21 avril 1926, Scott Fitzgerald au Ritz : quand l’Élysée s’inquiète pour le franc 

C’est Paul Morand qui m’a mis le pied à l’étrier. Croisé ce matin alors que je quittais le cabinet de « Gastounet » — notre bon Président Doumergue — il m’a glissé entre deux portes : « Monsieur le Conseiller, si vous voulez comprendre pourquoi les banquiers de Manhattan nous boudent, oubliez les notes du Trésor. Allez au bar du Ritz. Cherchez un gamin nommé Fitzgerald. C’est le confesseur de cette Amérique qui nous achète par appartements entiers. »

À 57 ans, ma place est plutôt sous les ors républicains de l’Élysée qu’au milieu des shakers de la place Vendôme. Mais le franc est à l’agonie et, à l’Élysée, on préfère les informations de première main aux rapports poussiéreux.
Me voici donc au Ritz. Le lieu sent l’argent frais et le parfum cher. Je repère le jeune homme au fond du bar. Vingt-neuf ans… L’âge de mon fils. Il a ce visage lisse, sans aucune de ces griffures que la vie — ou la guerre — laisse sur les hommes de ma génération. Je m’approche, posant doucement mon chapeau sur le cuir du fauteuil voisin.

— Monsieur Fitzgerald ? Pardonnez mon audace. Je m’appelle Olivier M…. J’occupe un poste de conseiller à la Présidence de la République qui me force, hélas, à m’intéresser à des choses bien moins poétiques que vos romans.

Il lève des yeux d’un bleu d’eau, un peu surpris par mon ton, qui n’est ni celui d’un admirateur, ni celui d’un solliciteur. Il se redresse, intimidé malgré lui par mon col cassé et ce pli d’amertume que les dossiers de l’État creusent au coin des lèvres.

— Monsieur le Conseiller… Je vous en prie, asseyez-vous. Notre ami Morand m’avait prévenu que la France m’enverrait peut-être son visage le plus sérieux. Frank ! Un gin pour Monsieur.
— Je n’ai qu’une minute, mon petit Scott. On m’a dit que vous étiez l’oreille de cette jeunesse dorée qui débarque chaque jour du Mauretania. Dites-moi : que pensent vos amis de Wall Street de notre débâcle financière ? Est-ce qu’ils s’amusent vraiment à voir notre franc tomber à 30 pour un dollar ?

Il allume une cigarette, les mains un peu fébriles. À 29 ans, il a déjà cette lassitude des gens qui ont trop fêté et pas assez dormi.

— Ils ne s’amusent pas, Olivier. Ils profitent. Pour eux, l’Europe est une vieille dame élégante mais ruinée qui vend ses bijoux de famille pour payer son loyer. Ils n’ont pas de haine, ils n’ont que des dollars. À leurs yeux, votre pays est devenu un bazar de luxe où tout est à moitié prix.
— La « vieille dame » a perdu un million de fils pour que vous puissiez boire ce gin en paix, jeune homme. C’est une créance qui ne figure pas sur vos bilans comptables.

Un silence se glisse entre nous. Il me regarde comme si je sortais d’un livre d’histoire, un témoin d’un monde qu’il admire mais qu’il juge condamné. La différence d’âge pèse sur la table ; il sent bien que je ne suis pas venu pour la littérature, mais pour l’honneur de la maison.

— Je le sais, murmure-t-il, presque gêné. Mais Wall Street veut des garanties, pas des souvenirs de Verdun. Mellon et Bérenger votre ambassadeur signent leurs accords dans dix jours à Washington. Mes amis disent que si la France ne cède pas tout, ils couperont les vivres.

Je me lève, boutonnant mon veston. J’ai ma réponse. Ce n’est pas de la malveillance, c’est l’arrogance d’un héritier face à un bâtisseur.

— Merci de votre franchise. Continuez à écrire, Monsieur Fitzgerald. Mais rappelez à vos amis que les vieux pays ont parfois le réveil brutal quand on essaie de les étrangler.

