20 avril 1908 : Surveiller Lebaudy, l’empereur fou

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Caricature de presse sur l’expédition montée par Jacques Lebaudy

L’empire se dote d’une armée, d’un drapeau, d’une capitale (Troja) … Rien que de très normal pour un empire, sauf que « l’Empereur » est fou et que l’empire n’existe que dans son imagination délirante.

Jacques Lebaudy est l’un des héritiers de la famille du même nom, propriétaire d’une immense fortune acquise par le raffinage de la betterave sucrière.

Le moins que l’on puisse dire est que Jacques, descendant des rois du sucre, n’a guère plus de raison qu’un caramel mou : il s’est proclamé il y a quatre ans « Empereur du Sahara », a pris le nom de « Jacques 1er », a exigé qu’on l’appelle « sire » au moment où son armée d’opérette a débarqué sur le sol mauritanien pour prendre possession d’une vaste bande de territoire le long des côtes africaines.

La moitié de son armée a été rapidement faite prisonnière par des tribus maures et Lebaudy s’est enfui piteusement aux Canaries en refusant de payer la rançon réclamée par les ravisseurs.

L’affaire a commencé à vraiment se gâter quand le gouvernement français a découvert que cinq de nos ressortissants faisaient partie de cette lamentable expédition et qu’ils étaient vendus comme esclaves sur les marchés sud-marocains. Elle a encore empiré quand l’Espagne et l’Angleterre ont commencé à s’émouvoir des troubles causés par Lebaudy dans une région où les conflits de souveraineté restent importants.

C’est finalement sous les hurlements de rire de l’opinion et de la presse française et internationale que le gouvernement a dû trouver une solution -financièrement coûteuse – pour exfiltrer nos malheureux ressortissants.

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L’expédition Lebaudy tourne au fiasco, « Jacques 1er » est emprisonné

Depuis, Jacques Lebaudy est placé sous une discrète surveillance de la police et des services de renseignement français. Nous veillons à ce qu’il ne monte pas une nouvelle expédition qui pourrait se conclure en fiasco coûteux pour le contribuable français, tout en couvrant à nouveau de ridicule les pouvoirs publics.

Les derniers rapports qui arrivent ce jour sur mon bureau sont rassurants pour l’Etat français même s’ils ne disent rien de bon de l’état mental de Jacques Lebaudy.

Ce dernier a renoncé à la nationalité française. Il voyage d’une capitale européenne à l’autre sous le nom d’Abdullah, prince de Téhéran. Il a créé un journal appelé « The Sahara » , fait suivre un trône dans tous ses déplacements et aurait une suite montée sur des dromadaires ! 

19 avril 1908 : Jaurès contre la grève générale

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Jean Jaurès,  » il n’y a aujourd’hui pour le socialisme qu’une méthode souveraine : conquérir légalement la majorité « 

Un idéal rafraîchissant, une maturité qui lui donne autorité sur le monde socialiste, une voix qui porte les revendications du monde ouvrier dans le monde parlementaire: Jaurès. Une voix pour les sans-voix, un espoir pour ceux qui avaient renoncé à en avoir un.

Comme conseiller – de confiance – de Clemenceau, je devrais le considérer comme un ennemi. Je ne peux pas. En fait, dans mon esprit, mon Patron représente la lutte pour un monde meilleur mais avec les armes politiques classiques et (très) pragmatiques. C’est une première étape.

Jaurès nous emmène plus loin, dans un univers à la morale plus exigeante, dans la lutte pour une société profondément rénovée.

Dans sa vision du futur, les possédants disparaissent, les ouvriers reçoivent une juste rémunération de leur travail leur donnant accès à un habitat, des conditions de vie dignes, une éducation et une culture de haut niveau. Le droit au bonheur en quelque sorte.

