22 octobre 1907: Stolypine et nos alliés russes

La cathédrale Saint-Basile.

Quand je lis la presse de ce soir, je ne sais quoi penser de nos alliés russes.

Le Premier ministre Stolypine semble avoir une fermeté propre à ramener le calme dans le pays qui ne déplairait pas à G. Clémenceau.

Les réformes agraires qui visent à faire émerger une classe importante de paysans aisés et propriétaires vont dans le bon sens. Le mot d’ordre du gouvernement –  « il ne faut pas encourager les paresseux et les ivrognes mais les forts et les entreprenants  » – a le mérite de la clarté.

Pour autant, je reste réservé par rapport à un ministère Stolypine qui semble sourd aux aspirations de la classe ouvrière et qui n’a guère de propositions à faire vis à vis de syndicats qui se renforcent et se radicalisent peu à peu.

Le contrôle étroit des partis révolutionnaires et des syndicats n’a d’avenir que si des lois sociales montrent, en contrepartie, au peuple, que le Salut peut aussi venir de la monarchie.

Ce qui me choque reste le sort réservé au parlement, la Douma, qui n’a rien d’une chambre libre depuis juin et ne comprend plus que des éléments conservateurs.

il n’y a donc pas de contrepoids au pouvoir de la police tsariste et le peuple n’est guère représenté pour le vote des lois.

Notre allié russe est loin des idées républicaines qui font maintenant l’objet d’un quasi consensus en France. Si de nouveaux troubles devaient éclater en Russie comme en 1905, notre pays aurait du mal à justifier, vis à vis de l’opinion, son soutien à un régime aussi autoritaire.

20 octobre 1907: Rencontres avec les envoyés du chancelier prince de Bülow

 Guillaume II d'Allemagne

La signature des traités d’alliance avec l’Angleterre ne  nous met pas à l’abri d’un conflit avec nos voisins allemands.

Dans un sens, le rapprochement avec la Russie et l’Angleterre, pousse l’Allemagne à s’entendre de façon étroite avec son voisin autrichien.

L’Europe se retrouve ainsi divisée entre deux grands blocs, puissants industriellement et également ambitieux (même volonté coloniale, désirs rivaux de nouveaux débouchés pour produits manufacturés…). L’affrontement entre ces puissances serait désastreux compte tenu des moyens pouvant être engagés pour faire la guerre. C’est du moins l’analyse que nous faisons dans l’entourage du ministre.

C’est la raison pour laquelle nous ne désespérons pas de maintenir des relations correctes avec l’Allemagne…tout en préservant les intérêts français.

Pour explorer cette voie diplomatique étroite, nous avons provoqué des contacts informels et discrets avec des envoyés du chancelier prince von Bülow. Nous nous faisons expliquer le système de décision en vigueur au sein du Reich. Nous échangeons aussi sur les acquis sociaux dont bénéficient les allemands et qui doivent nous inspirer dans notre propre politique intérieure.

Si ces contacts restent très cordiaux d’un point de vue humain, nous restons pessimistes sur l’avenir des relations franco-allemandes.

Nos correspondants allemands nous décrivent, à mots couverts, leur chancelier comme intelligent mais présomptueux et cynique.

L’Empereur Guillaume et lui, nous disent-ils, font preuve de la même légèreté dans la conduite des affaires.

Pour autant, l’Allemagne mérite que l’on s’y intéresse: Les produits « made in Germany » sont de grande qualité (contrairement à se que pensaient les anglais lorsqu’ils inventèrent ce label), les caisses d’assurance sociale se développent, les tribunaux sociaux protègent les intérêts des travailleurs. Et je ne parle pas du foisonnement culturel de Berlin.

Non décidément, une guerre avec un tel voisin serait un désastre…

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