9 et 10 décembre 1907 : Les  » Bambini  » de Maria Montessori

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) - Child Braiding A Crown (1874).jpg 

W-A Bouguereau « Enfant Tressant Une Couronne »

Comment éduquer nos enfants ?

Chacun a une réponse et si nous voulons nous fâcher avec nos meilleurs amis, il suffit de dire que nous n’approuvons pas leurs méthodes.

Si la liberté est de mise dans le cercle familial, il faut bien en revanche arriver à une norme pour l’école de la République.

Lire, écrire, compter, aimer sa patrie. Il est bon que tous les petits Français apprennent ces savoirs essentiels. Depuis trente ans, les petits campagnards comme les enfants d’ouvriers sont tirés de l’ignorance grâce à l’Ecole Publique, héritière de Jules Ferry.

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) - The Difficult Lesson (1884).jpg 

W-A Bouguereau « La Leçon Difficile »

Il est intéressant d’observer les nouvelles méthodes qui se mettent en place dans d’autres pays que le nôtre.

Un journaliste, correspondant à Rome, rencontré dans une soirée hier soir, me fait part des expériences lancées par Maria Montessori, dans un quartier populaire de la ville des Papes.

La  » Casa dei Bambini  » , accueille, depuis cette année, les rejetons des habitants du quartier pauvre San Lorenzo.

Dans cet endroit qui doit être pour les enfants un lieu de rêve, les petits êtres sont écoutés, observés et développent leurs connaissances à leur rythme.

Les parents sont les bienvenus. Ils aident l’institutrice à garantir une bonne hygiène des enfants.

Maria Montessori.jpg Maria Montessori

Je suis frappé par les différences entre cette méthode originale et ce que nous pratiquons dans nos écoles de la III ème république.

Les petits  » bambini  » ne sont ni punis ni battus quand ils ne comprennent pas. On ne les force pas à apprendre et les enseignants les entourent d’un grand respect.

Maria Montessori part du principe que l’enfant est   » fait pour apprendre « . Il suffit d’attendre le bon moment, celui où il est le plus réceptif.

Sa sensibilité propre ne le porte pas vers tous les types de savoirs au même moment. Il faut savoir patienter pour que chaque enfant puisse se tourner vers eux au moment où sa personnalité l’invite naturellement à le faire.

Arrivés à l’âge adulte, nous, Français, sommes nombreux à nous plaindre de la trop grande sévérité de certains maîtres pendant notre scolarité. Les coups de règle sur les doigts, les séances au coin avec un bonnet d’âne, en ont marqué plus d’un.

Pour autant, doit-on adopter les méthodes très (trop ?) souples de Maria Montessori ? N’est-ce pas passer d’un extrême à l’autre ?

En attendant de répondre à cette question, il est plaisant de savoir que Maria Montessori est … fille de militaire.

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) - A Calling (1896).jpg W-A Bouguereau « La Vocation »

8 décembre 1907 : Quand il pleut, enfermons-nous dans la Chambre Jaune !

 Gaston Leroux - Rouletabille.jpg

Joseph Rouletabille, initialement appelé « Boitabille » . C’était en fait le vrai nom d’un journaliste qui a protesté et a obtenu cette évolution du patronyme de notre héros.

Une intrigue intellectuellement séduisante, un bon suspens, de l’humour et pourtant, je reste un des rares réfractaires au livre de Gaston Leroux,  » Le Mystère de la Chambre Jaune « .

Quand je discute avec mes collègues de ce feuilleton paru cette année dans le journal « L’Illustration », je suis certes obligé de me ranger à tous leurs arguments.

Oui, l’intrigue et la construction de l’histoire sont ingénieuses. Comment un meurtre peut-il se produire dans une pièce restée hermétiquement close ?

Oui, le héros est sympathique et ô combien intelligent. Oui, l’histoire nous délasse en nous éloignant des vicissitudes de la vie quotidienne.

« Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat » ; cette phrase mystérieuse ne peut rapprocher ce roman de l’ambiance que sait créer Maurice Leblanc et son Arsène Lupin.

Pour tout dire, je trouve l’histoire un peu vaine. La construction très cérébrale du roman finit par m’agacer. Des goûts et des couleurs….

