July 18, 1926: Pauline and her « Ford » dress, by Chanel!

It’s quite a visual shock, even for a guy who claims to have seen it all. Sitting on the terrace of the Café de la Paix, I watched the silhouettes drift by before realizing that the one walking so purposefully toward my table was none other than my daughter. Pauline. A moving little black rectangle beneath a cloche hat pulled right down to her eyes. No more long hair—a short bob, and a black dress that stops dead below the knee. She sat down opposite me with a wide, radiant smile.

“So, Papa? Have you seen my Ford?” she threw out by way of greeting.

I couldn’t help but smile.

“Your Ford? I knew American industry worked miracles, but I didn’t think you could wear it on your back. It’s Chanel, isn’t it? I recognize the style, but I’m worried about my wallet…”

“Don’t worry, Papa!” she laughed, patting my hand. “It is indeed the model Vogue dubbed that way. Except I made it myself. Thirty francs’ worth of fabric, a pattern cut out of a magazine, three evenings of sewing, and voilà. That’s Paris in 1926 for you: we no longer wait on the salons of Rue Cambon to be elegant. Typists and duchesses look exactly the same on the street.”

I looked at her with a touch of admiration. I knew the women of the Belle Époque—tightly corseted, prisoners of their own frills and flounces. My daughter, however, can breathe. The S-curve silhouette has completely vanished, replaced by a fluid line—a true garçonne look.

“I must admit it’s much more practical for chasing after the tramway,” I said with a smile. “But aren’t you a bit cold without all that armor?”

“On the contrary, Papa, we’re alive again!” she replied, adjusting her dress where it sat on her hips. “We threw it all out the window. A bandeau bra, a girdle, and that’s it. We want to be able to move, play sports, dance the Charleston without suffocating. And look at my arms, I’ve caught the sun!”

“That, I can see. Your saintly grandmother would have screamed scandal at the sight of that tan—she who never went out without her parasol.”

“Your saintly mother didn’t see Josephine Baker at the Théâtre des Champs-Élysées. Today, porcelain skin is over. We want life!”

She pulled a mirror from her bag to touch up her lipstick, brazenly, right in front of the passersby. Total freedom, without a shred of false bourgeois modesty. Watching her, my mind drifted back to last year’s Art Deco Exhibition.

“You remind me of poor Paul Poiret,” I told her in a gentler tone. “I ran into him last week. His three pharaonic barges—Amours, Délices, and Orgues—have completely ruined him. He still clings to his oriental drapes, his splendors of another era… It’s sad, but the emperor has no clothes.”

Pauline cast an almost tender look for the old couturier.

“He was a genius, but he stayed on the other side of the war. Today’s women want structure, speed. Look at what Sonia Delaunay is doing with her Boutique Simultanée: cubism in motion, diamonds, geometric lines. It’s wearable art, not theater costumes.”

She gulped down the rest of her coffee, flashed me a conspiratorial look, and stood up, already hurried along by her era.

“Right, I must fly, Papa. See you tonight at the dance hall? I’ll show you how we dance in 1926.”

“Agreed! I rather enjoy letting myself be led from time to time!” I called out with a laugh.

Watching her walk away with a light step into the boulevard crowd, I felt an immense warmth. This fashion isn’t a mere youthful whim. It is their manifesto. These women don’t just walk; they charge ahead, free and masters of their own bodies. And honestly, watching the world change at this pace through my daughter’s eyes is the finest show in Paris.


Pauline, Olivier le Tigre’s daughter, wears her Chanel « Ford » dress, which she sewed herself.

The Chanel Ford Dress

1920s Fashion in Paris: Revolution, Garçonnes, and Haute Couture

18 juillet 1926 : Pauline et sa robe Ford, de Chanel !

C’est une sacrée claque visuelle, même pour un type qui prétend avoir tout vu. À la terrasse du Café de la Paix, j’ai regardé filer les silhouettes avant de réaliser que celle qui marchait d’un pas si décidé vers ma table n’était autre que ma fille. Pauline. Un petit rectangle noir en mouvement sous un chapeau cloche enfoncé jusqu’aux yeux. Plus de longs cheveux, une coupe courte, et une robe noire qui s’arrête net sous le genou. Elle s’est installée en face de moi avec un grand sourire, rayonnante.