Je quitte le Ritz. L’air de la rue de la Paix est frais. Je rentre à l’Élysée. Je dois envoyer un câblogramme à Bérenger à Washington : « Entretien au Ritz significatif. Psychologie américaine : l’insouciance des parvenus. Ne rien lâcher sur les intérêts de la France. Ils ne respectent que la force. Le Conseiller O M…veille. »

Francis Scott Fitzgerald au bar du Ritz en avril 1926 Image de fiction

April 21, 1926: Scott Fitzgerald at the Ritz—When the Elysée Worried for the Franc

It was Paul Morand who first set me on the trail. I crossed paths with him this morning as I was leaving the office of “Gastounet” — our good President Doumergue. He pulled me aside between two doors: “Councilor, if you wish to understand why the Manhattan bankers are giving us the cold shoulder, forget the Treasury notes. Go to the Ritz bar. Look for a kid named Fitzgerald. He is the father confessor of this America that is buying us up, one apartment building at a time.”

At fifty-seven, my place is more suited to the gilded republican halls of the Élysée than the cocktail shakers of Place Vendôme. But the franc is in its death throes, and at the Élysée, we prefer first-hand intelligence to dusty reports.

And so, here I am at the Ritz. The air smells of fresh money and expensive perfume. I spot the young man at the back of the bar. Twenty-nine years old… my son’s age. He has that smooth face, devoid of the scars that life — or the war — has etched into the men of my generation. I approach him, resting my hat gently on the leather of the neighboring armchair.

“Mr. Fitzgerald? Forgive my intrusion. My name is Olivier M… I hold a position as an advisor to the Presidency of the Republic which, alas, forces me to take an interest in matters far less poetic than your novels.”

He looks up with water-blue eyes, somewhat surprised by my tone, which is neither that of an admirer nor a solicitor. He sits up straighter, seemingly intimidated in spite of himself by my wing collar and the line of bitterness that affairs of state have carved into the corners of my mouth.

“Councilor… Please, sit down. Our friend Morand warned me that France might send its most serious face my way. Frank! A Whisky for the gentleman.”

“I have but a minute, my dear Scott. I’m told you are the ear of this gilded youth that disembarks daily from the Mauretania. Tell me: what do your friends on Wall Street think of our financial debacle? Are they truly amused to see our franc tumble to thirty to the dollar?”

He lights a cigarette, his hands slightly restless. At twenty-nine, he already possesses that weariness of people who have celebrated too much and slept too little.

“They aren’t amused, Olivier. They are taking advantage. To them, Europe is an elegant but ruined old lady selling off her family jewels to pay the rent. They have no hatred; they have only dollars. In their eyes, your country has become a luxury bazaar where everything is half-price.”

“The ‘old lady’ lost a million sons so that you might drink this gin in peace, young man. That is a debt that does not appear on your balance sheets.”

A silence slips between us. He looks at me as if I had stepped out of a history book—a witness to a world he admires but deems doomed. The age gap sits heavy on the table; he senses quite clearly that I have not come for literature, but for the honor of the house.

“I know,” he whispers, almost embarrassed. “But Wall Street wants guarantees, not memories of Verdun. Mellon and your ambassador, Bérenger, are signing their agreements in ten days in Washington. My friends say that if France does not concede everything, they will cut off the credit.”

I stand up, buttoning my jacket. I have my answer. It is not malice; it is the arrogance of an heir facing a builder.

“Thank you for your candor. Keep writing, Mr. Fitzgerald. But remind your friends that old nations can have a brutal awakening when one tries to strangle them.”

I leave the Ritz. The air on Rue de la Paix is crisp. I head back to the Élysée. I must send a cablegram to Bérenger in Washington: “Ritz interview significant. American psychology: the insouciance of the parvenu. Concede nothing on France’s interests. They respect only strength. The Advisor keeps watch.”

19 avril 1926 : Le Paris-Versailles, 30 minutes de secrets et de songes

Tous les jours, je prends le train pour Paris. Après un court trajet à vélo depuis notre nouvelle demeure du Plateau Saint-Antoine jusqu’à la gare Rive Droite de Versailles, je me cale pour plus d’une demi-heure sur les sièges bien rembourrés,en velours rouge, dans un compartiment de première classe de la ligne Versailles-Paris Saint-Lazare.

