17 juillet 1909 : Le nouveau maître à Téhéran est un enfant

Les deux prêtres s’approchent de la voiture du chef de l’Etat. Le premier bouscule un garde du corps pendant que le second sort un revolver et tire. Dans un désordre indescriptible, les policiers perses arrivent à arrêter les deux auteurs de l’attentat pendant qu’un médecin se précipite sur le shah et son fils qui se sont plaqués sur le plancher du véhicule.

Plus de peur que de mal. Seul le prince héritier est touché à l’une des épaulettes de son uniforme ; le chef de l’état est indemne.

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Téhéran, capitale de la Perse, en 1909

C’était en décembre dernier, le tout puissant shah Mohammed Ali essuyait une seconde tentative d’assassinat. En février 1908, il avait déjà échappé aux éclats de deux bombes lancées contre lui par des révolutionnaires.

Cette chance miraculeuse ne le protège plus. Aujourd’hui, la foule perse s’est lassée de ce roi qui refuse d’appliquer une  constitution qui limite ses pouvoirs. Elle conteste la situation de ce grand pays chargé d’histoire qui doit accepter sur son sol la présence de troupes anglaises, russes et turques. Elle n’accepte plus la présence d’étrangers qui dominent les concessions et monopoles accordés par le pouvoir, organisés pour piller les ressources d’une nation qui se rêve indépendante.

« ll faut dénoncer l’odieuse convention anglo-russe de 1907 » scandent les manifestants constitutionnalistes en se pressant aux portes du palais présidentiel de Medjlin protégé par la brigade cosaque persane.

Mohammed Ali  sent que le rapport de force n’est plus en sa faveur. Saint Petersbourg et Londres ne lui apportent qu’un timide soutien. Il veut éviter le bain de sang. Sa décision est prise : Il abdique en faveur de son fils et va se réfugier à la légation de Russie. Un régent est nommé : c’est Assad oui Mouic, chef de la famille régnante Cajar.

Le nouveau nouveau maître de l’immense Perse, Ahmed Mirza, acclamé par tout un peuple qui croit en lui, espérant des réformes sociales et libérales rapides, a dix ans.

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Mohammed Ali Shah vient d’abdiquer en faveur de son fils de dix ans

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13 juillet 1909 : Apollinaire, drôle d’employé de banque !

Mais pourquoi diable était-il employé de banque ?

A trente ans, il côtoie déjà tout ce que Paris compte d’artistes d’avant-garde : Picasso, Vlaminck, Derain, Matisse ou Braque. La bourse et la finance lui ont laissé le temps de devenir un critique d’art lu et apprécié. Ses articles sont publiés dans La Phalange, le Mercure de France ou Les Marges. Des revues exigeantes qui publient ses appréciations toujours fines et parfois caustiques.

 

Guillaume Apollinaire a quitté sa mère qui vit toujours au Vésinet et l’accueille à chaque fois qu’il vient la rejoindre avec la tendresse d’une mère qui a élevé son enfant seule.

 

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Guillaume Apolinaire

 

Habitant au pied de la butte Montmartre, Apollinaire a décidé de vivre de sa plume et commence à diffuser ses œuvres. L’an dernier, c’était L’Enchanteur Pourrissant, cette année, il réunit un dizaine de nouvelles qui vont former L’Hérésiarque et Cie, une suite de récits remarquablement écrits qui mêlent poésie et fantastique, morale et divertissement.

Pour l’auteur, L’Hérésiarque signifie l’homme par excellence : « il est à la fois pêcheur et saint, quand il n’est pas criminel ou martyr« .

 

Je lis ces nouvelles au fur et à mesure de leur parution dans la Revue Blanche. Je peux de nouveau me replonger dans ces histoires bizarres de moines et de curés, de juifs errants mystérieux ou de crimes sans coupable.

On ne sait pas trop la finalité d’un tel recueil mais on lit le tout d’une traite, avec une passion qui rappelle celle d’Apollinaire pour la femme peintre et graveuse Marie Laurencin.

 

Un savant mélange d’inspiration libérée de toute référence, d’observation de la nature et de passion pour l’être aimé, donne à Apollinaire une volonté farouche de créer et à nous, de le lire sans nous lasser.

9 juillet 1909 : Montrer aux Américains que nous les aimons…

« C’est à peine croyable : dans la nomenclature du Quai d’Orsay, les Etats-Unis étaient classés dans la catégorie « pays divers ». Notre pays qui a tant fait pour cette jeune nation semble oublier qu’elle est devenue une puissance de premier ordre ! »

 

L’ancien ministre des Affaires étrangères et académicien Gabriel Hanotaux ne décolère pas.

 

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Gabriel Hanotaux

 

«  Nous avions tout pour être un allié de choix des Usa : un passé commun riche, une même passion pour les droits de l’homme, une soif de liberté et une passion pour l’innovation. Au lieu de cela, nous laissons les Anglais nouer des liens privilégiés avec son ancienne colonie et former un bloc anglo-saxon qui ne peut que nous isoler. »

 

Gabriel Hanotaux, en diplomate de renom, évalue avec talent les rapports de force internationaux. Il enseigne son savoir à l’Ecole pratique des Hautes Etudes et écrit des essais remarqués sur l ’Histoire ou les relations internationales : Histoire du Cardinal de Richelieu, Paris en 1614, Histoire de la France contemporaine…

 

Homme concret et pratique, il met en place le Comité France-Amérique.

 

Organiser des rencontres, réceptions ou conférences  favorisants les liens entre nos deux nations, héberger dignement les personnalités américaines de passage dans notre capitale, préparer des missions d’étude dans les deux pays… bref : favoriser l’amitié entre nos deux peuples.

 

Je demande à Gabriel Hanotaux : Ce cercle pourrait-il transmettre un peu de la jeunesse de l’Amérique à notre vieille France ? Il me répond :

 

  » C’est Oscar Wilde qui disait que la jeunesse de l’Amérique est sa plus vieille tradition : elle dure depuis trois cents ans. »

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