— « Alors, papa ? Tu as vu ma Ford ? » m’a-t-elle lancé en guise de salut.

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire.

— « Ta Ford ? Je savais que l’industrie américaine faisait des miracles, mais je ne pensais pas qu’on pouvait la porter sur le dos. C’est du Chanel, non ? Je reconnais la patte, mais je m’inquiète pour mon portefeuille… »

— « Rassure-toi, papa ! » a-t-elle ri en me tapotant la main. « C’est bien le modèle que Vogue a baptisé comme ça. Sauf que je l’ai faite moi-même. Trente francs de tissu, un patron découpé dans un magazine, trois soirées de couture et voilà. C’est ça le Paris de 1926 : on n’attend plus après les salons de la rue Cambon pour être élégante. Les dactylos et les duchesses ont la même allure dans la rue. »

Je l’ai regardée avec une pointe d’admiration. J’ai connu les femmes de la Belle Époque, corsetées à double tour, prisonnières de leurs froufrous. Ma fille, elle, respire. La cambrure en S a totalement disparu au profit d’une ligne fluide, une vraie allure de « garçonne ».

— « Je dois bien avouer que c’est plus pratique pour courir après le tramway, ai-je dit en souriant. Mais vous n’avez pas un peu froid sans toute cette armature ? »

— « Au contraire, papa, on revit ! » m’a-t-elle répondu en ajustant sa robe posée sur les hanches. « On a tout envoyé valser. Un soutien-gorge bandeau, une culotte-gaine, et c’est tout. On veut pouvoir bouger, faire du sport, danser le charleston sans étouffer. Et regarde mes bras, j’ai pris le soleil ! »

— « Ça, je vois. Ta sainte grand-mère aurait hurlé au scandale en voyant ce teint hâlé, elle qui ne sortait jamais sans son ombrelle. »

— « Ta sainte mère n’a pas vu Joséphine Baker au Théâtre des Champs-Élysées. Aujourd’hui, la peau de porcelaine, c’est fini. On veut de la vie ! »

Elle a sorti un miroir de son sac pour retoucher son rouge à lèvres, crûment, au milieu des passants. Une liberté totale, sans aucune fausse pudeur bourgeoise. En la regardant faire, j’ai repensé à l’Exposition des Arts Déco de l’an dernier.

— « Tu me rappelles le pauvre Paul Poiret », lui ai-je dit sur un ton plus doux. « Je l’ai croisé la semaine dernière. Ses trois péniches pharaoniques — Amours, Délices et Orgues — l’ont complètement ruiné. Il s’accroche encore à ses drapés orientaux, ses fastes d’un autre temps… C’est triste, mais le roi est nu. »

Pauline a eu un regard presque tendre pour le vieux couturier.

— « C’était un génie, mais il est resté de l’autre côté de la guerre. Les femmes d’aujourd’hui veulent de la structure, de la vitesse. Regarde ce que fait Sonia Delaunay avec sa Boutique Simultanée : du cubisme en mouvement, des losanges, des lignes géométriques. C’est de l’art à porter, pas des costumes de théâtre. »

Elle a englouti la fin de son café, m’a jeté un regard complice et s’est levée, déjà pressée par son époque.

— « Allez, je file, papa. On se retrouve ce soir au dancing ? Je te montrerai comment on danse en 1926. »

— « Entendu ! J’aime bien me laisser guider de temps en temps ! », ai-je lancé dans un rire.

En la regardant s’éloigner d’un pas léger dans la foule du boulevard, j’ai ressenti une immense chaleur. Cette mode n’est pas une simple coquetterie de jeunesse. C’est leur manifeste. Ces femmes ne marchent pas, elles foncent, libres et maîtresses de leur corps. Et franchement, voir le monde changer à cette allure à travers les yeux de ma fille, c’est le plus beau spectacle de Paris.

Pauline, la fille d’Olivier le Tigre, dans l’une de ses robes noires qu’elle coud elle-même, façon Chanel

La robe « Ford », de Chanel.
Une autre robe noire Chanel

La Mode des Années 20 à Paris : Révolution, Garçonnes et Haute Couture

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