10 novembre 1907: Freud; des rêves qui en disent long sur nous?

Sigmund freud um 1905.jpg Le docteur Sigmund Freud

Lors d’une rencontre avec Wielfried K…attaché de l’ambassade d’Allemagne, celui-ci m’a prêté un livre en allemand « Die Traumdeutung », paru il y a six ou sept ans, écrit par un médecin viennois, le docteur Sigmund Freud.

Ce livre dont je ne connais pas de traduction française (je suis heureusement doué en langues), porte sur l’interprétation des rêves.

La thèse développée s’éloigne beaucoup de ce que l’on a l’habitude lire sur le sujet.

Si j’ai bien compris, les rêves nous révèlent une partie secrète de nous-même, dont nous n’avons pas conscience.

Par exemple, une femme rêve, de manière incompréhensible a priori, qu’elle n’arrive pas à préparer un repas faute de victuailles (les magasins sont fermés, il est dimanche; le téléphone est en dérangement et on ne peut donc se faire livrer…).

Si on l’interroge au réveil, on découvre qu’elle doit, en fait, régulièrement préparer des soupers pour une amie…dont son mari dit beaucoup (trop) de bien.

Dans ses songes, elle renonce donc à donner des dîners…

…qui provoquent, dans le monde réel, autant de rencontres entre cette « amie » et son époux. 

Le docteur Freud, qui semble être de plus en connu (et contesté) à Vienne, propose d’interpréter tous les rêves comme le résultat de l’action de l’inconscient, cette partie de notre cerveau qui fonctionne sans volonté de notre part.

Ce qui se passe dans cet inconscient (j’espère que je traduis bien le terme allemand) est guidé par des désirs, assez souvent d’origine sexuelle.

Or ces désirs ne peuvent s’exprimer dans le monde réel, en état de veille, car ils se révèlent peu conformes aux règles de vie sociale. Si ces désirs s’exprimaient le jour ou de façon trop claire dans nos rêves, il généreraient de la culpabilité ou de l’angoisse.

Ils s’expriment donc la nuit, dans nos songes et prennent, sous l’effet du contrôle qu’exerce malgré tout notre morale, une forme masquée les rendant acceptables.

Tout le talent du docteur Freud est de révéler le sens de ce qui est produit par les rêves et caché dans l’inconscient, comme on déchiffre une langue étrangère.

Ce travail sert à soigner, à Vienne, des patients malades des nerfs: Ils parlent au docteur, exposent leurs rêves, apprennent à en découvrir le sens…et leur état mental s’améliore.

J’avoue être séduit et dérouté à la fois par ce que je viens de lire.

Quelles preuves ce médecin peut-il avancer de ce qu’il écrit? Le poids qu’il donne à nos désirs sexuels n’est-il pas excessif? L’inconscient nous dirige-t’il à ce point à notre insu?

Quelle liberté réelle avons-nous, comme hommes « doués de raison », si ces thèses sont exactes?

15 octobre 1907: Il faut que je lise BERGSON!

 Henri Bergson

Certains collègues ou chefs ne cessent de me parler de ce professeur au collège de France qu’est Henri Bergson.

Son livre le plus récent, « L’Evolution Créatrice », a fait grand bruit dans le petit monde de ceux qui s’intéressent à la philosophie.

Dans un langage clair, il donne des armes à ceux qui se plaignent d’une époque où seule la science, le progrès technique comptent. Il explique que notre esprit n’est pas que matière mais aussi et surtout « élan vital ». Nos actes, notre personnalité ne sont pas le produit d’un déterminisme qui nous échappe mais d’une conscience et d’une liberté créatrice qui nous appartient.

Les scientifiques purs se trompent aussi en jugeant que des données comme le « temps » sont mesurables et uniformes. Chacun sait pourtant que l’impression de durée varie plus ou moins longuement en fonction de la joie ou de l’ennui que nous pouvons ressentir pendant l’instant que nous cherchons à mesurer. Il y une durée psychologique qui est celle que ma conscience éprouve. Cette durée, les savants sont impuissants à la mesurer..alors que chaque être humain peut la ressentir, la vivre.

La science a donc clairement des limites.

Ceux qui ont rencontré le professeur reviennent fascinés par son intelligence lumineuse, sa façon de parler littéraire et précise. Dans une France où l’on peine à voir Dieu autrement que comme une « tradition », il évoque les saints et les héros qui inventent des valeurs nouvelles, dans un amour des autres sans limites.

Dans ce monde de souffrance (le monde ouvrier…), de progrès technique qui ne profite pas à tous; dans ce monde menacé par la guerre…tout cela est rafraîchissant.

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