26 et 27 juin 1909 : Vivons-nous une belle époque ?

« Je suis persuadé que le XXème siècle verra luire un peu plus de fraternité et moins de misère » s’exclamait l’ancien Président de la république Loubet au moment d’inaugurer l’Exposition universelle et de commencer le siècle.

 

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Grande réception des maires à l’Elysée en 1900 avec le Président Loubet… le siècle commençait bien. Peut-on dire la même chose bientôt dix ans après ?

 

L’activité économique est effectivement repartie, réduisant les écarts de richesse, donnant plus de travail à tous.

 

Les foules se passionnent pour les progrès en matière de transport : les automobiles plus rapides, les aéroplanes qui volent plus loin et plus haut.

 

La République, même fatiguée, paraît indestructible. Aucun roi, aucun Bonaparte ne la menace. Elle dispense ses bienfaits sur les colonies qui ne cessent de s’agrandir.

 

Les Français savent lire, écrire, compter, comme en témoignent les informations transmises par le ministère de la guerre sur les appelés du service militaire.

 

Nos pourrions donc croire que nous vivons une époque heureuse, une belle époque.

 

D’où vient donc ce climat social qui s’alourdit ? Les postiers, les cheminots, les enseignants, les mineurs, les vignerons, les carriers, protestent tour à tour et souvent violemment. Il faut souvent la troupe pour ramener le calme.

 

D’où vient cette volonté de contestation des artistes ? Le cubisme, la recherche de formes nouvelles et incompréhensibles par le grand public, le rejet des académies et des salons officiels sont le signe d’un bouillonnement des idées neuves, d’un refus de la société telle qu’elle est.

 

A nos frontières, nous entendons parfois le cliquetis des armes que l’on prépare et affute. Les armées allemande, française, anglaise, russe, austro-hongroise, n’ont jamais eu autant de canons, de navires de guerre et de fusils à tir rapide.

 

Nous vivons une belle époque mais… pour combien de temps ?

 

 

 

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L’Exposition Universelle de 1900 à Paris

 

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Spécialement à l’attention de Sarah Bernhardt qui me fait l’honneur de lire ce journal (cf commentaire ci-dessous) : une photographie du Petit Palais en 1900.

 

 

 

 

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23 juin 1909 : La France sous la menace d’une épidémie ?

« La douleur augmente et devient difficilement supportable. L’homme se regarde dans une glace. Le bubon qui a grossi au niveau cervical prend une forme plus allongée ; il est rempli d’un liquide contenant des germes qui semblent se répandre dans le corps. La fièvre augmente, chaque mouvement devient plus difficile. L’appétit a disparu et l’ingestion d’eau ou d’aliments se révèle très pénible. Si la peau autour du bubon a rougi, elle blanchie et se nécrose ailleurs. L’homme a les traits tirés, sa respiration sifflante le fatigue de plus en plus…  »

J’interromps Alexandre Yersin, médecin du corps de santé colonial qui me décrit, avec force détails, les symptômes de cette maladie terrible qu’est la peste. C’est lui qui a découvert, il y a une quinzaine d’années, le bacille à l’origine de ce fléau légendaire. Directeur des instituts Pasteur de Nha Trang et de Saïgon, il continue ses recherches pour aboutir à un traitement.

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La maison d’Alexandre Yersin à Nha Trang en Indochine

 » En attendant, le monde entier est soumis à un risque d’épidémie. Hier la Californie et le Japon, aujourd’hui Madagascar et Java, demain, ce peut-être Marseille ou Paris. Il suffit de quelques puces et de rats contaminés ou d’une viande avariée et infectée vendue à plusieurs familles… Les victimes se compteront par centaines : des jeunes en pleine forme basculeront d’un coup dans un état lamentable, l’économie s’arrêtera, les gens se cloitront chez eux, les médecins ne seront pas assez nombreux pour faire face et aucun traitement sérieux ne sera disponible.  »

Yersin parle avec de grands gestes. Il veut me convaincre de faire organiser une surveillance renforcée des principaux ports français par la police ou la douane. Il fait allusion aux mesures efficaces décidées contre la propagation du choléra en 1884. A cette époque, des mesures spéciales de désinfection avaient été prises dans la gare de Lyon même, vis à vis des voyageurs en provenance de Marseille ou de Toulon, villes touchées par l’épidémie en provenance de l’Italie.