Je côtoie, sans trop de déplaisir, un peu toujours les mêmes têtes, aux tempes grisonnantes : magistrats parisiens, hauts gradés d’état-major, députés et sénateurs, directeurs dans les ministères, dans les compagnies d’assurance de la rue de Londres ou les banques du boulevard Haussmann ou de la rue Chauchat. Nous lisons tous Le Temps. Discrètement, certains s’adonnent aux Mots Encroisés ou lisent des feuilletons du Journal. Il est d’usage de parler à voix basse, sans déranger les voisins et surtout sans (trop) dévoiler des informations confidentielles de nos maisons respectives.

Lors du voyage retour, le soir, il arrive qu’en cas de crise diplomatique ou ministérielle, le chef d’une des gares du trajet, accompagné d’un gendarme discipliné et respectueux, monte dans le train, me rejoigne tout essoufflé (j’ai presque toujours la même place) et m’indique qu’une voiture avec chauffeur m’attend pour me reconduire à l’Élysée. Je sais alors qu’une longue soirée voire une nuit de labeur m’attend auprès du chef de l’Etat.

La plupart du temps, c’est heureusement plus calme. Ayant l’une des deux places donnant sur la fenêtre, c’est à moi de bien penser à tout fermer quand nous approchons des tunnels pour éviter d’être envahis par les fumées de la locomotive.

Vers le milieu du parcours, je pose souvent mes dossiers à annoter ou mon journal et me laisse aller à la rêverie. Le train reste un moment de rencontre avec soi-même. Je me dis par exemple que je suis moins triste qu’il y a quelques mois par rapport au décès de ma mère fin 1924 ou je pense à mes proches dans leurs moments heureux (mes deux enfants les plus âgés ont fait des jolies rencontres) ou moins plaisants (les soucis personnels de collègues qui me sont chers).

Quand il est là, le préfet de la Seine-et-Oise, Adrien Bonnefoy-Sibour, adore se placer à mes côtés et me raconter ses rencontres avec le ministre de l’Intérieur ou des détails de sa vie de patron de la préfecture de Versailles, en espérant que je lui glisse, en retour, quelques éclairages sur la vie de l’Élysée. Nous agissons en fait tous les deux de la même façon : donner l’impression de confier un secret – alors qu’il est déjà largement éventé – en échange d’une information, elle, réellement confidentielle. À ce petit jeu, avec mon expérience, je bats le préfet toujours un peu trop bavard… mais il se révèle plutôt sympathique.

Lorsque je descends le soir à Versailles-Rive Droite, l’air est plus vif, chargé de l’odeur de l’immense parc du Château. Je récupère ma bicyclette à la consigne. La montée vers le Plateau Saint-Antoine est rude après une journée de conciliabules, mais elle est salutaire. À chaque coup de pédale dans l’obscurité des avenues désertes, je laisse derrière moi les intrigues de palais et les bruits de couloirs.

Arrivé devant les grilles de notre maison, je marque un temps d’arrêt. Le silence de Versailles en 1926 est absolu, seulement troublé par le frisson des feuilles. Ma mère n’est plus là pour m’attendre avec son regard inquiet, mais la lumière qui filtre à travers les persiennes m’indique que la vie continue, vibrante et douce. Je range mon vélo, je lisse mon manteau, et je franchis le seuil.

Ce soir, le « Tigre » de l’Élysée a fini sa journée. Place à l’homme de Saint-Antoine.

Olivier le Tigre à Versailles Rive Droite

Le Plateau Saint-Antoine, en bordure de Versailles et de la petite ville du Chesnay

Adrien Bonnefoy-Sibour, préfet de la Seine-et-Oise dont le chef lieu est Versailles

Le podcast de l’historien : décryptons ensemble l’article d’aujourd’hui 🧐


April 19, 1926: The Paris–Versailles Line, Thirty Minutes of Secrets and Reverie

Each day, I take the train into Paris. After a short bicycle ride from our new home on the Plateau Saint-Antoine to Versailles–Rive Droite station, I settle in for the half-hour journey on the well-upholstered red velvet seats of a first-class compartment on the Versailles–Paris Saint-Lazare line.


