24 novembre 1907: Pie X et la modernité

 Popepiusx.jpg Le pape Pie X

N’allant pas à la messe, aimant penser en toute liberté, je ne fais pas parti a priori de ceux qui soutiennent notre nouveau pape Pie X.

Les attaques dont fait l’objet le prêtre français Alfred Loisy, de la part du Vatican, m’inquiètent. Dans l’encyclique  » Pascendi Dominici « , le pape met en cause avec vigueur ceux qui défendent les thèses modernistes, comme le père Loisy. Le souverain pontife réfute la distinction entre le Christ de la Foi et le Christ historique. Il condamne ceux qui pensent que Jésus n’a pas voulu fonder une Eglise ou instituer des sacrements.

Il est dommage que les analyses ne puissent pas s’exprimer plus librement au sein de l’église catholique romaine. Idéalement, il faudrait que puissent cohabiter ceux qui pensent comme le Pape et ceux rejoignent les options d’Alfred Loisy, sans que les uns obligent les autres à se soumettre.

Notre monde qui bouge très vite a besoin de ceux qui réfléchissent très librement et s’affranchissent des dogmes. Il a aussi besoin de repères immobiles et de quelques certitudes rassurantes. Pourquoi devoir faire un choix entre une messe en latin dont l’impeccable ordonnancement ne bouge pas depuis des dizaines d’années et des écrits « révolutionnaires  » qui proposent de changer le monde ? 

On dit que le pape, sans véritable expérience internationale, suit son très jeune secrétaire d’état, brillant et polyglotte, Rafael Merry del Val. Ce dernier se révèle comme un homme très conservateur. Certains milieux radicaux prétendent qu’il déteste la France et les Français ; ce qui est sans doute exagéré et simpliste.

Les deux hommes se rejoignent pourtant dans un même profond refus de la loi française de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ils font tout pour qu’elle ne puisse porter ses fruits, notamment en refusant la formation d’associations cultuelles.

Je regrette beaucoup Léon XIII, disparu il y a quatre ans maintenant. Il avait su porter un regard critique sur notre capitalisme et défendre la classe ouvrière dans son encyclique « Rerum Novarum « .

S’il était toujours notre pape, je serais peut-être retourné à la messe !

22 novembre 1907: Salons douillets et usines galeuses

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Abram Jefimowitsch Archipow : « Les Laveuses »

Au chaud chaque jour dans mon ministère, je ne peux m’empêcher de penser parfois à la condition des ouvriers.

Curieux destin…

Vous naissez dans un quartier bourgeois, vous faites l’Ecole Libre des Sciences Politiques, vous réussissez le concours d’accès au Conseil d’Etat puis, vous fréquentez des endroits agréables près de ceux qui décident, vous avez des responsabilités, vous allez au théâtre, à l’opéra, votre logement est vaste, clair, bien chauffé… Vos enfants fréquentent des bonnes écoles et iront au lycée pour apprendre le latin et le grec.

Ou bien…

Vous naissez dans un logement insalubre à Saint Denis, vous apprenez à peine à lire et écrire, vous travaillez dès 12 ans. A l’âge adulte, vous abattez 12 heures de travail, six jours sur sept sous les ordres d’un contremaître pointilleux et détesté de tous qui peut vous infliger à tout moment des amendes qui se déduisent de votre maigre salaire. A 45 ans, vous êtes usé par les machines dangereuses, les cadences, le bruit et les odeurs d’une usine qui vous prend toute votre vie.

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Quand je suis invité à dîner dans une grande famille parisienne, au milieu de ces jolies femmes aux toilettes somptueuses, de ces messieurs élégants et contents d’eux, je pense à ces pauvres gens qui se lèveront tôt le lendemain, qui mettront toute leur force de travail au service de ces riches personnes qui m’invitent.

Pendant que le champagne coule à flots à la soirée de la duchesse de P… , l’ouvrier recompte les 10 francs qu’il gagne chaque jour. 4 francs partent pour sa nourriture et couvrent ses frais de transport. Il lui reste 6 francs pour se loger et subvenir aux besoins du reste de sa famille.

Oh, l’école n’a pas servi à grand chose à l’ouvrier auquel je pense. Sa femme n’a guère l’occasion de mettre en pratique les cours de cuisine qu’elle a suivis. Du pain, des pommes de terre, peu de viande, jamais de poisson. Tout cela ne demande pas de talent de cordon bleu.

Ses enfants sont maigres, le teint pâle. Ils n’apprendront pas le latin et le grec. Mais ils iront peut-être un jour grossir les rangs de la CGT.

Cette CGT qui parle de grève générale depuis l’an dernier.

Il faut que j’arrive à convaincre mon ministre que l’on ne pourra pas toujours envoyer la cavalerie contre ces forçats du monde du travail qui se révoltent.

La loi sur les accidents de travail de 1898, celle sur le repos hebdomadaire de l’an dernier, la création du ministère du travail confié à M. Viviani : tout cela va dans le bon sens. Il faut continuer. Et pas seulement pour donner meilleure conscience au fonctionnaire que je suis…

Une nouvelle génération attend beaucoup du siècle qui commence.

21 novembre 1907: Gallieni, le général  » honnête homme « 

  Le général Gallieni

Je suivais aujourd’hui mon ministre lors d’une promenade dans Paris en compagnie d’un général qu’il apprécie particulièrement : le général Gallieni.

Impressionnant le parcours de cet homme ! Les campagnes militaires pour agrandir notre empire colonial l’ont mené du Haut Niger au Soudan puis du Tonkin à Madagascar.

Il a su pacifier au profit de la France cette île immense. Ses méthodes sont fermes et certains lui reprochent une mise au pas brutale du gouvernement local. On me dit qu’il aurait fait procéder à plusieurs condamnations et exécutions.

Mon ministre remarque plutôt ses talents d’administrateur et sa bonne connaissance des peuples colonisés. Il veille à promouvoir les économies locales et l’accès à l’enseignement pour les enfants.

Ce qui me plaît chez ce général, c’est l’attitude qu’il a eu lorsqu’il était fait prisonnier pendant la guerre avec la Prusse en 1870.

Loin d’être abattu par son sort, il en a profité pour apprendre l’allemand et surtout pour commencer à observer toutes les méthodes de fonctionnement et d’organisation de l’administration prussienne et de son armée. Il est maintenant à même de comprendre la force de ceux qui pourraient redevenir nos adversaires un jour. Cela le guide beaucoup dans les conseils qu’il donne à des politiques comme G. Clemenceau.

Mon patron voit en lui un homme profondément libre, avec une personnalité originale, qui sait s’affranchir des règlements militaires pesants voire franchement idiots.

De façon surprenante, la conversation s’est achevée sur une analyse brillante du dernier roman du jeune et talentueux Gabriele D’Annunzio:  » L’Innocent  » .

Joseph Gallieni m’est apparu ainsi comme le type d’homme dont notre armée a besoin. Officier victorieux sur le  terrain, fin connaisseur des peuples à administrer, il sait pourtant quitter la sphère militaire pour se passionner pour le monde des lettres.

Un honnête homme de ce XXème siècle qui commence.

Un homme que mon ministre vient de nommer gouverneur militaire de Lyon et qui va aider le gouvernement à mieux préparer notre armée face au danger venant de l’est.

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