Je réponds que la peste n’est pas le choléra et qu’il convient d’éviter d’affoler la population par une action trop visible des pouvoirs publics :

« Il faut agir discrètement. Nier publiquement les risques, éloigner la presse, rassurer tout le monde… tout en préparant discrètement le corps médical et les forces de l’ordre. »

Yersin s’exclame :

 » Vous ne croyez pas qu’un langage de vérité est plus respectueux de nos concitoyens ? Comment être rassuré par un Etat qui ne diffuse pas l’information en sa possession ? Tout finit par se savoir et ceux qui ont caché les faits perdent leur crédibilité.  »

La peste, le choléra, une grande grippe, la variole… Et puis quoi encore ? Le malheur rôde… mais l’information n’a pas quitté mon bureau.

Dehors, il fait beau, les enfants s’amusent dans les squares, les mères promènent leurs bébés, les cols blancs se rendent d’un pas pressé à leur bureau par cette belle journée de juin, les amoureux s’embrassent sur les bancs publics.

Je préfère garder pour moi les propos confiés par Yersin. Il exagère, j’en suis sûr. Je croise les doigts… je le raccompagne jusqu’à la sortie et passe à un autre dossier, en sifflotant.

22 juin 1909 : Mao se fâche avec son père

La porte claque violemment. Les deux hommes hurlent, fous de rage. Les invités ne savent plus quelle contenance adopter. Mao Zedong quitte une fois de plus le domicile familial situé dans la province chinoise du Hunan. Sa mère court après lui et le supplie de faire demi-tour :

– Ton père ne pense pas ce qu’il vient de dire ! Oui, tu dois poursuivre tes études et il les paiera ! Mais montre-toi plus tendre avec Luo que nous t’avons choisie pour femme. L’avenir de la ferme passe par le ménage que tu fonderas avec elle. Reviens, Mao…

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Mao Zedong est un adolescent têtu du Hunan âgé de 15 ans

L’adolescent de 15 ans met les poings dans les poches de sa blouse bleue de coton matelassé. Le vent chaud qui balaie la terre sèche et jaune rend heureusement peu audible, pour sa mère tant aimée, sa réponse passionnée:

– Avec ce père qui ne comprend rien, j’ai appris la haine. Quand notre nation est envahie par des étrangers, quand il faut travailler à développer mon pays arriéré, ce paysan nanti ne pense qu’à l’avenir de sa petite propriété de Shaoshan. Mon horizon n’est pas celle du fleuve Yangzi. Il faut sauver la Chine et non s’occuper de mon mariage arrangé et mort-né !

D’un pas décidé, il remonte le chemin qui contourne la rizière paternelle. Il croise deux employés de l’exploitation qui le saluent respectueusement. Il leur jette :

– Vous aussi, vous devriez penser à autre chose qu’au riz de mon père. Les enfants de votre village sont maigres à faire peur, vos femmes n’ont parfois que des galettes de boue à cuire pour le repas du soir alors que les sacs de riz partent par bateau pour des villes lointaines ! 

Mao repense à toutes les maximes de Confucius apprises par coeur lors de sa scolarité à l’école du village. Laquelle d’entre elles pourrait le mieux convaincre ces paysans illettrés ? Les deux ouvriers agricoles le regardent hébétés. Obéir au père de Mao ? Suivre le fils fougueux et opposant ? Ils baissent la tête, incapables de se décider, espérant se faire oublier.

D’un geste impérieux, Mao leur demande soudain de faire un trou à trois pas devant lui. Se sentant d’un coup utiles, les deux paysans s’exécutent servilement et avec leurs outils abîmés aménagent rapidement une petite fosse. Pendant qu’il continue de disserter, Mao s’accroupit au-dessus de celle-ci et se concentre pour déféquer. Sitôt ce dernier soulagé, les deux employés se dépêchent de recouvrir la « production » de leur jeune patron avant que les mouches, qui pullulent en cette saison, n’arrivent sur les lieux.

Mao, fièrement redressé, indifférent à son pantalon souillé, continue sa démonstration :

– Le Japon nous montre la voie à suivre. Il indique qu’une armée asiatique peut vaincre les régiments des puissances occidentales. Ce pays à l’industrie puissante doté d’une administration bien pensée a retrouvé sa dignité et se révèle capable de dominer les étrangers sans foi ni principe.  Mes amis, je vous laisse maintenant mais quand je serai fonctionnaire de l’Empereur, je reviendrai vous sauver !

Enfin seul, Mao retrouve la maxime qu’il cherchait depuis tout à l’heure. Cette phrase destinée à convaincre sa mère et qui fait toute la différence entre le destin de son père et son avenir à lui :

 » Quand vous plantez une graine une fois, vous obtenez une seule et unique récolte. Quand vous instruisez les gens, vous en obtenez cent …  »

mao.1245568915.jpg Mao Zedong dans les années 1909, 1910

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