I find myself, not without a certain ease, among more or less the same greying faces: Parisian magistrates, senior staff officers, deputies and senators, directors from ministries, insurance companies on the Rue de Londres, or banks along Boulevard Haussmann and Rue Chauchat. We all read Le Temps. Discreetly, some occupy themselves with crosswords or follow the serialized stories in Le Journal. It is customary to speak in low voices, so as not to disturb one’s neighbours and, above all, to avoid revealing too much about the confidential affairs of our respective institutions.


On the return journey in the evening, it sometimes happens—when a diplomatic or ministerial crisis arises—that the chief of one of the stations along the line, accompanied by a punctual and respectful gendarme, boards the train. Slightly out of breath, he makes his way to me (I almost always occupy the same seat) and informs me that a car with driver is waiting to take me back to the Élysée. I know then that a long evening, perhaps even a night of work, awaits me at the side of the Head of State.
Most of the time, fortunately, things are calmer. Sitting by the window, it falls to me to remember to close everything as we approach the tunnels, to keep out the locomotive smoke.
Around the midpoint of the journey, I often set aside my papers or my newspaper and let my thoughts wander. The train remains a rare moment of encounter with oneself. I sometimes reflect that I am less saddened than I was a few months ago by my mother’s passing in late 1924. Or I think of those close to me, in their happier moments—my two eldest children have met promising people—or in more difficult ones—the personal troubles of colleagues dear to me.


When he is there, the Prefect of Seine-et-Oise, Adrien Bonnefoy-Sibour, delights in sitting beside me and recounting his meetings with the Minister of the Interior, or the details of his life at the head of the Versailles prefecture, hoping in return that I might offer a glimpse into life at the Élysée. In truth, we both play the same game: giving the impression of confiding a secret—already widely known—in exchange for something genuinely confidential. At this game, with experience on my side, I generally have the advantage over the somewhat too talkative prefect… though he is, in truth, rather likeable.


When I step off the train in the evening at Versailles–Rive Droite, the air is sharper, carrying the scent of the vast park of the Château. I retrieve my bicycle from the stand. The climb up to the Plateau Saint-Antoine is demanding after a day of behind-the-scenes discussions, yet it is a welcome exertion. With each turn of the pedals through the darkness of the deserted avenues, I leave behind the intrigues of the palace and the murmurs of its corridors.
Arriving at the gates of our house, I pause for a moment. The silence of Versailles in 1926 is complete, broken only by the faint rustle of leaves. My mother is no longer there to await me with her anxious gaze, yet the light filtering through the shutters tells me that life goes on—gentle, and full of quiet vitality. I put away my bicycle, smooth my coat, and step inside.
Tonight, the “Tiger” of the Élysée has finished his day. Now the man of Saint-Antoine takes his place.

12 avril 1926 : Voleur, fou ou sportif ?

« Non, mais tu ne vas pas sortir comme ça ? »

Mon épouse est stupéfaite. Elle contemple ce qu’elle appelle « mon accoutrement » : j’ai enfilé une culotte courte – le « short » des Anglais – à la place d’un pantalon. En guise de haut, je porte un maillot de corps blanc et, enfin, mes chaussures habituelles en cuir ont été remplacées par des Keds en caoutchouc et toile.

Je viens d’indiquer à Nathalie que je souhaite dorénavant m’entraîner à courir, en ville ou dans le parc de Versailles, à raison d’une heure chaque samedi et chaque dimanche. Mon modèle est le coureur finlandais Paavo Nurmi et son entraînement rigoureux.

Elle reprend, en essayant de me convaincre avec un peu d’humour :

« C’est vrai que le parc de Versailles est tellement vaste que l’on pourrait – presque – se croire dans les forêts finlandaises. » Elle ajoute avec une logique implacable :

« Déjà, tu vas te blesser. Courir sur les pavés de Versailles, puis sur les chemins autour du Grand Canal avec des chaussures aux semelles aussi minces… tu ne sentiras plus tes pieds tant la douleur sera vive. Et puis surtout, c’est complètement indécent. Sur un stade, un homme peut à la rigueur se contenter de cette culotte pour faire un cent mètres, mais en ville ou aux abords du château, c’est impensable. Et si en plus tu cours, un garde du parc ou un agent de police va probablement t’arrêter en te prenant, au mieux pour un voleur ou un vagabond, au pire pour un fou ! »

Je soupire en ajustant mes lacets. Nathalie a raison sur un point : la minceur de mes semelles ne pardonne rien. Pourtant, l’image de Paavo Nurmi, métronome à la main, défiant le chronomètre sous le soleil de Colombes deux ans plus tôt, me hante. Si le « Finlandais volant » s’astreint à une telle discipline, pourquoi un Français ne pourrait-il pas cultiver sa forme physique en dehors des structures rigides d’un club ?

