s despatches still haunt me: three hundred dead, they already say. Polish soldiers killing one another while wearing the very same uniform we helped them tailor. Briand is right to smoke to hide his anguish. He senses that his « Europe of Peace » is a house of cards. One does not stabilize a continent with treaties when stomachs are empty and borders are bleeding.

I wrote to Laroche, as agreed. Velvet words for an iron situation. Deep down, I cannot help but feel a certain sympathy for old Piłsudski. He sees his country fraying in corridor quarrels and cuts the Gordian knot with a bayonet. It is brutal, it is tragic, but it is perhaps the only way to prevent the wolves of Berlin and Moscow from sharing the remains.

Tomorrow, the franc will likely fall again. Housewives will grumble about the price of bread and care little for what happens on the banks of the Vistula. But here, in my quiet house in Versailles, I know that the first domino in the defensive wall meant to protect France has just fallen.

13 mai 1926 : La bourgeoisie se rassure enfin !

Ce qui s’est passé en Angleterre ces derniers jours a failli être un séisme. Un arrêt de travail des mineurs particulièrement dur et suivi, un début de grève générale secouant le royaume britannique, un approvisionnement en charbon fragilisé pour toute l’industrie européenne et en filigrane la menace – réelle ou supposée – de la subversion bolchévique : il n’en fallait pas plus pour que toute la bourgeoisie française tremble comme une feuille !

La presse n’a cessé d’enchaîner les articles alarmistes sur un possible effondrement de l’Angleterre, prélude à une révolution européenne secrètement pilotée par Moscou. Nos hommes politiques conservateurs ont repris, sans nuance, les discours martiaux du Chancelier de l’Échiquier anglais Winston Churchill, reproduits dans son journal gouvernemental The British Gazette.

Le résultat était stupéfiant : plus un dîner en ville ou un seul salon sans que soit abordé le sujet, la gorge nouée ; des débats à la Chambre transformés en commentaires inquiets ou envieux (suivant si on se situait à droite ou à gauche de l’hémicycle) de la situation outre-Manche.

En écho à la mobilisation de la Royal Navy, le gouvernement français avait déplacé des régiments de dragons dans nos villes portuaires, « pour décourager la contagion » disait le Ministre de l’Intérieur. Et pour ma part, j’étais chargé de rencontrer discrètement nos principaux dirigeants syndicaux pour sonder leurs intentions de s’inspirer – ou non – du puissant Trade Union Congress (TUC) anglais.

Le 13 mai, force est de constater que le mouvement fait « pschiitt». Il se dégonfle progressivement comme un vieux pneu. Le gouvernement du premier ministre Stanley Baldwin n’a rien cédé. Il s’était préparé de longue date à cette crise majeure et il a soutenu la position intransigeante des patrons des charbonnages.

Nous allons enfin pouvoir parler d’autre chose dans les soupers de mon amie Marguerite de Saint-Marceaux !

Des manifestations massives secouent les grands villes britanniques au moment de la grande grève des mineurs de mai 1926

La répression policière du mouvement ouvrier anglais en mai 1926

Dans les salons parisiens, même si la musique est là pour se changer les idées, en réalité, on s’inquiète…

May 13th, 1926: The Bourgeoisie Breathes at Last!

What has transpired in England these past few days came perilously close to a seismic shift. A particularly bitter and widely followed miners’ strike, the onset of a general strike rocking the British realm, a coal supply for all European industry hanging in the balance, and beneath it all the threat—be it real or imagined—of Bolshevik subversion: it took no more than this to set the French bourgeoisie trembling like a leaf!

The press has been relentless, churning out alarmist reports of England’s potential collapse—a mere prelude to a European revolution covertly orchestrated by Moscow. Our conservative politicians have echoed, without a hint of nuance, the martial rhetoric of the British Chancellor of the Exchequer, Winston Churchill, as printed in his government rag, The British Gazette.

The result was staggering: not a single dinner party or salon escaped the subject, discussed with constricted throats. Debates in the Chamber were reduced to anxious or envious commentaries regarding the situation across the Channel, depending on whether one sat to the right or the left of the hemicycle.

Echoing the mobilization of the Royal Navy, the French government dispatched regiments of dragoons to our port cities, « to discourage contagion, » as the Minister of the Interior put it. For my part, I was tasked with discreetly meeting our leading union officials to sound out their intentions—to see whether or not they were inspired by the mighty English Trade Union Congress (TUC).

Today, the 13th of May, it must be noted that the movement has sputtered out. It is deflating steadily, like a punctured tyre. Prime Minister Stanley Baldwin’s government has not yielded an inch. Having long prepared for this major crisis, he stood firm behind the intransigent position of the colliery owners.

We shall finally be able to discuss something else at the soirées of my friend Marguerite de Saint-Marceaux!

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