Gaston Leroux a une plume alerte d’ancien chroniqueur judiciaire. Lorsqu’il y a quelques années, il relatait les procès des anarchistes poseurs de bombes, nous le lisions avec plaisir. J’ai eu l’occasion de le croiser une fois ou deux aux réceptions de l’ambassade de Russie. Envoyé spécial dans ce pays pendant un an, il raconte à qui veut l’écouter, avec talent, l’écroulement progressif de l’Empire des tsars.

Maurice Leblanc, Gaston Leroux…ces auteurs nous donnent du plaisir dans des feuilletons qu’ils savent construire minutieusement pour nous tenir en haleine.

Grâce à eux, la Presse cesse, quelques instants, d’être (trop) sérieuse et nous emmène sur les chemins de la détente et du divertissement.

A quand la rencontre entre Rouletabille et Arsène Lupin ? Qui gagnera entre ces deux esprits originaux ?

Je suis sûr que la fantaisie de Lupin l’emportera sur l’esprit méthodique et raisonneur de Rouletabille.

Au bureau, les avis sont partagés. Des débats enflammés ont lieu sur ce sujet, pendant les heures de travail, entre les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur.

Et pendant ce temps, les (vrais) cambrioleurs courent toujours !

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Gaston Leroux, journaliste, grand reporter, écrivain.

6 décembre 1907 : Picasso, des nus qui annoncent l’orage ?

  

L’Art africain influence  » Les Demoiselles d’Avignon  » , tableau appelé de sa création en 1907 jusqu’à 1916  » Le Bordel d’Avignon « 

Le Jugement de Pâris

« Le Jugement de Pâris », par Raphaël, dont la partie gauche inspire le tableau de Picasso

Un tableau qui fait mal, une toile qui fera date ?

  » Le Bordel d’Avignon  » , révélé cette année par le talentueux Pablo Picasso surprend et dérange.

Ces jeunes femmes nues n’ont rien d’attirant. On ne sait si les visages grimacent de douleur ou portent les traces d’une maladie honteuse. Certains sont affublés d’un masque africain. Les corps ont des formes anguleuses, déformées. Les lignes sont tranchantes et les couleurs agressives. La perspective disparaît et jette sans ménagement les corps sur le spectateur.

Le galbe féminin cède la place à des cubes qui se juxtaposent et nous éloignent de toute réalité rassurante.

Le tableau fait scandale dans le petit groupe qui gravite autour de Picasso. Beaucoup regrettent que le peintre ait à ce point privilégié la recherche formelle, l’expérimentation, aux dépens de la grâce et de l’esthétique.

Ce tableau suggère-t-il que le monde de la nuit, de la prostitution est beaucoup plus violent qu’on le croit ?

Ou faut-il y voir un message sur la dureté des rapports humains, de la condition des femmes et sur l’agression des corps par les maladies fréquentes de notre époque comme la syphilis ?

Pour ma part, je verrais plutôt une inquiétude sur notre siècle qui commence. La douceur de vivre, l’Art, le Beau, peuvent être emportés à tout moment par le déchaînement des passions humaines servies par des machines infernales qui écrasent et mutilent.

L’être humain -et jusque dans l’intimité de son corps – se plie aux réalités industrielles symbolisées par les formes cubiques triomphantes.

La souffrance des uns ne provoque aucune compassion des autres ; les regards se détournent, restent fixes, vides de sentiment. On grimace, on met des masques, nous sommes dans le faux. L’individu n’a plus de repère et d’appartenance.

Le geste féminin, habituellement gracieux, des « bras levés » ne révèle pas des corps qui s’offrent au plaisir mais une attitude mécanique et vide de sens.

Il faut voir dans ce tableau ce que pourrait devenir ce siècle qui commence : un vrai cauchemar.

L'ancien Palais du Trocadéro , pendant l'exposition universelle de 1900

L’ancien Palais du Trocadéro, présentant en 1907, des objets d’art africains qui fascinent Picasso.

Paul Cézanne 004.jpg

Autre source d’inspriration de Picasso, « Les Baigneuses  » de Cézanne

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