« Nathalie, l’avenir appartient à ceux qui bougent ! » répliqué-je, un brin bravache, tout en ajustant mon maillot de corps.

Je tente alors une première sortie par la porte de service pour éviter les voisins, mais à peine ai-je atteint le trottoir que le regard pétrifié d’un cocher me fait l’effet d’une douche froide. Dans mon accoutrement, je me sens soudainement nu. Un groupe de promeneurs en costume trois-pièces et canotiers s’arrête net, me dévisageant comme si j’étais une bête curieuse échappée de la ménagerie royale.

Nathalie, qui m’observe depuis la fenêtre, ne peut s’empêcher de lancer :

« Alors, Paavo ? On attend que la police vienne vérifier ton permis de courir ou on rentre mettre un pantalon ? »

La raison finit par l’emporter sur l’ambition athlétique. En 1926, le monde n’est manifestement pas (encore ?) prêt à voir un homme courir après rien, en culotte courte, sur les pavés de la ville royale. Je rentre m’habiller, me promettant de réserver mes exploits pédestres aux sentiers les plus isolés de la forêt de Meudon, là où seuls les écureuils pourront juger de mon indécence.

Paavo Nurmi, le « Finlandais volant » en 1926

Le podcast de l’historien : décryptons ensemble l’article d’aujourd’hui 🧐

April 12, 1926: Thief, Madman, or Athlete?



“Surely you’re not going out like that?”

My wife is aghast. She takes in what she calls “my get-up”: I have put on a pair of short trousers—the English “shorts”—in place of my usual pants. For a top, I wear a simple white undershirt, and my customary leather shoes have been replaced by Keds made of rubber and canvas.

I have just informed Nathalie of my intention to begin training as a runner—either in town or in the park of Versailles—for one hour every Saturday and Sunday. My model is the Finnish runner Paavo Nurmi, and his uncompromising discipline.

She replies, attempting persuasion with a touch of humor:

“It’s true, the park of Versailles is so vast one could almost imagine oneself in the forests of Finland.” Then, with impeccable logic, she adds:

“You’re going to injure yourself. Running over the cobblestones of Versailles, then along the paths by the Grand Canal, in shoes with soles that thin… you won’t feel your feet anymore, the pain will be so sharp. And above all, it’s completely indecent. On a track, a man may perhaps get away with such attire for a hundred meters—but in town, or near the château, it’s unthinkable. And if you start running, a park guard or a policeman will most likely stop you—taking you, at best, for a thief or a vagrant, at worst for a madman!”

I sigh, bending to adjust my laces. Nathalie is right on one point: the thinness of my soles forgives nothing. And yet the image of Paavo Nurmi—stopwatch in hand, defying time itself beneath the sun of Colombes two years earlier—haunts me. If the “Flying Finn” submits himself to such rigor, why should a Frenchman not cultivate his physical fitness outside the rigid structures of a club?

“Nathalie, the future belongs to those who move!” I reply, with a touch of bravado, straightening my undershirt.

I attempt a first sortie through the service entrance, hoping to avoid the neighbors. But scarcely have I reached the pavement when the petrified stare of a coachman strikes me like a cold shower. In this attire, I suddenly feel naked. A group of passersby in three-piece suits and straw boaters comes to an abrupt halt, staring at me as though I were some curious beast escaped from the royal menagerie.

Nathalie, watching from the window, cannot resist calling out:

“Well then, Paavo? Are you waiting for the police to come and check your running permit, or shall we go back inside and put on some proper trousers?”

Reason prevails at last over athletic ambition. In 1926, the world is evidently not yet ready to see a man run for no reason, in short trousers, across the cobblestones of the royal city. I go back in to change, resolving to reserve my pedestrian exploits for the most secluded paths of the Meudon forest—where only the squirrels may sit in judgment of my indecency.


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