Tout cela est dit avec une éloquence qui fait des émules bien au-delà des bancs de la gauche. Quelle belle définition de la liberté il nous donne lorsqu’il s’écrie :  » La liberté, c’est l’enfant de la classe ouvrière, née sur un grabat de misère, et de mine chétive encore, mais qui porte en soi une incomparable vitalité secrète et dont le regard de flamme appelle la liberté d’un monde nouveau.  »

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Jaurès à la Chambre

Pour Jaurès, le socialisme ne doit accéder au pouvoir que par les voies légales et démocratiques.

C’est un opposant farouche à la grève générale.

Pour lui, les trois conditions de réussite de ce type de mouvement de masse sont les suivantes :

– l’objet en vue duquel la grève est déclarée doit passionner réellement la classe ouvrière ;

– l’opinion doit être préparée et reconnaître le mouvement comme légitime ;

– la grève générale ne doit pas être un déguisement de la violence.

Pour Jaurès, ces trois conditions ont peu de chances d’être un jour réunies. La grève générale risque donc de devenir une dangereuse utopie, écartant les ouvriers de combats plus réalistes et finalement réellement porteurs de conquêtes sociales.

Il dénonce à cette occasion les ruses de certains socialistes ou communistes qui poussent les ouvriers à la grève dure dans le but de les entraîner, sans qu’ils en aient clairement conscience, dans la Révolution et le communisme complet.

Pour autant, il n’exonère nullement les classes possédantes et les Pouvoirs publics de leurs responsabilités et il reprend le mot fameux de Mirabeau :

 » Prenez garde ! N’irritez pas le peuple qui produit tout, et qui pour être formidable… n’aurait qu’à être immobile. « 

18 avril 1908 : Accoucher dans la douleur …et dans la peur

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La maternité de l’hôpital Saint-Louis est l’une des premières à se mettre aux normes d’hygiène et d’antisepsie permettant de faire reculer la fièvre puerpérale 

Naissance et mort. Jusqu’à la fin du siècle dernier, les deux étaient intimement liées. Les mères mouraient en couche, le nouveau-né peinait à survivre.

Après la Révolution, des établissements ou plutôt une partie des hospices a été réservée aux accouchements. La Maternité a vu le jour.

Les statistiques du XIXème siècle apparaissent effroyables. Par exemple, au mois de juin 1857, sur trente-cinq femmes accouchées à la Maternité, trente et une meurent de fièvre puerpérale.

Entre 1800 et 1815, sur 25 000 accouchées, seules 3 000 environ n’abandonnent pas leur enfant à la naissance !

Les gouvernements successifs se sont émus de cet état des choses et ont demandé une analyse de la situation.

Le verdict a été sans appel. Les conditions d’hygiène à la Maternité étaient déplorables. Les outils chirurgicaux n’étaient pas traités avec de bonnes méthodes antiseptiques. Les femmes étaient placées dans des salles communes mal aérées, mal nettoyées, dans des conditions de promiscuité douteuse. Le personnel n’était souvent pas bien formé et ignorait tout des règles d’hygiène empêchant les contagions.

Statistiques à l’appui, la conclusion implicite était qu’il valait mieux accoucher dans la rue qu’à la Maternité !

Heureusement, en 1908, la situation semble s’améliorer progressivement, au moins à Paris.

A l’hôpital Cochin, un test de nouvelle maternité, associant l’isolement des patientes avec des méthodes de désinfection rigoureuse, a donné de bons résultats. Ce service ne compte plus qu’un décès pour deux cents accouchées.

Clemenceau déplore que seule une cinquantaine d’établissements en France mette en oeuvre ces méthodes.

Nous serions tentés d’imposer des règlements plus sévères – et donc plus coûteux – pour les maternités. Mais nos moyens d’action restent limités. Les municipalités qui financent une bonne part du fonctionnement des établissements, ne sont pas prêtes à se voir imposer de nouvelles dépenses sans aide de la part de l’Etat. Or, l’Etat, sur ce sujet comme sur d’autres, n’a aucun moyen supplémentaire à dégager.

En ce début de siècle, « accoucher » reste et restera, faute de moyens, souvent dangereux.

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