5 novembre 1907: « Dieu m’a donné mon argent »

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Déjeuner très intéressant avec un nouveau collègue qui a passé cinq ans aux Etats Unis comme attaché d’ambassade.

Il me rapporte beaucoup d’informations sur ce pays neuf et fascinant.

De l’autre côté de l’atlantique, l’argent semble roi. Ceux qui s’enrichissent sont considérés, ni plus ni moins, comme les gagnants de la sélection naturelle et donc les élus de Dieu!

Dans toutes les universités et grandes firmes américaines, on lit avec ferveur Herbert Spencer qui applique à la société et aux être humains, les enseignements de Darwin. Celui-ci explique que les plus forts, les plus doués, les plus travailleurs gagnent la compétition sociale et tirent ainsi la société vers le haut. Leur fortune récompense les efforts accomplis qui sont bénéfiques pour eux-mêmes et plus encore pour leur pays.

En parallèle, les valeurs protestantes, puritaines, glorifient le travail. La réussite, issue du labeur, est considérée comme un signe bienveillant de Dieu.

Le milliardaire John Rockefeller s’est ainsi exclamé « Dieu m’a donné mon argent ».

En retour, l’argent accumulé par les plus riches irrigue toute la société américaine.

Pour le meilleur avec les multiples actions de bienfaisance d’hommes comme Andrew Carnegie: Universités, oeuvres caritatives, financement de recherches… Les riches utilisent leur argent pour le bonheur de tous.

Andrew Carnegie Andrew Carnegie « Soyez roi dans vos rêves »

Pour le pire avec cette influence grandissante des groupes financiers sur la politique (certains parlementaires défendant les intérêts de tel ou tel secteur industriel) ou les journaux.

La mainmise de ces empires industriels – « US Steel », « Standard Oil » etc… – sur des pans entiers de l’économie, avec le rachat de toutes les sociétés plus faibles, conduit à la constitution de « trusts », groupes tout puissants fixant unilatéralement les conditions de travail des salariés… comme les prix pour les consommateurs qui n’ont d’autres choix que leurs produits.

Notre France reste-t-elle loin de tout cela? Un océan et de longs jours de bateau nous séparent. Pour autant, le capitalisme conduit aussi notre pays à des succès et à des excès qui nous rapprochent de cette Amérique où l’Etat ne pèse pas bien lourd.

Standard oil octopus loc color.jpg La pieuvre « Standard Oil »

4 novembre 1907: Ces femmes que nous aimons…

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Je suis frappé par toutes les conventions qui pèsent sur les femmes.

Elles ne peuvent aimer hors mariage sans subir la réprobation générale (contrairement aux hommes). Elles ne peuvent s’habiller sans porter un corset. Les plus belles carrières administratives, industrielles, diplomatiques ou politiques leur restent de facto fermées.

Et pourtant…elles n’ont jamais été aussi cultivées et prêtes à prendre leur envol.

Miss Ella Carmichael,1906, Musée du petit Palais Paris

Plus de liberté pour les femmes pourrait venir paradoxalement… de certains hommes.

– Léon Blum, jeune et audacieux maître des requêtes au Conseil d’Etat vient de me transmettre un essai « Du Mariage » où il défend une forme de polygamie « naturelle jusqu’à un certain âge ». Il regrette qu’une jeune femme, avant le mariage, « soit réduite à choisir entre le déshonneur et la chasteté forcée ». Le Figaro le soutient dans cette recherche de moeurs plus libres.

– Le couturier Paul Poiret qui s’est rendu célèbre en habillant l’actrice Réjane -inoubliable « Madame Sans Gêne » -pousse nos chères compagnes à abandonner le corset. Il remet au goût du jour les robes longues, pleines de coloris chatoyants. La ligne est effilée. Il se dégage une impression de légèreté et de grâce.

La séduction reste au rendez-vous. Les formes et la démarche sont plus naturelles mais tout aussi sensuelles.

Des fois, je me pose cette question bizarre: Comment réagirais-je si mon chef, voire mon ministre était une femme?

Bon, d’ici à ce que cela arrive…il se passera sans doute beaucoup de temps!

3 novembre 1907: Rodin, une force!

Auguste Rodin 1893 Nadar.jpg

Il est rare de voir un artiste de vrai talent, adulé de son vivant, comme l’est Monsieur Rodin.

Notre sculpteur national est reconnu dans le monde entier. Il est exposé tour à tour à Genève, Bruxelles, Rotterdam, Amsterdam, La Haye, Düsseldorf, Buenos-aires, Montréal, Tokyo, Berlin…

Tout le monde se presse pour venir le voir dans ses ateliers à Meudon, Villa des Brillants, rue Paul-Bert.

On découvre là une vie de labeur acharné: Des nus, des bustes, des morceaux de sculptures par centaines…Rodin a capturé ces corps, ces visages connus ou non, pour produire une humanité unique, une humanité retravaillée, façonnée par un génie moderne re-créateur.

L’artiste au caractère ombrageux dicte à chacun la bonne façon de voir ses oeuvres. Il faut pouvoir les contourner, passer au dessus, en dessous. Rien ne doit échapper au regard. Rodin demande à ce que certains de ses bustes soient perchés sur des colonnes de plus de deux mètres pour accroître leur visibilité. On reste surpris et sans voix devant ces inventions infinies.

Rodin façonne la glaise, façonne la pierre et façonne enfin nos regards.

Balzac, dont la statue commence à être reconnue à sa juste valeur, devient ainsi… son enfant.

Les photographes – l’artiste à tout de suite compris leur utilité dans notre monde moderne – sont invités à diffuser dans chaque métropole internationale les reflets de ses plâtres et de ses marbres.

Les yeux des cinq continents s’émerveillent de cette démesure, de cette partie de France qui croit encore qu’elle peut faire le Monde à sa main.

Auguste Rodin, Helene von Nostitz.jpg

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